I. Voir plus haut, p
îsa
10 Droit de patronage
des bienfaiteurs des églises ;
20 Entrée des évêques et des abbés
dans
la hiérarchie
féodale ;
3" Confusion de la fonction
temporelle avec la charge
spirituelle.
Graves
conséquences
de l'investiture
laïque.
Profondeur du mal.
par les symboles traditionnels, les titulaires de ces édifices religieux, d'ailleurs régulièrement élus par le clergé et par le peuple, et canoniquement confirmés par leurs supérieurs hiérarchiques. Mais peu à peu la volonté prépondérante du prince temporel réduisit l'élection et la confirmation canonique à n'être plus que de vains simulacres ou même les supprima tout à fait. Cette grave transformation juridique fut accélérée par ce fait que, dans l'intervalle, certains dignitaires ecclésiastiques, les évêques et les abbés, étaient devenus, par l'importance des domaines qu'ils possédaient et par les fonctions administratives et judiciaires qu'ils exerçaient, de vrais seigneurs féodaux. Un évêque avait, au cours du xi^ siècle, au point de vue temporel, les pouvoirs d'un comte. Les rois, ne distinguant pas cette autorité temporelle de la charge pastorale, plaçaient l'une et l'autre sous le (( haut domaine », altum dominium, que le droit public leur accordait sur les biens et les fonctions de leurs vassaux.
Les conséquences de cet état de choses étaient graves. Par suite de cet abus, l'élection régulière et la confirmation canonique par le métropolitain, seul mode prévu par la loi de 1 Eglise pour la désignation des évêques, étaient supprimées. La plupart du temps, dans l'esprit du roi qui nommait, comme dans l'esprit du clerc qui était promu, le souci de la charge pastorale s'éclipsait devant des préoccupations séculières. De là au trafic des fonctions sacrées et à l'inconduite de ceux qui en étaient honorés, il n*y avait qu'un pas. Il fut vite franchi. La simonie et l'incontinence des clercs furent les résultats presque inévitables de l'investiture laïque.
La même cause rendait le mal presque irrémédiable. Pour résister aux décrets réformateurs de l'Eglise, les évêques et les abbés simoniaques trouvaient, derrière eux, pour les défendre, les princes et les rois qui les avaient nommés. Ils trouvaient même souvent, il faut le reconnaître, pour se défendre contre les décrets réformateurs, une force dans leur bonne foi. Au cours des procédures conduites au XI® siècle contre les clercs simoniaques, beaucoup de ces derniers arguèrent de leur parfaite sincérité. N'avait-on pas vu, en 1045, « un personnage très religieux, d'une sainteté notoire » *, donner de l'argent pour arracher, disait-il, le Saint-Siège aux indignes pontifes qu'établissaient les barons romains ^ ? Quant aux princes séculiers,
1. Vir re^lgiosissimas ac sanctitate perspicaus^ dit Raoul Glaber, V, 25.
2, Voir plus haut, p. ii5 Sur la question des investitures, voir E. Lesne, au mot Investiture, dans le Dict. apol, de la foi cath., t. II, col. logo et s.
l'affranchissement de l'église i85
comment leur persuader qu'ils devaient renoncer à leurs droits d'investiture sur des prélats qui, par leur situation temporelle et par leur influence politique, se trouvaient placés au rang des plus grands seigneurs? La solution, le pénétrant génie du cardinal Humbert l'avait déjà vue et signalée en io58. Elle consistait à proclamer et à faire admettre par tous « que la charge spirituelle est l'essentiel de Son remède. Tévêché, que le patrimoine attaché à cette chargée en est une simple ^f ^" j^"^
jl r ^ ^ D 1 par le cardinal
dépendance, et qu'il n'est pas équitable de renverser les termes, de Humbert. régler le spirituel en fonction du temporel, comme le fait l'investiture laïque ^ » a La dignité épiscopale, avait écrit le cardinal Humbert, réclame le temporel ; ce n'est pas le temporel qui appelle à sa suite la dignité épiscopale ^. » Voilà pourquoi Grégoire Vil, dans sa lutte contre les investitures laïques, ne séparera pas la question de la liberté de l'Eglise de la question de la prééminence du spirituel sur le temporel.
Sans se dissimuler l'immensité de la lutte qu[il allait entreprendre. Un
Grégoire VII, dans un synode romain, tenu du 2/4 au 28 février ^^^^nterdU^'^ Ï075, promulgua le célèbre décret suivant, où la plupart des sou- l'investiture verains virent comme une déclaration de guerre : u Quiconque, à (févrig^^o^ô^ l'avenir, recevra de la main d'un laïque un évêché ou une abbaye, ne sera pas compté parmi les évêques et les abbés. Nous lui interdisons la communion du bienheureux Pierre et l'entrée de l'église tant qu'il ne renoncera pas à sa dignité. Nous faisons la même défense relativement aux charges inférieures. De même, si un empereur, duc, marquis, comte, ou quelque pouvoir ou personne laïque, ose donner l'investiture d'un évêché ou de quelque autre dignité ecclésiastique, qu'il sache qu'il est atteint par la même condamnation 3. »
La lutte contre les investitures laïques eut trois principaux théâtres : la France, l'Angleterre et la Germanie.
En France, les deux légats pontificaux, Hugues de Die et Amat La lutte d'Oloron, se souvenant des oppositions violentes qu'avait rencon