‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 185 sur 336 · Yagandard, op. cit.f p. a · texte numérisé non relu

Yagandard, op. cit.f p. a

l'affranchissement de l'église

brasser son vénérable père et son dernier frère, Nivard, trop jeune encore pour qu'on ait pu lui proposer d'accompagner ses frères au couvent. « Voici, lui dit Bernard, que désormais tout ce domaine sera pour loi seul. — Eh quoi I répond l'enfant; vous prenez le ciel, et vous me laissez la terre ! » Nivard veut suivre ses frères ; son jeune âge l'en empêche; mais dès qu'il aura atteint sa seizième année, les portes de Cîteaux s'ouvriront aussi pour lui *.

A l'aide des indications fournies çà et là par leç contemporains', il est possible d'esquisser un portrait du jeune Bernard, au moment où il entrait à Cîteaux. D'une taille élégante, un peu au-dessus de la moyenne, la chevelure blonde, la barbe naissante de même couleur, les yeux bleus, le regard clair, il avait en lui, dit un de ses biographes, une grâce « qui venait de l'esprit, non de la chair ^ ». Or c'est à Cîteaux, le couvent dont l'austérité effrayait les hommes les plus rudes, que le jeune fils du seigneur de Fontaines venait demander d'être admis. Tandis qu'ailleurs des tuniques de laine à manches étroites et des chaperons de fourrure protégeaient le religieux contre la rigueur du froid, le moine cistercien se contentait, pour tous vêtements, de la robe étroite en serge, enveloppant le corps jusqu'à mi-jambe, et de la coule en laine, qu'aux heures de travail manuel on remplaçait par le scapulaire, serré à la hauteur des reins par une ceinture de cuir. La nourriture, à Cîteaux, était des plus simples. Les légumes, secs ou verts, l'huile, le sel et l'eau, en faisaient tous les frais. Dans un dortoir commun, éclairé par une pâle chandelle, le moine de Cîteaux prenait son repos sur une simple paillasse, tout habillé et les reins ceints, afin d'être prêt à se lever au premier signal*, au milieu de la nuit, pour chanter l'office nocturne en une froide et obscure chapelle. La prière publique prenait au cistercien environ six heures par jour; le reste du temps était consacré au travail manuel. C'était une maxime scrupuleusement observée à Cîteaux que « le moine doit vivre du travail de ses mains ^ ». Mais tout le temps laissé libre par l'office les dimanches et les jours de fête, celui qui s'écoulait de la fin de Sexte au premier repas ou prandiurrit c'est-à-

Son portrait.

Son entrée à Cîteaux.

L« vie

du moioe ciste rciâa.

I. Geofprot (Gaufridus), Fra^m,, p. L., t. CLXXXV, col. 5a5. a. Guillaume de Saint-Thierry, Vita Bernardi, I. I, cap. ni, n. 6 : 1. III. cap. i: P. L., t. CLXXXV, col. 23o-3o3.

3. Apparebat in came ejus gratia quaedam, spiritnalis tamen potiui quam carnalU, [Jbid., col. 3o3.)

4. Voir plus de détails dans Vacandard, Vie de S. Bernard, t. I, p. /ic>-44.

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