Ordéric Vita.l, 1. IX
l'affra>xiiissement de l'église
les actes publics ; mais le mol de « paix 0 persiste encore pendant longtemps, el nous le rencontrerons dans plusieurs villes Ce fait est 1res remarquable, car les premières communes se nomment indifféremment « communes » ou 0 paix » ; les jurés, paciarii, « paiseurs », « hommes de la paix » ; le serment communal s'appelle « le serment de paix ». Enfin, pour rendre l'assimilation plus complète, l'apparition des premières communes coïncide exactement a\ec la généralisation, la consécration solennelle, par l'Eglise entière des associations de la paix *. »
XIÏI
La [Taix : telle est bien l'inspiration qui semble dominer les La vie préoccupations de l'Eglise, dans les tendances de la piété des fidèles ^^ début comme dans la législation canonique des papes, tandis que l'Eucha- du xnegiècl». ristie est de plus en plus en honneur, que Pascal II adoucit la pénitence et blâme la violence des mœurs, que les droits et les devoirs des clercs se précisent, et que Galixte II couronne cette œuvre de pacification générale par la réunion du concile œcuménique de Latran.
II n'est pas exact de dire que l'élévation de l'hostie à la messe a La dévotion été instituée, comrre on le répète souvent, aussitôt après la condam- i^Eucharisli« nation de Bérenger de Tours et pour protester contre son hérésie ^ Ce rite ne devait apparaître qu'à la fin du xii* siècle. Mais on peut constater qu'au début du xii*' siècle l'Eucharistie a pris une grande place dans la vie chrétienne. Il est incontestable que l'hérésie de Bérenger a, par réaction, stimulé la foi des fidèles. La communion est mieux comprise. Elle est recommandée avec une chaleur et une délicatesse de sentiment qui annoncent les effusions de piélé d'un saint Bonaventure et d'un saint Thomas d'Aquin envers le Sa-
I. E. Demoli:js, le Mouvement communal et municipal au Moyen Age, un vol. in-ia, l'aris, 187/», p, 45-^9. M. Sémichon, dans son ouvrage la Paix et la Trêve de Dieu, .vuquel plusieurs des faits ci-dessus rapportés ont été empruntés, a établi, contre les hypothèses d'Augustin Thierry, que les communes ont été une transformation des associations pour la Trêve de Dieu plutôt qu'une survivance de la ghilde et du municipe romain. Cf. Luchaire, les Communes françaises sous les Capétiens directs, nouvelle édition par Louis Halphen, un vol. in-8, Paris, 191 1 ; René Bourgeois, /)a mouvement communal en Champagne aux Xll^ et Xllh siècles, un vol. in-8, Pari?,
a. Voir Dict, de théol. de Vacant, t. IV, col. aSaa. Cf. t. II, col. 740.
HISTOIRE GÉNÉRA.LE DE l'ÉGLTSE
Le sacrement
de
pénilence.
La première
indulgence
générale
Condamnation
du
« Jugemennt
de Dieu ».
La discipline ecclésiastique
au début du xiie siècle.
La condition
juridique
de la paroisse
et du curé.
cremeat de l'autel En même temps les rites de la pénitence s'adoucissent. Au lieu de la formule déprécative de l'absolution, qui a généralement prévalu jusqu'à cette époque, la formule indicative se généralise. « Je t'absous », dit le prêtre, et non plus : « Que le Seigneur t'absolve ^ n Les concessions d'indulgences se multiplient. En 1 116, le pape Pascal II accorde la première indulgence générale. Urbain II concède à l'église de Saint-Nicolas d'Angers le privilège à perpétuité d'une indulgence pour tous ceux qui la visiteront ; Calixte II accorde une faveur analogue à l'église de Fontevrault Les institutions de ce genre ne se comptent bientôt plus ^. Pour mettre fin aux querelles privées ou aux procès, un étrange procédé est encore en honneur : c'est le « Jugement de Dieu ». On est censé prouver son innocence ou son bon droit, en s'avançant à travers les flammes, en marchant pieds nus sur du fer rougi au feu, ne se faisant précipiter, les membres liés, dans une cuve d'eau, froide ou bouillante. Pascal II déclare nettement réprouver toutes ces pratiques, empreintes d'une grossière superstition ^.
Dans l'organisation ecclésiastique elle-même, un élément d'ordre et de paixs'est progressivement constitué. Au cours des innombrables conflits qui ont rempli le xi® siècle, les occasions n'ont pas manqué d& régler les droits et les devoirs respectifs des clercs entre eux et par rapport aux laïques. La condition juridique du curé, du chanoine, de l'évêque, est mieux déterminée, ainsi que l'autorité suprême du souverain pontife.
Les liens de vassalité qui existaient entre les chefs des paroisses et les seigneurs ont à peu près disparu. A la suzeraineté féodale a succédé le patronat, régime plus doux, qui confère seulement aux seigneurs le droit de présentation et parfois l'hommage *. La paroisse est gouvernée parfois par un chapelain, plus souvent par un curé, par un chapitre ou par un monastère. Depuis qu'on a brisé ses liens étroits de dépendance à l'égard des seigneures laïques, le clergé paroissial a gagné en moralité et en considération. On requiert maintenant du curé certaines qualités morales et physiques, l'âge canonique,
I E Vacandard, dans le Dict. de ihéol. de Vacawt, t. I, col, 167-168. a. P. Îaltier, au mot Indulgences, dans ieDict. apol. de la foi cath.. t. II, col. 733-
3 Hefele-Leclekcq, t V, p. 48o-48i.
4 A.. LucHAiRE, Manuel des instiluLions françaises. Période des Capétiens directs, Paris, 1892, p. 7.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
un degré suffisant d'instruction *. En même temps, les biens-fonds des paroisses se sont accrus. Il y a eu restitution graduelle des biens usurpés par les seigneurs, et bien des donations pieuses sont venues augmenter le patrimoine paroissial. On voit moins de curés, pressés par l'exiguïté de leurs ressources, s'adonner au droit et à la médecine. Les communautés de clercs qui desservent les églises s'appellent chapitres ; leurs membres, chanoines. Les chapitres cathédraux desservent l'église cathédrale de la cité épiscopale ; les chapitres collégiaux sont chargés du culte et de la prière publique dans les autres églises de la cité et dans celles des villes et bourgs que ne dessert pas un curé 2. En général, le chapitre a à sa tête un doyen ou prévôt, élu par lui, puis un chantre, un écolâtre, un chancelier, etc. Il est seigneur des terres qui constituent la mense capitulaire el qu'administre le prévôt. Un grand nombre de chapitres ont embrassé la règle de Saint-\ictor ou de Prémontré ; mais d'autres résistent énergiquement : tel, le chapitre de Paris, soutenu dans la circonstance par Louis le Gfos, et le chapitre de Gompiègne ^.
Les chapitres cathédraux ont désormais une importance considérable. Depuis le milieu du xi* siècle, ils sont maîtres de l'élection épiscopale . Ils se recrutent parfois eux-mêmes, et constituent alors un pouvoir qui peut devenir rival de l'autorité de l'évêque. Mais l'évêque, en plusieurs endroits, a pu se réserver la nomination des chanoines, avec l'agrément du chapitre pour chaque promotion.
Le pouvoir épiscopal, dont les seigneurs et les rois avaient excessivement augmenté les attributions lorsqu'ils cherchaient à faire des évêques leurs hommes-liges, a perdu de son importance au début du XII* siècle. Les chapitres d'une part, le pape de l'autre, ont repris quelques-unes de ses attributions ; mais ses droits essentiels sont fermement maintenus. Lors même que le curé est présenté par le seigneur en vertu d'un droit de patronat, c'est l'évêque qui l'institue, qui reçoit son serment de fidélité et qui le fait installer par le doyeu. Le curé ne peut introduire aucun personnel, même laïque, dans l'administration de son église, ni prélever aucune dîme sans le consenlement de son évêque.
L'autorité des métropolitains subit la même évolution que celle d«s évêques. Les métropolitains s'étaient arrogé le droit d'instituer
Les
communautéa de clercs.
Les chapitres collégiaux.
Les chapitres cathédraux.
Les évêqiMf.
Les métropolitains.
a. A. LucHAiRK, op. cit., p. 6.