‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 119 sur 336 · I. Sa mère, Béatrice, venait de mourir, le 18 avril · texte numérisé non relu

I. Sa mère, Béatrice, venait de mourir, le 18 avril

Arrivée

du roi

& Canossa.

Il fait

demander

3on pardon.

Il »e présente

dans l'attitude

d'un pénitent

à la porte

de

la foileresse.

Au bout

de trois jours,

Grégoire VII

se laisse

fléchir

■38 janvier

Eiïectivemeat, quelqies jours après, un messager royal vint annoncer à Canossa que son maître, retiré à quelque distance de U forteresse, demandait une entrevue avec la comtesse Mathilde et avec un de ses hôtes, l'abbé Hugues de Cluny L'entrevue fut accordée. Le roi excommunié s'y fit humble, pénitent, suppliant. Il sollicitait l'intervention de la pieuse princesse et du saint abbé, pour obtenir du pape son pardon. La situation de Grégoire était pleine d angoisses. Par son caractère sacerdotal et par les sentiments intimes de son âme, il se sentait incliné vers la miséricorde ; mais pouvait-il devancer un jugement qui avait été réservé à la diète d'Augsbourg ? Le pape se souvenait aussi de l'inconstance de caractère du jeune roi. Il résista longtemps. La comtesse Mathilde redoubla ses instances. • Au matin du 25 janvier 1077, le roi résolut de brusquer le dénouement. Il vint frapper à la porte de la forteresse. Il était pieds nus, dans la neige, et vêtu de la robe de laine des pénitents. Il y resta jusqu'au soir, gémissant, pleurant, sollicitant son pardon. Les deux jours suivants, la même scène se renouvela. Au soir du troisième jour» il se rendit dans une petite chapelle, dédiée à saint Nicolas, où il trouva l'abbé de Cluny et la comtesse Mathilde en prières. Il redoubla auprès d'eux ses supplications. La comtesse Mathilde d'abord, puis l'abbé de Ghiny, se laissèrent toucher, consentirent à intervenir auprès du pape. Grégoire se laissa lui-même gagner, et promit d'admettre, le lendemain, le roi Henri à la communion, mais aux conditions suivantes : 1° Henri se présenterait à la diète des princes et y répondrait aux accusations portées contre lui ; 2** jusqu'au jour du jugement de sa cause, il ne prendrait aucune part au gouvernement du royaume, et fournirait toutes les satisfactions qu'on exigerait de lui. Le pape, prévoyant que sa décision pourrait donner lieu à des interprétations malveillantes à son égard, s'empressa d'envoyer aux princes allemands une relation exacte de tout ce qui venait de se passer *,

I.Grégoire VII, Registram, IV, 12, dans Ja-ffé, Mon G-sg p. 156 et s., et dans P. L., t. GXLVIII, col. 465-467. C'est cette relation qui nous a principalement guidé dans notre récit. Elle se trouve complétée par les relations de deux évêques italiens, Bonizo et Donizo, tous les deux en rapports intimes avec la comtesse Mathilde, et dont le dernier habitait à Canossa (voir Bo5izo dans ^fonum. G'-eg ,. p. 67J, et Do!<izo dans M. G., SS., t. \II, p. 382). Il est absolument faux : i" que Grégoire VU ait lui-même imposé la pénitence au roi ; a^ que celui-ci ait été condamné à passer trois jours et trois nuits sans nourriture, en plein tir, vêtu seulement d'une chemise . 3" que le pape se soit servi de l'Eucharistie comme d'un jugement de Dieu. De telles affirmations essayent en vain de s'appuyer sur une version de Lambert de Herskeld (M. G , SS., V, a55 et s.). Celte version ei.1 con-

L Al'FKWCIIlSSEMENr DE L EGLISE

La solutloD djnaéc au conlUt par Gn'goire YH ne pouvait être plus sage Elle déjouait à la fois le plan d Henri [V, les convoitises de ses partisans et les ambitions de ceux de ses ennemis qui chercliaient plutôt dans cette affaire leur propre intérêt que le bien de la religion et la paix de l'Empire. Ni Guibert de Ravenne, ni le parti allemand en Lombatdie, qui s'attendaient à voir le pape humilié ne furent satisfaits On raconte que Guibert, irrité, conseilla au roi dî s'emparer coûte que coûte, de Grégoire, par ruse ou par t'orce ^ Quant aux Lombards mécontents à la fois du pape et du roi, ils parlaient d'élire roi, sans tarder, le fils mineur d'Henri, et dî mar» cher sur Rome, pour y nommer un autre pape ^. Les barons allemands qui s'étaient rangés autour de Rodolphe de Souabe, et qui se préoccupaient beaucoup plus de la chute d'Henri IV que de la pacification politique et religieuse, ne cachaient pas leur mécontentement d'une solution qui avait visé un but tout opposé. Henri IV luimême qui avait cherché à obtenir plutôt sa réhabilitation politique que sa réconciliation religieuse, constatait avec amertume que Grégoire n'avait cherché que cette dernière issue, au détriment même de la première. L'hypocrite habileté du roi se retournait contre lui [i fut visible, dès les premiers jours qui suivirent l'entrevue de Canossa. que le roi de Germanie allait déchirer ses promesses, suivant l'expression de Lambert de Hersfeld, « comme des toilss d'araignées ^ ».

Si l'opinion publique se détournait de lui, ses anciens conseillers, les plus compromis de ses partisans, les compagnons habituels de ses débauches, se groupaient plus étroitement que jamais autour de sa personne : les « taureaux lombard» » le suppliaient de venir prendre à Monza la couronne de fer ; Cencius, le seigneur- bandit qui avait si cruellement maltraité le pape dans la nuit de Noël 1076,

Sage«;se de la solution

provisoi renient donnée

a«i conQit par le pape.

Déloyauté du roi

Le» ennemi»

de \a papauté

se groupent

autour d'Henri IV.

tredite par l'ensemble des autres documents. Elle jure avec les caractères de Grégoire VII et d'Henri IV La plupart des historiens la rejettent HEFELE-LEriLBRCQ, V, 191-200. Dblarc, Saint Grégoire VU^ t. III, p. 267-278 , Hergenrôther, /fjf. de l'Rglise, III, 555-557). « Ce qu'on doit dire, écnl Hefele, c'est que toute U scène de Canossa a été une scène de comédie jouée par le roi, lequel venait chercher à Canossa, non pas l'absolution, mais une issue i l'imbroglio politique où il s'était jeté » [loc :it., p. 200). Il n'est dit nulle part que le roi ait passé tro's jour» dans U neige revêtu seulement d'une chemise. La robe de laine des péii.tt;nt« se portait sur les vêtements ordinaires.

i. DoNîzo, dans M G , SS., XH, 382.

a. Lambert, dans .\/. G., SS., V, 260 , Mon. Greg., 2^5

Page 1