I. Paulot, Urbain II, p. 119, Hiât. gén. da l'Eglise. — IV
Urbain II
et \i réforme
de TEçlisA.
La réforme en France,
Philippe !«',
roi de France,
favorise
et pratique
la simonie.
aa6
Il abandonne
sa
propre femme,
Berthe,
pour vivre
avec Berlrade,
comtesse
d'Anjou
Indignation du clergé de France.
Protestation
d'Yves de Chartres.
pratiquer la simonie, et comprenait, d'ailleurs, que le triomphe des idées réformistes diminuerait fatalement le pouvoir de la royauté sur les seigneuries d'Eglise... Tirant sa principale ressource des évêchés et des abbayes de son domaine, vivant de ses clercs beaucoup plus que de ses vassaux laïques, il ne voulait point favoriser une révolution qui l'aurait appauvri*. » Son opposition devint particulièrement violente quand le pape, non content de combattre les prétendus intérêts de son royaume, condamna les scandales de son foyer.
« En 1092, dit le chroniqueur Ordéric Vital, arriva en France un événementscandaleux qui jeta le trouble dans le royaume. La comtesse d'Anjou, Bertrade de Montfort, craignant de se voir traitée par son mari comme l'avaient été, . avant elle, deux autres femmes qu'il avait épousées, et d'être rejetée comme une vile courtisane ; persuadée d'ailleurs qu'elle avait assez de beauté pour plaire au roi Philippe et assez de noblesse pour être reine, lui envoya un message et lui découvrit la passion qu'elle avait dans le cœur. Elle aimait mieux, disait-elle, abandonner son mari pour en épouser un autre, que d'être honteusement délaissée. Le roi ne fut pas insensible à celte déclaration d'une femme voluptueuse ; il consentit au crime, et reçut Bertrade avec empressement dès qu'elle arriva en France. Quant à sa propre femme, Berlhe, fille de Florent, comte de Hollande, reine noble et vertueuse, qui l'avait fait père de Louis et de Constance, il la répudia*. » La saine partie du clergé de France, encore très nombreuse, s'indigna. « Que personne, s'écrie Hugues de Flavigny, ne s'irrite contre moi, si j'ose censurer amèrement la conduite du prince, sans égard pour le nom et la majesté du trône. Quand on nous empêcherait d'écrire, la France entière élèverait la voix, et tout l'Occident ne pourrait ignorer le crime de Philippe. » Pour donner à cette affaire une apparente légalité, le roi essaya de gagner à sa cause le grand canoniste Yves de Chartres. Il mit en avant un prétexte de parenté, prétendit avoir pour soi l'approbation du pape et de plusieurs évêques, et invita Yves à se rendre à Paris pour la solennité du mariage. Yves répondit n'avoir aucune connaissance de l'autorisation des évêques et du pape, et déclara qu'il n'assisterait au mariage que si les causes du divorce étaient canoniquement établies dans un concile régulier. « J'aimerais mieux, ajouta-t-il,
I. A. LucHAiRE, dans VHist. de France de Lavisse, t II, ae partie, p. 172-173. a. Ordéric Vital, Hist. eccles., 3<: partie, 1 YlII. n 19, P. L., t. GLXXXVIII, col. 616.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
qu'on me jetât dans l'eau avec une meule au cou que d'être une pierre d'achoppement pour les faibles K » En même temps, Tévêque de Chartres envoya à tous les évêques invités une copie de sa lettre adressée au roi. « Je vous supplie, leur disait-il, de ne pas rester comme des chiens muets qui n'ont pas le courage d'aboyer », mais d'être « comme de vigilantes sentinelles, de sonner de la trompette 2». A l'archevêque de Reims, qui avait le droit exclusif de bénir le mariage royal, il écrivait : « Je compte sur votre religion pour ne rien dire ni faire, dans une question si périlleuse, qui ne soit appuyé sur l'autorité et sur la raison 3. »
Dans cette circonstance, le pape fît preuve, comme toujours, d'une paternelle et patiente fermeté. « Le pieux pontife, dit Ordéric Vital, envoya en France des légats apostoliques, et, par ses lettres et la voix des prêtres, il avertit, supplia, réprimanda ce roi égaré, qui avait répudié son épouse légitime pour contracter avec une autre, contrairement à la loi divine, une alliance adultère*. » « J'ai vu des lettres, dit Yves de Chartres, que le seigneur pape Urbain envoyées aux archevêques et évêques du royaume, leur demandant d'amener le roi à la raison, ou, s'il s'y refusait, de le contraindre à s'amender par la menace des foudres ecclésiastiques ^. » Le roi passa outre, fit bénir son mariage, à défaut de l'archevêque de Reims, qui s'y refusa, par l'évêque de Senlis, et fit arrêter Yves de Chartres. Mais le pape écrivit à l'archevêque de Reims, Raynald, une lettre énergique, pour lui reprocher d'avoir laissé son suffragant, l'évêque de Senlis, obéir aux caprices du roi, et pour lui demander de faire mettre l'évêque de Chartres en liberté. « Pressez le roi, lui disait-il, pour la délivrance de votre frère l'évêque de Chartres ; si celui qui le tient captif ne vous écoute pas, excommuniez-le, et jetez l'interdit sur ses châteaux et ses terres^. »
Par manière de réponse, le roi réunit à Reims, en synode, trois archevêques et huit évêques, qu'il avait réussi, en les comblant d'honneurs, à entraîner dans son parti. « Les Pères de ce concile, qui s'ouvrit le 18 septembre 109/i, furent-ils favorables au
InterventÎMi
du pape Urbain IL
Le
fait bénir
son union
avec Bertrade
par l'évêque
de Senlis.
Arrestation
d'Yves de Chartres.
Pseudo-concila de Reims
I Yves DE Chartres, Episl., i5, P. L., t. GLXII, col. 27-28.