‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 141 sur 336 · Hefble-Leclercq, V · texte numérisé non relu

Hefble-Leclercq, V

Le chroniqueur Ordéric Vital raconte que Guillaume le Conquérant, repassant, sur son lit de mort, les violences et les injustices dont il s'était rendu coupable, suppliait la Vierge Marie de daigner lui faire miséricorde en souvenir des nombreuses fondations monastiques qu'il avait faites de l'un et de l'autre côté du détroit *. Son successeur, Guillaume le Roux, se montra moins respectueux des droits de l'Eglise et du Saint-Siège, mais un moine, sorti d'un des couvents protégés par son père, lui opposa une résistance invincible.

Guillaume le Conquérant, tout en maintenant avec inflexibilité les prétendus droits de la couronne sur l'Eglise, et en pratiquant l'investiture, était entré plus avant que bien d'autres dans les plans de réforme de Grégoire VII ; il avait fait observer le célibat des clercs, proscrit la simonie, et pris habituellement les conseils de l'arche- Guillaumell vêque de Cantorbéry, le vénérable Lanfranc. Guillaume le Roux (io8'-^-iioS ^^^^^^^^ de tenir la balance égale entre Urbain II et l'antipape Guibert, faisait revivre impudemment la simonie et tous les abus qui s'ensuivaient. Il prenait conseil d'un prélat indigne, Raoul Flambart, un valet de pied devenu évêque de Durham, et qui devait son surnom à la brutalité de ses extorsions. Saint Anselme appelle ce courtisan le premier et le plus ignoble des publicains ^. Au début de son règne, Guillaume, grâce à l'ascendant qu'exerçait sur lui le vénérable Lanfranc, mit quelque frein à ses passions. Mais la mort du pieux archevêque, en 1089, laissa bientôt un libre cours à sa tyrannie. « Tous les ordres de l'Etat, dit David Hume, eurent lieu Se» exactions de se plaindre d'une administration illégale et arbitraire. Les privi- . . *"j'g^v lèges mêmes de l'Eglise, que l'on regardait alors comme sacrés, devinrent un faible rempart contre ses usurpations. Il se saisissait du temporel de tous les évêchés et de toutes les abbayes qui venaient à vaquer, et différait d'y nommer, pour jouir plus longtemps de leurs revenus. Il osa même distraire quelques terres appartenant à l'Eglise, pour les donner en propriété à ses capitaines et à ses favoris, et vendit, pour ainsi dire, à l'enchère les crosses et les bénéfices qui tombaient à sa disposition ^, »

1. Ordéric Vital, Htst. eccles., pars III, 1. Vil, n. 12, P. L., t. CLXXXVIIT, eol. bliS.

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