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Hist. lUtér. de la France, t. IX, p

2. Les expressions de nominalisme et de réalisme n'étaient pas «ncore en usage du temps de Roscelin, mais elles furent très usitées vers la fin du xiie siècle. Voir Godfroid, cité par Lebbuf, Diss. sur Vhist. de Paris, t. II, p. 255. Roscelin a-t-il créé le nominalisme ? Ne l'a-t-il pas emprunté à un précurseur, Jean le Sourd ? Voir DE WuLP, op. cit., p. 177.

3. Voir surtout Rousselot, Etudes sur la philosophie dans le Moyen Age, Paris, i84o, t. I, p. 209. Voir, dans le même sens, Ha.uréau, De la philosophie scolaslique, Paris, i85o, t. I, p. 188.

4. Telle est, dans ses grandes lignes, la théorie de Guillaume de Ghampeaux. Ne l'a-t-il pas modifiée au cours de son enseignement, de telle sorte qu'elle a été plus radicale au début et plus atténuée à la fin ? C'est possible. Gomme les renseignements que nous possédons sur ce point nous viennent d'Abailard, son élève, et que celui-ci se glorifie d'avoir provoqué ces modifications successives, nous devons nous méfier de son témoignage. Cf. deWulf, op.ci(.,p. igi-igS ; Ubaghs, Du problème ontologique des univcrsaux, Liège, i845, p. 8-1 3.

5. A. Clerval, les Ecoles de Chartres au Moyen Age, un vol. in-8<', Parts, 1895, p. 19a. Cette étymologie nous semble justifier l'orthographe Abailard, que nous adoptons, de préférence à Abélard.

L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE

études, pour chanter avec grâce des vers en langue vulgaire qu'il avait composés lai-même, ou pour rompre des lances dans les tournois. Il était un de ceux que les théories de Roscelin avaient séduits. Au pied de la chaire de Guillaume de Ghampeaux, il rêva de jouter contre celui qu'on appelait u le premier dialecticien du monde ^ ». Les premières objections qu'il souleva contre l'enseignement du maître, révélèrent son esprit téméraire et présomptueux. Un parti d'étudiants se groupa autour de lui. En 1102, il se crut assez fort pour fonder à Melun, résidence royale, une école indépendante, qu'il transféra bientôt à Gorbeil. Les succès bruyants qu'y obtint son éloquence de tribun, la témérité même de son attitude, ne firent qu'exalter son orgueil. On vit ce jeune professeur de vingt-quatre ans aller harceler de ses disputes, dans sa solitude de Saint-Victor, son ancien maître, puis se rendre à Laon pour y établir une école rivale de celle d'Anselme ^. Un triomphe plus grand l'attendait. En 11 13, le successeur de Guillaume de Ghampeaux dans la grande école de Notre-Dame de Paris, céda à Abailard la chaire de son maître. Ge fut, pour l'écolâtre de trente-trois ans, le début d'une période de gloire, dont l'éclat, attesté par tous les contemporains, paraît fabuleux ^. Des milliers d'auditeurs se pressent autour de sa chaire. Ges succès inouïs achèvent de l'enivrer. On connaît la passion coupable, cruellement expiée, qui le conduit à embrasser la vie monastique. Mais' l'orgueil de son esprit ne fléchit pas. Il critique à la fois le nominalismede Roscelin, qu'il trouve hésitant et timide, et le réalisme de Guillaume de Ghampeaux, qu'il essaye de ridiculiser en l'exagérant. La doctrine qu'il leur oppose, et qu'on baptisera plus tard du nom de conceptualisme, dénote, il est vrai, une réelle pénétration d'esprit. Abailard tient que l'universel existe dans l'individuel, mais il ne signale pas assez clairement le procédé abstractif de l'esprit qui l'en dégage ; et, par suite, on a pu dire que, si sa théorie est « une étape définitive vers le thomisme », elle reste « incomplète » *.

Mais c'est surtout dans le domaine de la théologie qu'Abailard s'égare. Sous prétexte de réfuter le trithéisme de Roscelin, il enseigne le sabellianisme ; pour réfuter la théorie qui voit dans la Trinité

Ses succès.

Sa doctrine pbilosopLique.

Ses erreurs théologiqucs.

1. Abailard, Ilistoria ealamitatiim, cap. 11, P. L., t. CLXXVHI, col. ii5 et s.

2. Il s'agit d'Anselme de Laon, mort en 11 17, désigné par le pape Eugèue Tll comme le restaurateur des éludes théologiques en France.

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