I. P. L.,t. GLXXXIX,col
2 Mabillon a établi que saint Bernard lui-ménne a parlé aux nooines en latiti, ta peuple en roman (S Dernnrdi opéra, praef, , S VIII-XV).
3 L. BoLRGA.li, la Chaire française au Xlh siècle, un vol. in-8°, Paris, 1879.
Le
mouvement communal au
début du me siècle.
Origines
de ce
mouvement.
Part prise par l'Eglise
dans ce mouvement.
Les confréri
os.
manifestait par Taclion prépondérante qu'elle exerçait sur la société civile. Tandis, en effet, que la papauté faisait preuve de son ascendant sur les seigneurs et sur les rois, en organisant les croisades, le clergé inférieur manifestait son influence sur le peuple, par la part qu'il prenait au mouvement communal.
Sans doute, le clergé des campagnes n*a pas créé le mouvement communal. Son origine remonte à des causes politiques et économiques historiquement assignables. On a pu reconnaître, dans les franchises communales de telle région de l'Italie ou du Midi de la France, la survivance des institutions communales romaines ^ ; et la prospérité commerciale de certains groupes régionaux à la suite des croisades, a été manifestement un des principaux stimulants qui les ont portés à s'organiser d'une manière autonome. La marche de l'émancipation communale a son point de départ dans les régions qui ont le plus subi l'influence romaine, et suit la direction des grands courants commerciaux. Il est juste aussi de remarquer que le haut clergé n'a pas toujours compris ni favorisé ce mouvement d'affranchissement. On a souvent cité le mot de l'abbé Fulbert de Nogent : a Commune ! nom nouveau, nom détestable ! », et celui de l'évêque Yves de Chartres : « Un pacte communal ne saurait obliger, parce qu'il est contraire au droit canonique-. » Les excès commis par certains soulèvements populaires ont nui au mouvement, jusqu'à faire porter la réprobation due a ces excès sur l'institution elle-même; et tel seigneur ecclésiastique a pu voir surtout dans cette émancipation la suppression des droits féodaux qui lui revenaient. Mais tel ne pouvait être le point de vue du clergé rural, qui, vivantde la vie du peuple, confident journalier de ses souffrances, comprit sans jjeinequele moment était venu, pour telle ou telle agglomération, de s'organiser pour la défense de ses droits.
Deux laits paraissent avoir exercé une action importante sur le mouvement communal : la multiplication des confréries religieuses et les associations formées pour la Trêve de Dieu. Associé avec ses pairs pour bénéficier d'une entr'aide spirituelle, le commerçant, l'artisan, l'ouvrier, prend l'habitude d'une action commune, d'une solidarité professionnelle ou locale. C'est une confrérie de Sain t-Eloi qui organisa la commune de Ghâteauneuf, près de Tours ; c'est
I. Gantu, Hist. univ., trad. Anoux, 3e édition, Paris, 1862, t. X, p. 3i4 et s. ; A. GiRY et A. llÉviLLE, dans l'i/tsf gén. de Lavisse et Rambaud, t. II, p. 4ii-4i3, a. Hist. gén. de Lavisse et Rambaud, t. II, p. 427-428.
L A.FFRA.\CHISSEMENT DE L EGLISE
dans une confrérie de Saint-Hilaire que se recruta, à Poitiers, le corps de ville ; et c'est une confrérie de l'Assomption qui suscita, dit-on, la commune de Mantes ^ Quant à la formule du serment prêté pour le maintien de la Trêve de Dieu, elle créait entre les associés des engagements plus directement afférents à la défense mutuelle de leurs droits civils : « En faveur de tout associé qui m'appellera à son aide, et contre tous ceux qui refuseront de garder la Trêve, je prendrai les armes; je porterai secours à tous ceux que je pourrai aider. » Au concile romain de 1102, il est décidé que « le peuple, en présence des clercs, prêtera serment de poursuivre les violateurs de la paix ». Le concile de Clermont, dans son IX® canon, porte une décision semblable. Guillaume, légat du pape et archevêque d'Auch, écrit en 1102 : c( Si quelqu'un tente de violer la paix, que son prince et son évêque, avec le clergé et le peuple, le forcent à réparer le dommage causé. »
u Souvent, dit M. Sémichon, en passant au pied des vieux donjons, dont les restes nous étonnent encore, et en jetant les yeux, du haut des murailles démantelées, sur les humbles chaumières que l'œil découvre à peine, cachées dans les buissons au pied des tours, nous nous étions demandé : « Comment l'habitant de l'humble chaumière a-t-il pu conquérir l'égalité des droits avec le fier seigneur du donjon ? » La réponse est dans notre histoire : l'Eglise et les associations. Désormais les bourgeois et les vilains sont forts : ils ont le droit, l'Eglise le leur a dit; ils ont la force par l'association *. )
« Un chroniqueur du xi® siècle, André, moine de Saint-Benoît, nous montre comment la Trêve de Dieu, dont l'initiative avait été prise par les évêques et les abbés d'Aquitaine, s'établit à Bourges.
(( L'archevêque de cette grande cité réunit les pauvres et les clercs, tous les faibles et les opprimés de son diocèse; il les lie contre les oppresseurs par un serment dont il est le premier à prononcer la formule, et les exhorte à ïocmev une commune, ut commune faciant, c'est-à-dire une ligue, une communauté guerrière et armée dans un but d'agression et de défense. La ligue se forme, en effet, par les soins de l'archevêque Aimoin et de ses suffragants^. Dès lors, le»
Les associations
formées
pour la Trêve
de Dieu.
Relations
de ces
associations
avec
le mouvement
communal.