I. M. G , SS,, t. V, p. 24i, a8o, 43i et s
a. Lambert de Hërsfeld, Air.u'cs, ad ann. 1076, dans A/. G., SS., t. V, p. aija, et dans P. L., t. CKLVI, col. laii.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
ÏQÏ
tout à redouter du pape réformateur, ces calomnies trouvèrent un écho. Guillaume, évêque d'Utrecht et ami personnel du roi, se leva alors, et, d'une voix impérieuse, déclara que les membres de l'assemblée n'avaient qu'à choisir entre deux attitudes : condamner le pape, ou abandonner le roi. Pour en finir plus promptement, et pour empêcher les évêques fidèles au pape de se retrancher derrière des restrictions, on soumit à la signature de chacun la déclaration suivante : « Je N..,, évêque de N..., notifie à Hildebrand que, dès ce moment, je lui refuse soumission et obéissance, et je ne le reconnaîtrai plus pour pape, et ne lui donnerai plus ce titre. » « Il n'y eut, dit le chroniqueur Bruno, que quelques personnes à souscrire de plein gré cette déclaration ; la plupart n'obéirent que par crainte, ainsi qu'ils le déclarèrent dans la suite au pape ^ »
A la suite du conciliabule de Worms, Henri IV envoya à Grégoire YII une lettre qui débutait par ces mots : « Henri, roi, non par usurpation mais par la volonté de Dieu, à Hildebrand, qui n'est plus pape, mais seulement un faux moine. » En terminant, le roi s'écriait, sur un ton pathétique : « Et maintenant, puisque tu es condamné par notre jugement et par celui de nos évêques, descends de ce Siège apostolique que tu as usurpé... Descends, descends, toi qui es condamné à tout jamais *. »
Quand les envoyés de fempereur apportèrent cette lettre à Rome, le pape y tenait précisément, dans la basilique du Latran, le concile annoncé. L'un de ces envoyés, Roland, clerc de Parme, eut l'audace d'accompagner cette communication de graves insultes qui révoltèrent l'assemblée. Des laïques, présents dans le lieu des séances, se jetèrent alors sur Roland, et l'auraient massacré, si le pape ne lavait couvert de sa personne ^. Le concile déclara à l'unanimité qu'Henri avait amplement mérité l'excommunication. Grégoire ne pouvait diflërer davantage. En présence de l'impératrice Agnès, présente au concile, qui, le cœur désolé, déclara s'incliner devant une mesure que dictait au pape le devoir de sa charge suprême *, Grégoire VII déclara le roi Henri excommunié, et, en conséquence, délia ses sujets
Le
conciliabule
prononce la déchéance
de Grégoire VII.
Lettre
insolent
du roi.
Grégoire VU prononce contre lui une sentence d'excommunication.
I. Bruno, Debellosaxonîeo, dan» M. G., SS., t. V, p. 35 1 a. Ibid., p. 302.
3. Paul BER^fRiED, Vita Gregorii VII, dans Watterich, t. L p. 5i3, et dans P. L., t. GXLVIII, col. 71. * 'f
4. Voir la lettre écrite à ce sujet par l'impératrice à l'évêque de Passau (HuGcsi DE Flavigmt, Chronicon, P. L., t. GLIV, col. 3o8).
Le pontife
explique
au monde
catholique,
par une bulle,
les motifs
et la portée
de cette sentence (février 1076).
du serment de fidélité. Plusieurs évêques compromis dans la cause du roi furent aussi excommuniés *.
Le pontife crut devoir faire connaître au monde catholique un acte de cette importance par une bulle spéciale, qui expliqua aux fidèles les motifs et la portée de cette condamnation. Le pape y exposait que le roi avait mérité une telle sentence par une triple infraction aux lois de l'Eglise : Henri IV, en effet, non content de fréquenter des excommuniés notoires et de refuser obstinément de tenir compte de nombreux avertissements paternels, avait tenté de faire un schisme dans l'Eglise -. Par là, il s'était lui-même exclu de la société catholique. En agissant comme il l'avait fait, il avait placé le chef de l'Eglise dans l'alternative d'abandonner le Saint-Siège à ses caprices, ou d'agir comme il l'avait fait. Quant à la sentence qui déliait les sujets d' Henri de leur serment de fidélité, Grégoire, sans bien préciser s'il la portait en vertu d'un droit direct ou indirect, la fondait sur le pouvoir qui lui appartenait, de par le Christ, « de lier et de délier » les princes et les peuples 3.
VU
Conséquences L'excommunication du roi de Germanie et des principaux de ses
nlcatioiT"' P^^^^^^^'^ ^^^ comme un coup de foudre, qui, suivant l'expression
dllenri IV. de Bonizo, fit trembler le monde romain tout entier *. Henri IV
était à Utrecht quand la nouvelle lui en parvint, le samedi saint de
l'année 1076. L'évêque d'Utrecht, Guillaume, était un des plus
chauds partisans d'Henri IV. II monta aussitôt en chaire, déclara,
au nom du roi, que l'excommunication lancée par le pape devait
Protestation être considérée comme nulle, et se répandit ensuite en injures gros-
^'j® . sières contre Grégoire VII. Peu de temps après, le roi, dans une au nom du roi. y ^ r r » '
longue lettre, oij il accusait le pape de vouloir réunir en ses mains les deux pouvoirs, spirituel et temporel, invita les évêques de son
I. Voir la formule solennelle de celte excommunication dans le Liber pondJicaUs^ édit. DucHESNE, t. H, p. 38a, et dans Jafké, Monnm. Creg., p. 223-32^. a. Paul Bernried, Vila Gregorii VII, 68, dans Watterich, T, 517.
3. Grégoire VU, Regislrum, III, 6, P. L., GXLVIIt, 454-455, cf. IX, i, P. L., ibid.^ col. 45 1-4 53.