‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 172 sur 336 · Mansi, XXI · texte numérisé non relu

Mansi, XXI

a. Ci^LixTE II, Bullaire, t. II, p. 6.

L AFFRANCHISSEMEîîT DE L EGLISE

par la crosse et l'anneau, et promit de laisser l'Eglise choisir librement ses évêques et abbés ; mais le pape lui reconnut le droit de présider à ces élections et de donner ensuite à l'élu une investiture par le sceptre ^.

Ainsi se termina, par une paix loyale, et sur une formule très nette, la guerre commencée cinquante ans auparavant. Gn a dit que le concordat de Worms fut une transaction. C'est inexact. Ce fut le triomphe de la vraie doctrine catholique, et, au fond, des idées de Grégoire VII. On établissait une distinction entre l'évêque pasteur des âmes par son ordination, et l'évêque vassal de l'Empire par son fief. Au premier point de vue, il était investi par l'Eglise, au moyen de la crosse et de l'anneau, symboles de l'autorité spirituelle ; au second point de vue, il était investi par l'empereur, au moyen du sceptre, symbole de l'autorité temporelle. Le devoir du pontife entant que pontife était ainsi, aux yeux de tous, soustrait à la juridiction d'une autorité humaine. On donnait à Dieu ce qui appartient à Dieu, sans rien enlever à César de ce qui revient à César. L'Eglise ne pouvait vouloir autre chose.

Bienfaisant pour l'Eglise, le Concordat de Worms ne l'était pas moins pour l'Empire lui-même, au simple point de vue politique et social. Le régime inauguré par ce grand acte assurait l'indépendance des principautés ecclésiastiques, mettait par là même un frein au pouvoir des empereurs, empêchait le Saint-Empire romain de s'édifier, comme il en avait eu plusieurs fois la tendance, sur le modèle de l'empire païen de Rome. En cherchant avant tout le triomphe du royaume de Dieu, l'Eglise avait travaillé, comme toujours, à la prospérité de la cité terrestre.

Le concordai

de Wornos (28 septembre

Vrai sens

du concordai

de AVorms.

Heilreux résultais

de ce

concordat

pour le bien

de l'empire.

En France et en Angleterre, la querelle des investitures aboutit à dos solutions équivalentes.

En France, plusieurs causes rendaient le conflit moins aigu qu'en 'La querelle

. ii Tx' 111» « f T • I ' • ■ !• f desinvcstilure

Allemagne. D abord 1 autorité politique y était moins centraliser, et g^ France. u?i certain nombre de grands seigneurs, tels que les ducs d'Aquitaine et de Normandie, les comtes de Champagne et d'Anjou, s'arrogeant des droits d'investiture en concurrence avec le roi, celui-ci montrait naturellement moins d'âpreté à les défendre. Il n'y avait pas d'ail-

I. Voir les docunnenls dans M. G., Leges, t. XI, p. 75-76. Voir la traduction dans lI)iiELB-LECLERCQ, t, V, p. 619-620.

Caractère

moins aigu

de la querelle

en France.

Origines (iv-- droits de

régale

et des droits

de

patronat.

Modifications

apportées

dans le mode

des élections

éplscopales.

La querelle

des

investitures

en Angleterre.

leurs en France de grandes seigneuries ecclésiastiques comparables aux riches fiefs d'Eglise des pays allemands, dont l'opulence excitait d'ardentes convoitises. Enfin le clair génie des canonistes français de ce temps avait entrevu de bonne heure une issue raisonnable au conflit. Nous avons vu déjà les idées d'Yves de Chartres. Un de ses contemporains, Geofîroy de Vendôme, disait, avec plus de précision encore que lui : « Autre est l'investiture qui fait l'évêque, autre celle qui le nourrit. La première est de droit divin, la seconde de droit humain *. »

La querelle des investitures n'eut donc pas en France les épisodes dramatiques qui la caractérisèrent en Allemagne. On ne peut signaler l'acte public qui la termina, ni même la date où elle prit fin. L'accord se fit dans la pratique, peu à peu, par des modifications successives apportées aux rites, aux formules et à leurs interprétations, îl est difficile de suivre pas à pas cette marche ; en voici du moins les principales étapes.

L'intervention laïque et l'élection canonique se modifièrent parallèlement l'une et l'autre. Les rois et les seigneurs cessèrent d'en donner l'investiture par la crosse et l'anneau. Ils cessèrent même d'employer la formule : « Donner l'évêché, dare episcopatum » ; ils délivrèrent simplement « les droils régaliens attachés à l'évêché, regalia diniitieré. » Enfin le serment de fidélité, prêté par l'évêque à son souverain en qualité de sujet, remplaça l'hommage lige qui l'assimilait à un vassal. Il ne resta plus au roi et aux seigneurs que deux droits, que l'Eglise toléra : le droit d'administrer le temporel de l'évêché et d'en percevoir les revenus durant la vacance du siège, et le droit de présider à l'élection du prélat. C'est ce qu'on appela le droit de régale et le droit de patronat. L'Eglise se borna désormais à maintenir dans de justes limites, ordinairement déterminées par la coutume, ces droits de régale et de patronat. Quant aux formes de l'élection canonique, elles furent aussi modifiées. On cessa d'abord d'y admettre l'intervention des laïques ; puis on en exclut le clergé inférieur. Finalement on la réserva au chapitre de la cathédrale. Le roi se borna à la confirmer après

enquête ^.

Il est plus facile de marquer les phases de la querelle en Angle-

I P L , t. GLVII,col 219-220; Lihelli de lite, t. II, p. 691. 2! Cf. E. Les^e, au mot înveslilures, dans le Dict. apolog. de la foi, t. 11, col. 1097.

L AFFRANCIIISSEMEIST DE L EGLISE

terre. Elle se poursuivit presque tout entière entre le roi Henri l'^'' et saint Anselme.

Henri I", dit Henri Beauclerc, qui succéda à son frère Guillaume le Roux, au mois d'août de l'année 1100, ouvrit son règne par deux mesures, qui semblèrent inaugurer une ère de paix pour son royaume et de liberté pour l'Eglise d'Angleterre. H fit jeter en prison le mauvais conseiller de son prédécesseur, l'odieux Raoul Flambard, et il rappela de l'exil saint Anselme. Mais on s'aperçut bientôt que les instincts despotiques de son père et de son frère revivaient en lui, d'autant plus redoutables qu'ils n'étaient pas tempérés, comme chez Guillaume le Conquérant, par la foi et la grandeur d'âme, ni accompagnés, comme chez Guillaume le Roux, d*une brutale franchise. Un désir effréné du pouvoir absolu, joint à une dissimulation hypocrite : tel fut le fond du caractère du nouveau roi.

A peine arrivé sur le sol de l'Angleterre, l'archevêque de Cantorbéry fut invité par le monarque à prêter le serment ordinaire de vassalité et à recevoir de sa main le bénéfice archiépiscopal. Anselme déclara nettement qu'il ne voulait ni ne pouvait obéir au roi en cela, alléguant que le pape Urbain H avait interdit à tout ecclésiastique de faire hommage à des laïques. « Je ne suis pas rentré en Angleterre, ajouta-t-il, pour voir le roi désobéir au pape. » (.< En entendant ces paroles, dit le chroniqueur Eadmer, le roi fut saisi d'un grand trouble. Perdre l'hommage des prélats de son royaume, lui paraissait une grosse affaire ; mais laisser Anselme sortir du royaume avant qu'il ne s'y fût lui-même solidement établi, lui semblait aussi redoutable. L'archevêque de Gantorbéry ne serait-il pas capable daller en Normandie trouver son frère Robert et l'aider à se faire proclamer roi d'Angleterre ?» * Il ne montra donc aucune irritation envers le prélat- Mais Anselme devina ce que ce calme apparent cachait de rancune.

Le prélat eut bientôt l'occasion de montrer au roi son loyalisme. L'année suivante, Robert, duc de Normandie et frère aîné du roi, ayant envahi l'Angleterre, Anselme, au milieu de la défection d* plusieurs seigneurs, resta inébranlablement fidèle au roi Henri. Il approuva aussi et favorisa le mariage du roi avec la princesse écos saise Mathilde, malgré l'avis de certains prélats, qui voyaient des empêchements canoniques à cette union *. Seulement il refusa de

Le roi

Henri 1er (i ioo-ii33;

Saint Anselme lui refuse le

serment d'hommage.

Loyalitme

politique de

saint AnseloM

(iioi).

I. EvDMER. Hisl nov., 1. III, p. L., t. GLIX, col. 426. a. Raget, Hisl. de saint Anselme, t. II, p. 372 et s.

Page 1