‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 114 sur 336 · Dela.rc, op. cit., III · texte numérisé non relu

Dela.rc, op. cit., III

l'affranchissement de l'église i8g

moyennant le concours des grands de son royaume, c'est-à-dire de ceux qui avaient le plus grand intérêt à faire échouer les réformes du pape.

Le double jeu du monarque ne tarda pas à se révéler. Tandis qu'il s'abandonne aux plus radieuses espérances, Grégoire apprend que le roi de Germanie a investi de sa propre autorité l'évoque Huzmann à Spire, Henri à Liège, Tébald à Milan. Ce Tébald, noble clerc de Milan, dont Bonizo dit qu'il « avait plus de corpulence que de vertus ' », reçoit l'investiture royale du vivant même de l'évêque légitime Gottfried. En même temps, Guibert de Ravenne se sépare publiquement de Grégoire, et un conseiller du roi, Eberhard de Nessembourg, envoyé en mission en Lombardie, déclare les Patares ennemis publics. Un odieux attentat vient mettre le comble à cette série de trahisons et d'intrigues. Pendant la nuit de Noël de 1076, taudis que le pape célèbre les saints mystères dans l'église, alors assez solitaire, de Sainte-Marie-Majeure, une troupe de gens armés se précipite sur lui enpoussantdes cris terribles, le frappe avec fureur, s'empare de lui, et le transporte, tout ensanglanté et lié à un cheval, dans une tour voisine du Panthéon, propriété de la famille des Cencius. Un Cencius, homme perdu de vices, connu d'ailleurs par ses Telations avec Henri IV et avec Guibert de Ravenne, a été vu à la tête des bandits, les excitant de la voix et du geste. Mais, si rapide qu'ait été le drame, il a donné le temps aux fidèles qui assistaient à l'office de Sainte-Marie-Majeure de se répandre dans la ville et d'y annoncer la tragi(jue nouvelle ; si bien qu'au point du jour, Cencius aperçoit, des fenêtres de sa tour, où il est venu rejoindre le pape, une foule immense, tumultueuse, se préparant à donner l'assaut à sa demeure, pour délivrer le pontife. Cencius se croit perdu. Sod arrogance tombe. Il se jette aux pieds du pape, implorant le pardon et la vie sauve. Grégoire lui promet l'un et l'autre, parvient à l'arracher à la multitude, puis, escorté d'une foule immense qui l'entoure, se rend à Sainte-Marie-Majeure, pour y terminer, au milieu des actions de grâces universelles, le saint sacrifice interrompu.

Tant de crimes demandaient une prompte sanction. Dès les premiers jours de janvier 1076, trois messagers pontificaux sommèrent le roi, au nom du pape, de se rendre à Rome, le 22 février suivant, pour s'y justifier, devant un synode, de plusieurs attentats qui lui

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