Eadmbr, Hist. nov.f\,l
l'affranchissement de l'église 233
que jamais vous ne pourrez accorder l'obéissance que vous me devez à moi-même avec celle que vous voulez rendre au pape contre ma volonté, — Prince, répliqua l'archevêque, convoquez, si vous le voulez, une assemblée des évêques et des grands du royaume, pour décider de cette question ; mais sachez-le, si cette assemblée venait à décider que je ne puis accorder ces deux obéissances dont vous me parlez, j'aimerais mieux m'exiler de votre royaume que de renoncer, ne fût-ce que pour une heure, à l'obéissance que je dois au successeur de saint Pierre *. »
Le roi pensa qu'il n'avait qu'un moyen de réduire l'intrëpidîté d'Anselme : c'était de réunir 'une assemblée où personne n'oserait le contredire et dont il dicterait les décisions. Il convoqua donc les II convoque prélats et les nobles de son royaume au château de Rockineham pour "réassemblée
'' . ,. ° ^ ^ a nockingham
le II mars 1096. Les espérances du roi se réalisèrent en partie. La (mars 1096;. majorité des évêques, guidée par une prudence tout humaine, abandonna Anselme, et lui conseilla d'obéir au roi. L'archevêque répondit qu'il obéirait toujours à son souverain pour les affaires civiles, mais qu'il n'oublierait jamais la parole du Maître : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Les évêques émirent alors l'avis que le roi retirât la crosse et l'anneau à l'archevêque de Cantorbéry. La plupart de ces évêques devaient leur élévation à la faveur royale. La noblesse laïque, plus indépendante, se montra plus fière, et refusa de se rallier à ce vœu. L'opinion publique se prononça vivement dans le même sens. Le roi jugea prudent de temporiser. La noble résistance d'un seul homme avait réveillé la conscience catholique de la nation, fait reculer le souverain, et empêché un schisme, Ka courageuse
lout prêt à éclater. On a pu dire avec raison que l' Angleterre a dû, »"''"de de
,, . , , . 1 , saint Anselme
en celle circonslance, a la courageuse attitude d Anselme ses cinq préserve
derniers siècles de catholicisme *. l'Angleterre
T-> , . d un schisme,
i^.n 1097, le roi recommença ses persécutions. Sous le prétexte que
l'archevêque de Cantorbéry lui avait fourni de mauvais soldats pour guerroyer contre ceux du pays de Galles, il le menaça d'un procès devant la Haute Cour. Anselme déclara son intenlion d'aller à Rome prendre les conseils du pape, et, malgré les menaces du roi. s'y rendit au commencement du mois d'avril de l'année 1098. 11 y reçut du pape Saint Anselme l'accueil le plus bienveillant. Ses malheurs, l'éclat de sa science et / ^""Sî^
I. Ragey, //(5^ de saint Anselme, t. II, p. 62-63. a. Ibid., p. 73.
de ses vertus, la reDommée de son courage, une expression de noblesse et de sainteté qui rayonnait, paraît-il, de sa physionomie, lui valurent à Rome une vénération extraordinaire. On ne l'appelait que « le saint ». Au rapport de son biographe, un jour, des hommes soudoyés par les partisans de l'antipape pour s'emparer de lui furent tellement subjugués par son regard que, la vénération se mêlant à la terreur, ils déposèrent leurs armes, et se prosternèrent à ses pieds en lui demandant sa bénédiction*. La prudence et la générosité de son caractère se révélèrent particulièrement au concile de Saint Anselme Bari, qui s'ouvrit au mois d'octobre 1098, et où le pape voulut
au concile qu'il assistât. Après avoir réglé plusieurs questions de doctrine et de de Ban ... v^, . ^ . .
(octobre 1098). discipline, les Pères vinrent à parler du roi d'Angleterre. « Le pape, dit un témoin présent à l'assemblée, prit la parole pour reprocher au roi Guillaume, entre autres griefs, la vente et l'oppression des Eglises et les injures faites à Anselme; puis il demanda aux évêques quel était leur avis. « Il n'y a pas à hésiter, répondirent ceux-ci : Guillaume, invité trois fois à se soumettre, a trois fois refusé devons obéir : il ne reste plus qu'à le frapper d'anathème. » A ces mots, Anselme, qui, durant les débats, était resté assis,, les yeux baissés, se mit à genoux devant le pontife, et parvint par ses supplications à détourner du roi le châtiment que les Pères du concile réclamaient à l'unanimité » 2. Dans cette démarche, Anselme fut-il guidé par la crainte qu'une excommunication, en exaspérant le roi, ne déchaînât à
Sa grandeur la fois la persécution et le schisme.^ C'est probable. Il montra du d'âme. moins que la vengeance n'avait point de place en son noble cœur, et peut-être sauva-t-il, encore une fois, par sa magnanime patience, le catholicisme de l'Angleterre.
Urbain II Pendant que la papauté brisait, en Germanie, en France et en
^^ Vndeterre, les tentatives de schisme, elle présidait, dans le sud de
les musulmans ° ^ ^,^-^ i i o- -i ^ • r
d'Europe. l'Europe, à la reconquête de 1 Espagne et de la bicile sur les mtidèles.