Hbfele-Leclercq, V
3. A. LucHAiRE, dans VHist. de France àa Lavisse, t. II, 2« partie, p. 2i4.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
toujours tendue entre le roi Guillaume et le pape. Grégoire YII eut Attitude la patience de supporter une telle situation ; Guillaume, qui, dans la leGQ'nquéra.t. guerre déclarée à Grégoire VH par l'antipape Guibert, avait d'abord défendu à ses sujets de reconnaître aucun pontife sans son autorisation préalable, adhéra ensuite à Grégoire et refusa le légat que lui envoyait Guibert * ; mais les querelles religieuses allaient bientôt éclater en Griude-Bretagne avec une vivacité inouïe.
Tout faisait prévoir, en Allemagne, un conflit aux proportions grandioses. Le chef du Saint-Empire n'invoquait pas seulement, comme un roi de France ou d'Angleterre, les prérogatives de sa couronne, l'indépendance de son autorité temporelle, les liens de vassalité qui liaient au trône des évêques-seigneurs ; il se regardait comme le chef de la société religieuse ; dépossédé par l'acte de Nicolas H du droit d'intervenir dans les élections des pontifes romains, il ne défendait qu'avec plus d'énergie son prétendu droit d'intervention dans les élections épiscopales et abbatiales ^.
Le caractère du jeune roi de Germanie était de nature à envenimer le éonflit. Né en io5o, proclamé roi en io56, déclaré majeur en io63, le jeune roi Henri IV comptait vingt-cinq ans d'âge et douze ans de gouvernement personnel, quand parut l'important décret de Grégoire VII sur les investitures des clercs. Il ne manquait ni d'intelligence ni de bravoure. On a dit que « son premier malheur avait été de recevoir une détestable éducation. Encore bien enfant à la mort de son père Henri III, bientôt enlevé à la tutelle de sa mère, l'impératrice Agnès, il avait grandi entre Adalbert, archevêque de Brème, qui lui passait toutes ses fantaisies pour se maintenir au pouvoir, et Annon. archevêque de Cologne, dont l'austère vertu l'elTarouchait. Après avoir été un enfant vicieux, Henri IV fut, de très bonne heure, un débauché. Son mariage avec une princesse de Savoie ne le rendit pas meilleur. Il fallut toute
La lutte
contre les investitures.
laïques en Allemagne,
Caractère
particulier
de cette lutte.
Henri IV,
roi
de Germanie
(io56-iio6).
Son portrait.
1. Voir, sur la politique religleusô de GuilUame le Conquérant, Li?(g\ko, His(. d'Angleterre, trad. de Rocjoux. t. Il, p. 117-1QI.
a. Sur les prétentions politiques des empereurs allemands, voir Ed. Stengel, Den Kaiser macht das Heer Siudle'i Zar Geschichie eines poUlischen Gedxnkens, i vol, grand in 8°, Weimar, 1900 (tlésumé dans la Bibl, de l'Ec. de Chartes, t. LXXll, 191 1, p. 100-106).
Sa politique religieuse.
Grégoire VII
lui propose
de régler
la question
des
investitures
par un accord
à l'amiable.
Double jeu
du roi
de Germanie.
l'autorité du légat du Saint-Siège, saint Pierre Damien, pour l'obliger à reprendre son épouse, qu'il avait honteusement chassée. Sans aucun souci du bien-être de ses peuples, de la sécurité de ses Etats et de sa propre dignité, Henri IV a presque toujours suivi ses caprices, donné carrière à ses haines et à ses rancunes, jusqu'à exaspérer, non seulement ses sujets, mais ses propres enfants euxmêmes. Rien ne fut plus incohérent que ses rapports avec le Saint- Siège. * )♦ Il s'en rapprochait toutes les fois que ses ennemis menaçaient sa couronne, et s'en détournait, oublieux de ses promesses et de ses serments, dès que le péril était passé. En août 1078, sous le coup de l'émotion que lui avait causée une redoutable révolte des Saxons, il écrivait au pape : « Très cher Seigneur, nous avouons n'avoir pas toujours rendu au sacerdoce la justice et le respect auxquels il a droit. Touché parla miséricorde de Dieu, nous confessons nos fautes à votre très indulgente paternité 2. «
Grégoire crut à la sincérité de ces déclarations. Aussi, après avoir promulgué le décret de 1076 sur les investitures, écrivit-il au roi de Germanie une lettre très bienveillante, pour lui dire qu'il était décidé à régler avec lui, d'un commun accord, et pour le meilleur avantage de l'Empire comme de l'Eglise, toutes les difficultés que pourrait soulever la réforme ^. Henri IV avait un nouvel intérêt à se rapprocher du pape : il nourrissait le projet de se faire sacrer empereur. Il s'empressa d'envoyer à Rome deux ambassadeurs, chargés de traiter en même temps la question des investitures et celle du prochain sacre. « Je désire, écrivait-il dans sa lettre, que personne ne sache ce que je vous mande par eux, excepté vous. Madame ma mère, ma tante Béatrice et sa fille Mathiide *. » La mention de ces deux princesses, dont le dévouement au Saint-Siège était connu, était faite pour réjouir le cœur du pontife. Grégoire VII ouvrit son âme à tous les rêves les plus consolants^ En réalité, ce secret, si étrangement demandé au Saint-Père, cachait une odieuse intrigue. Les négociations dont nous venons de parler avaient lieu en décembre 1076 ; or, dès le mois de septembre de cettemême année, Henri IV avait décidé de ne rien conclure avec le Saint-Siège que