‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 205 sur 336 · I. S. Bernard, Epist., XLVI, XLVII · texte numérisé non relu

I. S. Bernard, Epist., XLVI, XLVII

L*0RGAN1SA.T10N DE LA. CHRÉTIENTÉ

pour

l'électioa

de Ron

successeur.

Pendant qu'il travaillait à apaiser ces divers conflits, le pape Ho- ^"p7/,j^[^^ norius n'ignorait pas que ses ennemis en préparaient un plus terrible, des troubles Vaincue à l'élection pontificale de 1 126, la famille des Pierleoni "^ ""^^^"'^ '!*"*• épiait la mort du pontife pour renouveler ses ambitieuses préten- après la mort tions à la tiare. Au commencement de février i i3o, le pape, se sen- ^ i^ononus li, tant grièvement atteint par la maladie, se fit transporter du Latran au monastère de Saint-Grégoire. Son but était de mettre autant que possible l'éleclion future à l'abri des empiétements de la noblesse romaine. Mais celle-ci ne restait pas inactive ; à mesure que la maladie faisait des progrès, une effervescence de plus en plus grande se manifestait dans Rome. Le Sacré Collège se vit dans l'obligation de prendre des mesures exceptionnelles en vue des violentes compétitions qui se préparaient. Une commission de huit cardinaux fut nommée, qui, aussitôt après la mort du pape, se réunirait dans l'église de Saint-Adrien, et là, munie de pleins pouvoirs par les autres membres du Sacré-Collège, procéderait seule à l'élection. Des moyens de défense furent établis autour de cette église. En même temps, on manda le chef du parti des Frangipani et celui du parti de Pierleoni, et on exigea d'eux le serment de reconnaître le pape régulièrement élu. Des rumeurs, des émeutes populaires, excitées par les Pierleoni, et la lutte qu'il fallut soutenir pour prendre possession de l'église de Saint-Adrien, démontrèrent que toutes ces précautions ne suffisaient pas. Les Pierleoni étaient riches ; ils pouvaient aisément, avec leur fortune, payer et organiser toute une armée. Il fallait éviter à tout prix qu'ils ne prissent les devants, et, qu'ayant une fois proclamé leur candidat, ils ne l'imposassent par la force, rendant toute autre élection impossible. Le pape Honorius étant mort dans la nuit du i3 au i4 février, dès l'aube du jour, et avant que le bruit du décès fût divulgué dans la ville, le corps du pape fut déposé à la hâte dans un caveau provisoire, et les cardinaux présents, quatre évêques, cinq prêtres, cinq diacres, en tout quatorze membres du Sacré Collège, procédèrent à l'élection du nouveau pontife. Le cardinal-diacre Grégoire de Saint-Ange fut désigné par l'unanimité des suffrages, et, après un moment d'hési-

Innocent II (i4 février

ii3o-a4

septembre

ii43).

L'antipape AnacletlI.

Innocent lï se réfugie en France.

Il projette d'y

réunir un concile.

tation bien naturelle, accepta le redoutable fardeau *. Il prît le nom d LxiNocENT II. Mais, dans Taprès-midi de la même journée, vingt cardinaux, partisans des Pierleoni, s'assemblèrent, et élurent pour pape, sous le nom d'Anaclet II, le cardinal-prêtre Pierleone. La puissante maison avait déjà gagné le peuple par son or et une grande partie de la noblesse par ses relations. Le jour même de son élection. Innocent II, ne se trouvant pas en sûreté, dut se réfugier dans un monastère. Deux familles romaines seulement lui restaient fidèles: les Frangipani et les Corsi. Au mois de mai, la défection des Frangipani, passés au parti de son adversaire, le força à se retirer dans une forteresse de sa famille, au Transtévère. De nouvelles menaces pour la sécurité de sa personne, la conviction qu'aucune lumière, aucune solution ne pouvait surgir de l'agitation des partis dans Rome et dans l'Italie, le déterminèrent à se réfugier en France, auprès de Louis le Gros. De là, il s'adresserait plus facilement à l'Eglise universelle. Le roi Lotbaire, prévenu, dès le mois de février, delà situation du pape, par un légat, puis par deux lettres, adressées l'une à sa personne, l'autre à ses sujets, n'avait pas répondu. A mesure que l'Allemagne se dérobait à la mission protectrice de l'Eglise qu'elle s'était donnée jadis, la France devenait de plus en plus l'appui providentiel auquel la papauté recourait en temps de crise.

Ce qu'Innocent II allait trouver en France, cen'était pas seulement la nation dévouée par tradition à la défense du Saint-Siège, ce n'était pas seulement un roi puissant, et, malgré certaines faiblesses, sincèrement attaché à la foi, c'était aussi le grand réformateur dont le prestige s'imposait de plus en plus dans la chrétienté tout entière. Aussitôt que le pontife et le roi de France eurent manifesté le désir de convoquer un concile en France, pour trancher la question du pape légitime, tous les regards se tournèrent vers Bernard de Clairvaux. Louis le Gros et plusieurs évêques le prièrent instamment de venir à l'assemblée. Le saint abbé se prépara par la prière et par le jeûne au rôle qui l'attendait. Le concile se réunit à Etampes ^. Une des premières décisions de l'assemblée fut de décider, à l'unanimité, que Bernard serait juge de la grande question.

1. Sur les détails de cette élection, et sur la critique des documents qui nous la racontent, voir Hefelb-Leclergq, V, 676-680, et Va.candard, Vie de S. Bernard^ t, I, p. 280 et s.

2. Sur la date de ce concile, qui eut lieu probablement au printemps de ii3i, voir Vaca-ndard, Saint Bernard et le schisme d^Anaclet II en France^ dans la Rev, des quest. hist., janvier 1888, p. 12. Cf. Hefele-Leclercq, t. V, p. 681, note i.

Jamais, dans le cours des âges, pareille mission n'avait été confiée à un homme. La question était des plus graves et des plus délicates. Au fond, au point de vue de la stricte légalité, ni l'une ni l'autre des élections n'était à l'abri de toute critique. Si le vote des vingt cardinaux qui avaient acclamé Anaclet II avait été tumultueux, on pouvait reprochera celui des quatorzecardinaux qui avaient élu Innocent II d'avoir été subreptice. Mais l'abbé de Clairvaux, en véritable homme de gouvernement, se plaça à un point de vue plus positif. Une enquête sur la régularité canonique des opérations électorales était impraticable. On pouvait cependant comparer entre eux les deux compétiteurs, les deux partis, les deux élections. Lequel des deux compétiteurs offrait dans sa personne le plus de garanties d'intégrité et de dignité ? Lequel représentait la partie la plus saine du corps électoral ? Lequel avait été élu de la façon la plus régulière ^ ? Les trois réponses militaient évidemment en faveur d'Innocent IL Tout, dans la personne d'Anaclet, comme dans celle de ses électeurs et dans le mode de son élection, suggérait les idées d'indignité, de simonie et de désordre. Bernard se prononça pour Innocent. Si quelque chose manquait à la légitimité de son élection, c'était à l'Eglise universelle d'y suppléer en ratifiant le vote de ses électeurs. Ce supplément de garantie, si tant est qu'il fût nécessaire, ne tarda pas à être donné. La décision de saint Bernard et du concile d'Etampes fut comme un trait de lumière, qui détourna aussitôt de l'antipape Anaclet d'abord l'Eglise de France, puis, à sa suite, les Eglises d'Allemagne, d'Angleterre, de Gastille et d'Aragon. Anaclet n'eut bientôt, pour soutenir sa cause, que le duc d'Aquitaine et le comte de Sicile. Le premier était poussé par Gérard, évêque d'Angoulême, qu'Innocent II n'avait pas voulu confirmer dans sa dignité de légat ; l'antipape avait gagné le second, en lui conférant la dignité royale et en lui donnant la main de sa sœur.

Le concile

d'Etampes

charge

saint BtTiiarcI

de se

prononcer sur

la légitimité

de l'électioa

d'Innocent II

(ii3i?)

Saint Bernard se prononce

pour

la légitimité

de l'élection

d'Innocent II.

Sans doute le duché d'Aquitaine et le comté de Sicile ne constituaient qu'une minime partie de la chrétienté. Mais le prestige

I. Qais dignior ? Qux electio sanior * Qux actio ordinabilior? S. Bernard, dans une de ses lettres {Episl.^ CXXIV), expose les motifs qui l'ont décidé à se prononcer en faveur d'Innocent 11.

Anaclet

est soutenu

par le duc

d'Aquitaine

et le comte de

Sicile.

Le roi

de Germanie, Lolbaire, soutient la

cause d'Innocent.

Saint Bernard

déjoue un piège tendu

à Lothaire par Anaciet.

Les troupes impériales ramènent à

Rome

innocent H

(ler mai

ii33).

(loDt jouissait Gérard d'Aûgoulême, l'âme du schisme dans Je sudouest de Ja France, était immense, et les Normands de Sicile représentaient une puissance militaire avec laquelle il fallait compter. Innocent II, ou plutôt son conseiller désormais le plus écouté, Bernard de Clairvaux, pensa qu'il importait avant tout de s'assurer du concours du roi Lothaire. L'entente était facile. Le chef de l'Eglise avait besoin de l'appui armé du monarque ; celui-ci désirait recevoir, comme ses prédécesseurs, la couronne impériale des mains du pontife romain. En novembre ii32, le pape et le roi de Germanie eurent, près de Plaisance, dans les plaines de Roncaglia, une entrevue dont nous ne connaissons pas les détails, mais dans laquelle nous savons au moins qu'ils fixèrent au printemps suivant leur marche commune vers Rome.

L'antipape Anaciet trembla pour sa cause, d'autant plus que son autorité déclinait à Rome, et qu'en Italie son principal soutien, Roger de Sicile, venait d'être vaincu par une insurrection des seigneurs d'Apulie. 11 s'empressa de négocier avec Lothaire. Ses propositions étaient flatteuses pour l'ambition du monarque: les deux compétiteurs se retireraient de la lutte, et le roi de Germanie présiderait à une nouvelle élection pontificale. Lothaire et sa cour étaient sur le point de se laisser prendre au piège ; mais l'abbé de Clairvaux, qui avait accompagné le pape dans son voyage, démasqua la ruse. Il fit voir que le projet de l'antipape était contraire aux canons. « L'Eglise universelle a parlé, dit-il ; elle s'est prononcée contre Anaciet et ses complices ; la cause est jugée ; il n'est pas permis de déférer à un tribunal particulier une sentence portée par toute la chrétienté *. » Le roi se rendit à cet argument. L'entrée dans Rome, à la tête d'une puissante armée, était, il le comprit, le seul moyen d'éteindre le schisme.

L'expédition se fit sans rencontrer de résistance. Le 3o avril ii33, les troupes impériales firent leur entrée dans la Ville éternelle. Le lendemain, Innocent II occupa le palais du Latran. Les derniers partisans d'Anaclet s'étaient réfugiés dans les forteresses des Pierleoni, et tenaient encore la basilique de Saint-Pierre. Lothaire négligea de les chasser de ces derniers restranchements par un siège en règle, qui eût demandé trop de temps. Le séjour de Rome était devenu dangereux pour l'armée allemande à cause des fièvres. A défaut ds

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