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BowGARS, Gesta Dei, t. I, p

Ix. il ne s'agissait point là d'une absolution sacramentelle, accordée aux cent

mille auditeurs, pour toutes leurs fautes, sans confession préalable, mais de la rémission de la peine temporelle promise aux pécheurs repentants et pardonnes qui enircprendraient la guerre sainte. Le concile de Clermont venait de le déclarer en termes fort clairs : u Quiconque, par le seul esprit de foi, sans les vains désirs d'avarice ou d'ambition, partira pour délivrer l'Eglise de Dieu à Jérusalem, ce voyage lui tiendra lieu de pénitence. » (P. L., t. CLXII, col. 717.) Urbain II lui-même, quelques mois plus tard, désirant sans doute prévenir quelques malentendus, s'expliqua sans ambages sur ce point, dans un discours tenu aux fidèles de Bologne : « Sachez que tous ceux qui entreprendront le saint voyage, non par des motifs d'ambition terrestre, mais uniquement pour le salut de leur âme et la délivrance de l'Eglise, obtiendront la remise entière de la pénitence après une vraie et parfaite confession de leurs péchés. » (P. L., t. GLI,

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Ceux-ci, comme signe distiaclif, attachèrent sur leurs vêtements un morceau d'étoffe taillé en forme de croix * . De là vint le nom de croisés, qui leur fut aussitôt donné. Le lendemaia, le pape nomma l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, son légat pour la croisade, déclara inviolables pour trois ans les parents et les propriétés des croisés, prescrivit à tous les fidèles, ou peut-être seulement aux clercs, de réciter tous les samedis l'office de la Sainte Vierge 2, pour s'aesurer la protection de la Mère de Dieu sur la croisade, et déclara le concile dissous.

Le jour du départ pour la croisade fut fixé au [5 août logô, et la ville de Gonstantinople fut indiquée comme point de concentration dç toutes les troupes. Urbain II, après avoir soulevé le mouvement populaire, sut le propager et l'organiser. Par des lettres envoyées dans toutes les directions, par des synodes qu'il présida en personne à Limoges, à Angers, à Tours, à Nîmes, à Pavie et à Rome, il excita le zèle des fidèles. Des prédicateurs populaires, sous sa direction, prêchèrent la croisade. Le plus célèbre de tous fut Pierre l'Ermite.

PieFre Originaire delà ville d'Amiens, ou du moins de la Picardie, moine

et solitaire, mais sans qu'on sache à quel ordre le rattacher 3, Pierre, surnommé l'Ermite, avait certainement entrepris un voyage en Orient pour y vénérer le Saint Sépulcre, et y avait été victime do mauvais traitements de la part des Turcs. Assista-t-il au concile de Glermont? C'est probable, bien que les historiens du concile n'en

col. 483). Il est vrai que, durant les croisades, le clergé latin regarda comme de véritables martyrs, et, par suite, comme sauvés par le fait même, les croisés qui étaient tombés les armes à la main en combattant contre lés infidèles. Ce n'était là qu'une application particulière d'une croyance commune de l'Eglise, et il faut sans doute voir une allusion à cette croyance dans ces paroles que Robert le Moine (Albert d'Aix-la-Chapelle) prête à Urbain II : ArripUe igitar viam hanc in remissionem peccalorum vesLrorum, securi de immarcesclbili gioria regni cœlorum (Botcga.rs, op. cit., t. I, p. Sa.) L'espérance de ces faveurs spirituelles, à une époque où une grande foi s'associait à de grandes passions, dut exercer une puissante influence sur de grands criminels, qui s'engagèrent dans la croisade pour racheter leur vie passée.

1. Ce morceau d'étoffe, taillé en forme de croix, était cousu sur la poitrine ou sur l'épaule droite, parfois fixé au front du casque. {M. G., SS., VU, 765).

2. Saint Pierre Damien avait déjà introduit cet usage chez les moines. Les Heures de la sainte Vierge existaient depuis trois siècles, soit dans l'Eglise grecque, soit dans l'Eglise latine. Cf. Gard. Bonâ, Tract, de div. psal.m., c. X.II, S 3 ', Ma^RTÈre, De ant. Eccles. rit., t. IV, p. 83.

3. Conjectures sur Pierre i Ermite, par le R. P. François B\lme, des Frères Prêcheurs, dans A. -M. -P. Ingold, Miscellanea Alsalica^ ae série, Golmar, 1896, p. Sq-

l'Ermite.

L AFFRANCHISSEMENT DE L tGLISE

parleal pas Les récits de ses mallieiiis eauijl ils quelque iufluence sur îe pape au même titre que ceux des autres pè.eiÏLS d Orient ? Le fa 1 n'a rien d'iDvraisemblable. bien qoe les auteurs ccnlemporaiiis n'en disent mot. Ce qiîi est certain, c'est q^je Pierre 1 Ermite ne tarda pas à jouer un rôle considérable dacs la croisade Au lendemain du concile de Clermctit, il apparaît comme exerçant sur le peuple un ascendant extraordinaire Maigre, la figure émaciéeel encadrée d'une longue barbe grise, pcrtacl sur sa tunique de laine un froc de moirée, il parcourt le Berry, la Lorraine et le nord de la France, monté sur un âne, qui a lui-même sa pari de la vénération doLl on entoure son maître *,

D'autres prédicateurs moins connus, parmi lesquels il fajt com mer Robert d'Arbrissel, portèrent la parole dj pape dacs les autres provinces Partout l'appel d'Urbain 11 éveiîla des échos enthousiastes. « Les Français, ditDomnizo, accueillirent la paro'e d'Urbain comme la parole de saint Pierre en personne ^ o « On \il tout à coup, raconte Sigebert, ducs clercs, moines, vieillards jeunes gens et enfants, sans que personne eût pu les empêcher, se metlie en marche Uce armée infinie se leva pour aller à Jérusalem ^ » » Il q') eut pas de peuplade si lointaine, écrit Gailiaumede Malmesbur} , qui n'envoyât quelqu'un pour la représenter ♦. » « Les \cieurs et les pirates, ajoute Ordéric Vital, les criminels de toute scrle touchés de la grâce, sortaient de l'abîme de leurs misères, lenonça'enl à leurs crimes en les désavcuanl, et, pcui les exp'ei partaient pour le pa)s Icintam ^. .)

Ses pfédicalioiui.

A lire»

prédicateurt.

Cet enthousiasme populaire eut d heureux résultais L Europe eclière en fut comme secouée. Nul ny échappa Les yeux de tous se trouvèrent tout à coup tournés vers la croix ds Jésus-Christ, ccmme vers 1 objet le plus digne de solliciter le sacrifice d une vie d homme. Les âmes les plus vulgaires, les plus basses, se trouvèrent, en un

La croitad« pop ri aire.

I. De fyo -nu'o pili pro reUquUs ropiebanttxr^ dit Guibert de Nogbîit, Geita Dei^ il, 8, clans !e Rec . des hist. des crois., t. ÏV, p. i4a

a. DoMxizo, Vita Math., cf. Catalas, Pontif. ^oman., il, 53 1.

3 l> firiiids exercitus Jérusalem ivit. Ann.S. Ben Dw.. M. G., V, 43.

^ Gc'iLLAt'UE DE MvLMESBURY, De ^ViUelmo secundo, I. IV, cap. lï, p. 75.

5. Ordéric Vital, Hisl. eccles., l. iX, P. L., t. GLXXXVIII. col. 65a.

Sa haute inspiration,

Ses désordres et ses abus.

Les faux croisés.

Gottsckalk.

Folcmar, Semicho.

moment, comme soulevées de terre et suspendues aux seules réalités invisibles du monde surnaturel : le Christ toujours vivant, les mystères de sa Passion, de sa grâce, du salut éternel. Mais le bon ordre soufiFritde cette agitation universelle. Urbain II avait rêvé d'une expédition sagement organisée et fortement disciplinée. Des bandes populaires se formèrent spontanément, se mirent en marche, si nombreuses, animées d'esprits si divers, qu'il fut impossible de les encadrer dans une armée régulière. Les uns, inspirés par une piété confiante et naïve, partaient avec le seul espoir de subir le martyre et de gagner le ciel. D'autres, moins dégagés des choses terrestres, se précipitaient vers l'inconnu, avec la perspective d'échapper à la vie misérable que la famine et le brigandage des guerres privées leur avaient faite. Jérusalem, pour eux, c'était la fin de tous les maux dont ils souffraient. «Rien de plus touchant, dit Guibertde Nogent, que de voir ces pauvres croisés ferrer leurs bœufs comme des chevaux, les atteler à une charrette à deux roues, sur laquelle ils mettaient leurs pauvres bagages et leurs petits enfants. A tous les châteaux, à toutes les villes qu'ils apercevaient sur le chemin, ceux-ci, tendant leurs mains, demandaient si ce n'était pas encore là cette Jérusalem vers laquelle on se dirigeait *. »

L'indicispline et le désordre furent les moindres maux de ces troupes improvisées. Des éléments gravement compromettants s'y mêlèrent. « De même dit Ekkéhard, que, dans le champ du père de famille, l'homme ennemi sème la zizanie, ainsi le démon sema de faux prophètes au sein de la croisade ^. » Le chroniqueur fait ici allusion à ce Guillaume le Chambellan, vicomte de Melun, qui, à la tête d'une bande de Français et d'Anglais, dévastait tout sur son passage ; au prêtre allemand Gottsckalk, qui, « sous les apparences d'une religion feinte, trahissait le Dieu dont il était le serviteur ^ » ; à l'imposteur Folcmar, dont les troupes, recrutées en Saxe et en Bohême, pillaient les Juifs pour s'approprier leui^s richesses ; à un aventurier plus terrible encore, le comte brigand Semicho, qui, invoquant des visions célestes, réussit à grouper autour de lui une troupe de douze mille pèlerins, el, sous prétexte de venger la mort du Christ, fit mettre à mort des multitudes de Juifs à Spire, à

1. Guibertde Nogest, 1. II, ch. vi, dans Bongars, t. I, p. ^482, et dans le Recueil des hist. des croisades, Histor. occid.^ t. IV, p. i42. a. EntÉHAnD, LiôeH. Hierosolim., P. L., t. GLIV, col. 970. 3. Id., op. cit., col. 971.

l'affranchissement de l'église

Worrns, à Mayence, à Prague. Les éveques de Worms et de Mayence, ayant donné asile à des Israélites dans leurs propres demeures, y furent assaillis par ces faux croisés, qui pillèrent leurs palais et y massacrèrent sans pitié les malheureux réfugiés ^ Plusieurs de ces profanateurs sacrilèges de la croix de Jésus-Christ reçurent leurs châtiments en ce monde. Les soldats de Folcmar, pendant qu'ils traversaient la Pannonie, chargés de butin, y furent enveloppés par la population indigène, et presque tous massacrés, ou réduits en esclavage * ; les bandes de Semicho subirent le même sort sous les murs de Mersebourg, dont elles faisaient le siège, et le sanguinaire seigneur, rentré dans son château des bords du Rhin, y mourut laissant une mémoire exécrée. Les ballades populaires de la province rhénane font errer chaque nuit autour de la sombre forteresse, « l'âme plaintive du hideux massacreur ».

De tels méfaits déshonoraient la croisade et allaient bientôt servir de prétexte aux chefs de l'armée grecque pour abandonner, pour trahir même la cause des croisés et la grande idée chrétienne d'Urbain IL

Le seul groupe de la croisade populaire qui ait répondu aux vues du pontife romain est celui qui se forma autour de Pierre l'Ermite. (( Rien de plus désintéressé, dit le marquis de Vogué, que ces croisés de la première heure. Le paysan de France qui se levait à la voix de Pierre l'Ermite ; le petit gentilhomme de Provence ou de Picardie qui vendait son modeste domaine pour prendre la croix, ne songeait guère à se tailler un fief dans les terres inconnues de l'Orient ; il obéissait aux impulsions de sa gén^osité et de sa foi ; la seule terre qu'il ait conquise est celle où. reposent ses restes, oubliés et délaissés, au bord de la longue route qu'il a jalonnée de ses os blanchis, de la Loire au Jourdain^. » L'autorité exercée par Pierre l'Ermite sur cette armée parait avoir été considérable. « Je ne sache pas, dit Guibert de Nogent-, que jamais homme ait été vénéré, obéi, à l'égal de lui. Il avait un don pour apaiser les disputes, pour réconcilier les ennemis. Dans ses moindres mouvements, dans ses paroles, on sentait je ne sais quoi de divin. Il allait nu-pieds. Le pain était sa seule nourri-

La troupe de Pierre l'Ermite.

1. Sur ces bandes de pillards, qui ne prirent la croix que pour exercer leurs brigandages, voir Ekkéhard et Albert d'Aix, dans P. L., t. GLIV, et Bongars, Gesta Dei per Francos, t. I, p. igS-igG.

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