Annal, bened., t. V, 1. LXVIIl, n
Urbain II fait appel aux
Normands
de la
Basse Italie.
Le
comte Roger de Sicile.
La comtesse
Mathilde de Toscane,
les oreilles K A Strasbourg, le comte Hugues d'EgenlTieln rui assassiné à côté de l'évéque. Des armes spirituelles et des instruments de propagande religieuse, des anathèmes et des confréries ne pouvaient suffire à prévenir et à réprimer de pareils attentats. La force matérielle pouvait seule mettre une barrière à ces violences. Urbain II se souvint des paroles écrites, peu de temps avant sa mort, par Bonizo, le martyr : « Ce n'est point injustice que de combattre par les armes des bandits armés ; ce n'est point un crime que d'abattre des criminels ^. » Il se tourna vers les Normands et vers les Toscans.
Les deux chefs des Normands étaient alors le fils de Guiscard, Roger, à qui Urbain II avait renouvelé l'investiture des duchés d'Apulie et de Calabre, et un frère de Guiscard, du même nom de ■Roger, qui devint comte de Sicile ^. Ce dernier est resté un héros légendaire dans les chroniques, qui le dépeignent « beau et grand, habile dans ses discours et terrible à la guerre, brandissant son épée dans les batailles comme une faux qui fauche l'herbe verte et renversant ses ennemis comme ferait un coup de vent *. »
Urbain eut avec les deux princes normands plusieurs entrevues dans l'Apulie, à Bantino, et à Troïna, en Sicile ^. Mais l'armée normande, alors très occupée de ses conquêtes particulières, n'était pas prête à entrer immédiatement en campagne pour la cause du pape, qui n'obtint de ses chefs, pour le moment, que des promesses de dévouement au Saint-Siège.
Plus ardente dans son zèle était, en Toscane, la jeune veuve du duc Gottfried III, cette vaillante comtesse Mathilde, que les chroniqueurs ont appelée la Débora italienne, et que le peintre florentin Gimabue a représentée sous les traits d'une vierge habillée en guerrier, portant d'une main une grenade, symbole de pureté, et conduisant de l'autre un cheval fougueux. Mais la puissance de Mathilde était bien afîaiblie. Henri IV lui avait confisqué ses biens de Lorraine et paralysait ses forces dans l'Italie du nord par les fortes positions qu'il y occupait. Sur ces entrefaites, le duc de Bavière, Welf ou Guelfe IV, prince sincèrement dévoué à la défense de l'Eglise, soumit au pape