Ordbric ViTix, XII, i5, P. L., t. CLXXXVIII, p
4. Quelque temps après^ Honorius, <r par respect pour l'illustre monastère », fil transporter la dépouille mortelle de Pons dans l'abbaye de Gluny (Hosorius II, Episl., 48, P. L.. t. CLXVI. col. 1266 et s.).
Tactique prudente du réformateur.
Nouvelles difficultés.
La réforme s'achève.
Le calme renaît à Cluny ; mais une pareille crise n'a pu se produire sans réveiller dans la communauté certaines dissensions intestines, que le zèle de Pierre avait momentanément apaisées. Il faut se remettre à lutter contre les vieux abus, qu'une efferveseence de plusieurs mois a fait revivre. Pierre le Vénérable voit en songe saint Benoît se plaignant de l'oubli de sa règle. « Hélas ! s'écrie-t-il, quand le saint patriarche a écrit ses constitutions, il vivait dans un âge robuste ; le monde a vieilli depuis lors ; évitons les brusques secousses, qui feraient périr les institutions ; elles chancellent sur leurs bases ; donnons-leur des bâtons pour les soutenir *. >; Il recourt à la prudence. De peur de se tromper, il regarde autour de lui. Cîteaux, « qui a sous sa dépendance soixante-cinq abbayes, dont les religieux n'ont pas de riches habits, observent strictement la clôture et jeûnent tous les jours, excepté le dimanche, depuis les Ides de septembre jusqu'à Pâques* », lui paraît un modèle à suivre. Mais une vague jalousie anime les deux puissants ordres. On reproche à Tabbé de Cluny d'aller emprunter aux cisterciens le principe d'une réforme qui ne doit s'inspirer que des traditions propres de l'ordre fondé par saint Odon. Un bref d'Innocent II, daté de irSy, mettra fin à ces difficultés, en donnant à Pierre le Vénérable la faculté de modifier les statuts de son ordre, de décréter tout ce qu'il jugera utile, sans que personne ait le droit de réclamer ni de faire appel ^. Le vénérable réformateur pourra alors librement s'inspirer des exemples de Cîteaux.
Détresse L'ordre illustre fondé par Robert de Molesmes, avait eu, lui aussi,
de Cîteaux ^^^^ ^^^ origines, son heure de détresse".
Dans leur désir d'assurer dans leurs cloîtres une parfaite austérité,
les supérieurs de Cîteaux avaient-ils dépassé les justes bornes ? Ce
mouvement vers la sainte observance avait-il été trop dépourvu de
celte onction pieuse qui en eût fait accepter les sacrifices avec joie ?
Dépeuplement On ne sait. Le fait est que de jour en jour le monastère se dépeu-
e lOr le. ^j^^ ^g^ vieux moincs qui tombaient n'étaient point remplacés par
I. Piefre le VésÉRABLE, Epist., I. 3i, P. L., t. GLXXXIX, col. i68.
a. OnoÉRiG Vital, VIll, 25. P. L.. t. CLXXXVlll. col. 6/ii.
3. Demimuid, Pier'e le Vénérable, un vol. in-8'», Paris, 1876, p. loa.
l'affranchissement de l'église 3i3
de jeunes recrues. L'épreuve, pour être différente de celle qui affligeait Gluny, n'en était pas moins sérieuse. Elle pouvait se changer en désastre. Le vénérable abbé qui dirigeait Cîteaux depuis 1109, Etienne Harding, en était tristement préoccupé. Découragé, se reprochant peut-être d'avoir contribué pour sa part à la crise douloureuse par l'inflexibilité de son gouvernement, il en vint à douter de sa mission. Mais on raconte qu'ayant fait part de ses anxiétés à un de ses religieux prêt à paraître devant Dieu, il en reçut, peu de jours après, cette réponse prophétique : « Console-toi, Dieu ne tardera pas à l'envoyer de nombreux disciples, parmi lesquels se trouveront des hommes nobles et grands ; et ils rempliront à tel point ta maison, qu'elle devra, comme une ruche trop pleine, envoyer ses essaims en diverses parties du monde ^ » Vers la fête de Pâques de l'an IH2 2, l'arrivée à Cîteaux de trente gentilshommes, ayant à leur tête un jeune' seigneur bourjfuignon, Bernard de Fontaines, parut un gage de l'accomplissement de la prophétie céleste.
Devant Bernard de Fontaines, qui sera bientôt Bernard de Clair- Saint Bernard vaux, l'histoire doit s'arrêter, comme devant un des génies les plus complets, une des âmes les plus vibrantes et les plus sympathiques dont elle ait à faire le portrait. Orateur, polémiste, diplomate, poète mystique, réformateur, le dernier des Pères de l'Eglise dans l'ordre chronologique, sera aussi grand que les plus grands d'entre eux ^. Sa doctrine, suivant les propres expressions du pape Alexandre III, illuminera l'Eglise universelle ^ ; la chrétienté tout entière s'ébranlera à sa voix ; des princes et des rois le choisiront pour arbitre de leurs différends ; quatre siècles après sa mort, Luther et Calvin chercheront à s'abriter sous son grand nom 5, et ses écrits garderont un parfum de piété si tendre et si pur, qu'il n'est pas de prières et de proses liturgiques que le peuple chrétien répète encore aujourd hui avec plus de dévotion que telle prière et telle prose sortie de son cœur de saint 6.
1. Exordium magnum ordinis eisterciensit. Disl. [, cap. xvi, P. L., t. GLXXW, col. ioi3 ; Acta Sanciorum, aprili<;, t. II, p. '-.r^/).
2. Sur cette date, voir Yacaadard, Vie de 6. Bernard, t. I, p. '6:2, note 2, et p. 34, note 1.
3. Le mot est de Mahillon : Ulîimus inter Patres, sed primis certe non impar (P.L., t. CLXXXII, col. 36).