‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 154 sur 336 · Ekkéhard, op. cit., P. L., t. GLIV, col · texte numérisé non relu

Ekkéhard, op. cit., P. L., t. GLIV, col

3. Marquis de Vogué, les Croisades, dans la France chrétienne dans V histoire, Paris, 1895, p. 212,

Caractère

propre

de ce groupe.

Incidents

fâcbeuK de

f eipédition

Le groupe

de Pierre

l'Ermite

est assailli

par

les Bulgares.

ture. C'est à peine si oq pouvait le décider q^je'q^jefois à prendie un peu de poisson II ne bavait jamais de v-.n V >

Le groupe conduit par P.'erre 1 Ermite De forma pas on? armée proprement dite. Ce fut plutôt une troupe de pèlerins, qus i'auslere prédicateur se chargea de conduire à Conslanlinople par les vallées du Rhin el du Danube, jusqu'au pied des Balkans, puis par les vallées de la Thrace, en traversant Philippopolis el Andrincpîe.

Plusieurs incidents fâcheux troublèrent la marche de celle expédition Tout d abord quelques soldais de l'avant-garde, q-jî marchait sous les ordres de Gauthier de Poix, furent assaillis, en traversant la Hongrie, par des gens du pays qui les dépeuplèrent d? leurs provisions, de leurs armes, de leurs vêtements, et leur firent subir les traitements les plus odieux. Le premier mouvement des croisés fut de s arrêter, el de tirer de celte brutale agression une vengeance exemplaire. « Mais, dit Guillaume de Tyr, réflexion faite, ils se dirent * G est pour le Christ que nous avons pris les armes ; laissons le Christ venger lui-même ioffense faite à ses serviteurs, Lui qui a dit qu'aucun cheveu de notre tête ne tomberait sans sa permission. Et poursuivant leur route, ils arrivèrent en vue de Belgrade - »

Le gros ds l'armée, sous les ordres de Pierre l'Ermite, les suivait. à quelques jours d intervalle Aux Francs, étaient venus se joindre, sur le parcours, des Souabes, des Bavarois, des Franconiens, des Lombards, des Autrichiens, des gecs de toutes les parties de l'Allemagne. Ce mélange de peuples, parlant diverses langues, el qui se comprenaient difBcilemenl, augmenta les difficultés de l'expédition. En traversant la Bulgarie, une centaine d'Allemands, restés en arrière, isolés de la troupe, se prirent de querelle avec un Bulgare à propos d'un achat de vivres, el. pour se venger, « ces fiis de Bélial », comme les appelle Guillaume de T)t 3, mirent le feu à sept moulins élevés sur les bords de la Nichava A i aspect des flammes, les habitants de Nissa se soulèvent, appellent à leur secours des troupes de Bulgares, de Hongrois, de Pelchénèques, tcmbent sur les derniers rangs de l'arm.ée de Pierre I Erm: le s em pareil des ccn vois de vivres, pillent les chariots chargés des trésors de i armée et les bagages.

I . GuiBBRT DE NoGEMT, Gesta Dei per Francos^ 1. II, ch. vin, Histor. des croisades^ IJist. occid., t. IV, p. i4a-i/i3. P. £,., t. CLVI, col. 706.

a. Glillalmb de Tta. HiSioria ♦^«■i»m m p«':iiuj i'"anj»r.a';n;s genarti^n. \ î, ch xviii, dans !es H.siorie-^ des coisades. H.so'- cci.d,, t I, i'" partie, p. 48.

3. GiiLLA-.MB DE i ta. o/) tt.' , I. I. ch XX, H^i. itj crois f t. I, p. 5a.

font un effroyable massacre des pèlerins, et emmènent en captivité tous ceux que la lassitude les force d'épargner, a Les autres, écrit Albert d'Aix, se réfugièrent, tels que des brebis poursuivies par des loups, les uns dans les bois, d'autres dans les montagnes du voisinage. Pierre l'Ermite se trouva, le soir, sur le sommet d'une montagne, entouré de cinq cents hommes seulement. Il crut tout d*abord que c'était là tout ce qui lui restait de sa troupe de quarante mille hommes. Mais, durant la nuit suivante, il fit sonner les trompettes et allumer des feux comme signaux de rassemblement. Sept mille fugitifs répondirent aussitôt à son appel. Il en revint, les jours suivants, vingt-trois mille. La perte totale se réduisit donc à sept mille hommes. Mais les chariots, les équipages, les provisions, avaient disparu ^ . »

L'empereur Alexis Comnène vint au secours des malheureux pèlerins. Le succès de l'expédition ne lui était pas indifférent. Il comptait sur les victoires des croisés pour sauver l'empire byzantin du péril turc. Il était impatient d'ailleurs de connaître l'illustre ermite dont la renommée était parvenue jusqu'à lui. Il lui fournit des vivres, mais à la condition qu'il ne s'arrêterait nulle part plus de troisjours, et le pria de venir en hâte à Constantinople.

Pierre l'Ermite arriva, le i*' août 1096, sous les murs de la cité byzantine, et se rendit aussitôt au palais imp<^rial. « L'exiguïté de sa taille, dit le chroniqueur Albert, contrastait avec la grandeur de son éloquence et de son cœur. Le moine, se présentant avec une noble assurance, salua l'empereur au nom de Jésus-Christ, lui exposa l'origine et le but de son entreprise, lui raconta les péripéties de son voyage, et lui annonça la prochaine arrivée d'une armée composée de ducs, de comtes et de chevaliers, n'ayant, comme lui, d'autre but que de vénérer et de délivrer des mains des infidèles le tombeau de Jésus-Christ 2. » L'empereur parut profondément touché de ces paroles. Il conseilla à Pierre d'attendre à Constantinople l'arrivée de l'armée régulière organisée par les barons, et de ne rien entreprendre sans elle. Il ne fut malheureusement pas au pouvoir de Pierre l'Ermite de contenir l'impatience des siens, qui commençaient à piller la ville. Alexis leur fit traverser le Bosphore. Mais leur entrée en Asie fut le signal d'une débandade générale. La troupe de Pierre

I. Albert d'Aix-la-Chapelle, Histor. Hyerosol., I. I, ch. xii, Hist. des crois., llist. occid., t. IV, p. a8i.

a. Albert d'A.ix, op. cti., 1. I, ch. xv, Hist. des crois., t. IV, p. 283.

L'empereur

Alexis

Comnène

vient

à son secours.

Pierre l'Ermite devant l'empereur de Constantinople.

tssue

malheureuse

de

cette première

expédition.

avait donné l'exemple d'un grand élan de foi ; mais le défaut de discipline la perdit. La plupart de ces premiers croisés périrent, dans la suite, sous les coups de» Turc«, ou moururent de faim et de soif *.

I,a croisade des barons.

Les quatre

armées régulières.

Départ

de la première

armée,

conduite

par Godefroy

de Bouillon

(iJaoùtiOf)G].

L'armée régulière annoncée par Pierre l'Ermite se composait, en réalité, de quatre armées distinctes et indépendantes. Des Lorrains, des Français du nord et des Allemands marchaient sous la conduite de Godefroy de Bouillon et de Baudouin, son frère. Des bandes de Normands et de Français s'avançaient sous les ordres des comtes de Blois et de Yermandois. Les Français du midi avaient pour chef le comte Raymond de Toulouse; et les Normands de l'Italie méridionale étaient conduits par Bohémond et Tâncrède, le premier fils aîné et le second neveu de Robert Guiscard.

C'est en termes solennels et sur un ton épique que Guillaume de Tyr commence le récit de l'expédition dirigée par Godefroy de Bouillon, « L'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur 1096, dit-il, et le i5 du mois d'août, le chevalier illustre et magnifique Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine, ayant réuni tous ses guerriers et terminé tous ses préparatifs, se mit en marche pour Jérusalem. Voici les noms, dignes d'une éternelle mémoire, des principaux seigneurs réunis sous ses drapeaux : Baudouin de Boulogne, son frère utérin ; Baudouin de Mons, comte de Hainaut ; Hugues, comte de Saint- Paul, etc. ^ » En parlant ainsi, l'historien des croisades donne, dès le début, à la personne de Godefroy de Bouillon, une importance qui ne devait lui appartenir que plus tard. Le duc de Basse-Lorraine, que tant de chansons de gestes devaient célébrer comme le grand héros des croisades, y joua d'abord un rôle assez effacé. La troupe qu'il leva ne se distingua pas, au début, des troupes levées par tant

1. Allert d'A-ix op cit., 1. I, ch. xviii-xx, Hist, des crois. ^ t. IV, p. 286-388. 11 serait injuste de faire retomber sur Pierre l'Ermite l'insuccès de cette première expédition. Son rôle fut de maintenir à une grand© hauteur morale l'idéal de sa troupe, prise dans son ensemble, et d'empêcher, par l'ascendant de son autorité personnelle, bien des désordres qui se seraient produits sans lui. S'il ne s'était pas mis à la tête de ce mouvement populaire, un autre s'y serait placé, car on ne pouvait songer à retenir les masses qui se précipitaient vers l'Orient. Pierre accepta une œuvre pleine de périls, et l'issue malheureuse de cette œuvre ne peut lui enlever le mérite de son initiative.

2. GtiLL.iuuE DE TïR, op. Cit., 1. II, ch. I, Hlst. dcs ci'ois.^ t. I, p. 71.

l'affranchissement de l'église

Notice sur Godefroj de Bouillon.

d'autres barons, sinon peut-être par son nombre, car, suivant la princesse Anne Gomnène, elle aurait compté dix mille chevaliers et soixante-dix mille piétons*. Né dans le Brabant français, d'un des plus vaillants capitaines de la Belgique, Eustache II, comte de Boulogne et de Lens, et de la pieuse comtesse Ida, fille de Godefroy le Barbu, duc de Basse-Lorraine et de Bouillon, Godefroy de Bouillon avait hérité de son père le goût des batailles et de sa mère une profonde piété. Les instincts paternels prévalurent d'abord dans sa vie. Attaché au parti d'Henri IV dans la guerre des investitures, il avait pris part à la plupart des combats livrés par les troupes impériales contre le Saint-Siège, et avait été, disait-on, en 1082, le premier chevalier à entrer dans Rome, dont il ouvrit les portes aux assiégeants-. Retiré dans son château après la guerre, il passait son temps à lutter contre ses voisins ^. La publication de la croisade réveilla en lui les sentiments de tendre dévotion que sa mère avait cultivés en son âme. Délivrer le tombeau du Christ, se prosterner sur les traces du Sauveur, fut désormais son unique ambition. La guérison subite d'une fièvre lente, qu'il obtint aussitôt après avoir fait le vœu de se croiser, redoubla sa ferveur. Avant de se mettre en marche, il fit la paix avec ses adversaires, engagea son château de Bouillon à l'évêque de Liège, et vendit tous ses biens patrimoniaux *. Les contemporains Son portrait, nous dépeignent Godefroy de Bouillon comme un robuste chevalier, à la large poitrine et à l'attitude mâle, mais dont la bonté transparaissait dans la douceur de ses yeux bleus, dans les traits fins de sa figure blonde, dans l'harmonie gracieuse de sa voix. Son frère Baudouin, avec sa barbe noire, son teint brun, son nez busqué, quelque chose d'âpre et de rude dans sa physionomie, formait avec lui le plus vivant contraste. D'un caractère moins souple et moins délié que Godefroy, il ne manquait pourtant ni d'élévation, ni de générosité, ni de savoir-faire.

L'armée qu'ils commandaient l'un et l'autre suivit à peu près le même itinéraire que celle de Pierre l'Ermite, par l'Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie. Elle y rencontra des difficultés semblables, mais elle en triompha plus facilement, grâce à la stricte discipline que Godefroy s'appliqua à y maintenir. Le 28 décembre 1096, elle

Son frère Baudouin

Itinéraire

de la première

armée.

I. Anne Gomnènk, VAlexiade, édit. Reiffersgheid, un vol, in-80, Leipzig, X,Q, a. Hist. littér. delà France, t. VIII, p. 6o3.

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