Ibid., p
Le
prince Conrad,
fils aîné
dHenn IV,
abandonne
ia cause
de 90D père
L'impératrice
Praxède
•e prononce
également
contre
l'empereur
et nommait un grand nombre d'évêques intrus. Urbain II fut obligé de fuir la Ville éternelle ; la comtesse Mathilde, cédant aux plaintes de ses sujets écrasés, de ses troupes décimées, entra en pourparlers avec Henri IV, et se décida finalement à reconnaître l'autorité de l'empereur à la seule condition qu'il abandonnerait la cause de Guibert. Elle ne donna pas suite, d'ailleurs, à ce projet, et n'eut pas lieu de le reprendre, la fortune ayant bientôt tourné en sa faveur.
On était arrivé au printemps de 1093. Cette année fut désastreuse pour la cause d'Henri IV.
Le roi avait un fils, Conrad, qu'il avait fait couronner roi des Romains à Aix-la-Chapelle le 3o mai 1087, et destiné au gouvernement de l'Italie. C'é^it alors un jeune homme de vingt ans, que l annaliste saxon nous représente comme doux, compatissant aux misérables, aimant les choses de l'esprit, doué toutefois d'une volonté ferme, capable d'initia4;ive et de hardiesse, par-dessus tout attaché à la religion catholique et dévoué au Saint-Siège. Heuri espérait que les qualités du jeune prince, la saine popularité dont il jouissait, lui concilieraient les esprits en Italie. Il comptait sans la droiture et la pureté de conscience de son fils. Les ignobles spectacles dont celuici fut le témoin à la cour, et au foyer même de son père, le révollèrent *. Il s'enfuit de la cour, et, comme le roi voulait le faire arrêter, il chercha un asile auprès de la comtesse Mathilde. Peu de temps après, Anselme, archevêque de Milan, le couronna à Monza roi d'Italie. Les adversaires d'Henri IV avaient désormais un chef autour duquel ils pouvaient se grouper 2.
Vers la fin de cette même année logS, la reine de Germanie ellemême, Praxède, princesse russe ^, qu'Henri IV avait épousée en secondes noces pendant l'été de 1089, et qu'il maltraitait depuis lors, s'échappa de la prison de Vérone où son mari la tenait enfermée, et s« réfugia à son tour auprès de la comtesse Mathilde. Durant la semaine sainte de 1094, elle se rendit au concile que Gebhard de
1. Sur ces innommable» scandales, voir les témoignages cités par Ba.ronius Annales, édit. Thbiî<br. t. XVII, p. 606. Gf M. G., SS, il, 33o. Henri IV serait allé jusqu'à commander au jeune prince d'outrager sa belle-mère (Pa.ulot, Urbain II, p. 107).
a. HarBLE-LECLERCQ, V, 38a.
3. Les Allemands changèrent le nom étranger qu'elle portait, Eupraxia ou Praxedis, et l'appelèrent Adélaïde. Gf. Doxizo, dans M. G., SS., XII, Sgi ; Ber- MOLD, M G , SS , V, 457 et s. Sur les odieai traitements dont la reine déclara avoir été victime, voir M. G.. SS , VII, 458 ; XVII, i4 ; Hefble Lbclbrcq, V, 383, note i.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
Constance tint dans sa ville épiscopale, en qualité de légat du pape, s'y plaignit des mauvais traitements dont e-le avait été victime de la part de son mari, et contribua beaucoup par là à exciter les esprits contre le roi *.
Ces événements donnèrent au parti catholique un éhn nouveau. Milan. Crémone, Lodi, Plaisance, formèrent une ligije qui devait durer vingt ans. Les troupes fidèles au pape occupèrent les gorges des Alpes, en vue de barrer le passage aux armées impériales qui seraient envoyées d'Allemagne comme renfort à celles de Lombardia. On vit alors, de nouveau, la comtesse Mathiide monter à cheval, et, suivant ?es expressions d'un chroniqueur. « mener aux combats, elle simple femme, des masses d'hommes derfer^ ».
Désespéré, l'empereur ' se retira dans une forteresse, y vécut quelque temps caché, faillit même s'y donner îa mort. On arriva à temps pour l'en empêcher*. Lemomentétait. défait, des plus critiques pour lui. L'effervescence de ses ennemis était à son paroxysme. C'est sans doute à cette époque que le pape Urbain dut intervenir, pour modérer les ardeurs des soldats, par un rescrit qu'Yves de Chartres et Gratien ont inséré dans leurs décrets. Il y disait que. si l'on ne doit pas considérer comme homicides ceux qui, dans une guerre juste, comme la guerre actuelle, mettent à mort leurs ennemis, il convient cependant de leur imposer une pénitence proportionnée, à cause delà perversité possible de leurs intentions ^.
Vers la fin de Tannée logS. le pape jugea que le moment était venu pour lui de reprendre possessiOQ de Rome. Le jour de Noël de cette innée, iscompagné d'Yves de Chartres ^' u y fit sa rentrée pacifique,
\ . .VI\>3i. XX, 795
3. Ferrata virorum agmina in beîlum agebal femma. Guilîaumi de \Ia.lmesburt,
3. Henri prenait le titre d'empereur depuis qu'il avait été «acre par Guibert.
4. BoRizo, ad ann. logS, 3/. G., SS., V. 456, Le» chroniqueurs qui rapportent cette tentative de suicide n'en parlent qu'avec épouvante. Le suicide était an crime i peu près inouï au Moyen Age. « L'exemple que présenta, en 1206, .'a petite v^ie de Stem, d'un homme qui commit un suicide par dégoût de la vie, est, d.t Hurler. un fait peut-être unique pendant le cours d'un siècle et dans l'Europe entière. »» (Frédéric Hurtbr, Tableau des institutions et des nxœurs de C Eglise n Moyen \ ;«, trad. Cohen, 3 vol. in-80, Paris, i843. t UI, p io8,)
5. Un concile, tenu à Reims en 924 ^^Ma-^si, X.VUI. 346), avait imposé une pénitence à ceux qui avaient prtspart à la bataille Je Soissons, entre le roi Charles et son adversaire le roi Robert, pour la raison qu il n est giére possible, dans les guerre» civiles, de se battre iniquement pour le bien public Voir, sur la question. Isidore DE Pélusk, Collaùones. 1. IV, episl. joo.
6. Yves DE Chartres, Episi.^ a; , Baa.xoL*), CSroniccn, M. G., S5 , V, ^57.
Une ligue
catholique
se forme
en Italie,
sous
l'inspiration
de la comtesse
Mathiide.
Désespoir d'Henri IV.
Le pape
intervient
pour modérer
l'ardeur des catholiques
militants.
Rentrée du
pape
à Rome
(26 décembre
logS"».
sans avoir eu besoin de recourir aux armes, sans que cette rentrée fût l'occasion d'aucunes représailles contre ses ennemis. Mais ceux-ci, encore nombreux à Rome, ne désarmèrent pas. Pour échapper à leurs complots, Urbain dut se retirer dans la maison des Frangipani. La famille des Frangipani était devenue, comme celle des Crescencius, une vraie puissance. Installée au Palatin, elle avait, en transformant plusieurs monuments antiques en tours féodales, établi V une vaste enceinte fortifiée, comprenant, avec le Palatin, le Golisée,
la Voie sacrée, les arcs de Constantin et de Titus, le grand Cirque. Les partisans de Guibert ne pouvaient espérer déloger le pape de cette forte position ; ils ne pouvaient songer, d'autre part, à ramener à Rome l'antipape, réfugié auprès d'Henri IV. La situation des • deux partis semblait sans issue. La cupidité des guibertistes en trouva une. Quelques jours avantla fête de Pâques de 109/i, le capitaine, à qui Guibert avait confié la garde du palais et de la basilique de Latran, offrit au pape de les lui céder contre argent comptant. Mais le Saint-Siège était pauvre. Urbain fit appel à la France, éternelle Irésorière delà papauté *. Le secours lui vint de plusieurs collectes ordonnées par les évêques français 2, et surtout du célèbre abbé Geoffroy de Vendôme, qui avait déjà franchi douze fois les Alpes et subi trois fois la prison pour la cause de l'Eglise romaine 3, et qui, apprenant la détresse du Saint-Père, lui remit douze mille sols d'or, n reprend c'est-à-diie la valeur de cent marcs d'argent*. Au mois de mai 1094 dTpriail^ Urbain [[ put enfia reprendre possession du Latran, qui n'avait de Latraa p[Qs revu dans ses murs de pontife légitime depuis le jour où (^mai 1094 . Qj.^gQJj.g Y[[ Q^ avait été chassé par Henri IV avec l'argent des
Byzautius.
Une calamité nouvelle, la peste, qui sévit dans presque toute
l'Europe, en l'année 1094» ne contribua pas peu à ramener les âmes
La peste >^ Dieu, les princes à la paix. Ce fléau fit plus particulièrement des
^ ^°^ * ravages en Germanie. Dans la seule ville de Ratisbonne, huit mille