I. S. Bernard, Epist.yCWW, n. ii
Sainl-Pierre, Lothaire demanda à recevoir la couronne impériale dans l'église du Latran. Le 4 juin ii33, enlre les mains d'Inno- Lothaire cent II, il jura « de proléger la djgnilé papale et de défendre les fiels empereur du Saint Siège » ; puis le pontile le couronna empereur ^ (4 j«in ii33)
Bien qu'affaibli, le schisme persistait à Rome 11 était surtout \ivace en Aquitaine et en Sicile. C'est là que Bernard de Glairvaux entreprit la tâche de le poursuivre.
C'est une bien significative figure que celle de Gtrard d'Angoulême. Ancien légat des papes Pascal 11 Gélase II, Calixlell et Honorius II, il avait conduit avec un merveilleux talent de diplomate les affaires L'évêqxit les plus délicates. Ancien professeur dans les écoles de Poitiers, il j,. ®"p s'y était acquis la renommée d'un théologien perspicace, d'un cauoniste informé, d'un moraliste prudent et sûr. Ses avis avaient fait autorité dans les conciles ^. Le charme de son commerce et la noblesse de son éloquence, non moins que la dextérité qu'il savait employer dans les grandes affaires, lui avaient fait, dans les nombreux pays qu'il avait parcourus, des admirateurs et des amis enthousiastes.
1. A cette occasion, le pape et l'empereur renouvelèrent la promesse d'observer religieusement les engagements réciproques pris à Worms. Us conclurent, de plus, un accord au sujet des biens laissés par la comtesse Malhilde au Saint-Siège et sur lesquels les empereurs allemands prétendaient avoir des droits de suzeraineté et même de propriété. Il fut décidé que, moyennant le payement annuel de cent livres d'argent, l'empereur et son gendre Henri de Bavière recevraient en fiefs les alleux queMatbilde avait donnés à l'Ëglise romaine. Le duc Henri de Bavière prêterait au pape le serment de vassalité et de fidélité, et, après la mort du duc et de sa femme Gerlrude, les biens de Mathilde feraient retour intégralement à l'Eglise romaine (Jaffé, n. 7633). Cf. TuEiNER, Cod. diplom. dom. iemp.^ t. I, p. 12. « Quelle fut l'étendue de la donation de la comtesse Malhilde ? On a beaucoup disserté sur ce point. Les avis se trouvent bien partagés. Sans entrer dans cette discussion, nous allons autant que possible en préciser les résultats. Dans l'acte de donation, Mathilde dit seulement : Dedi omnia bona mea jure proprietario. « Je donne tous mes biens possédés en vertu d'un droit de propriété. » c'est-à-dire ses alleux, ses terres franches de sujétion, ne relevant d'aucun seigneur. Quels étaient donc ces alleux i' Ce n'était point, comme on l'a dit, la Marche toscane, donnée en fief par l'empereur au père, et auparavant au grand-père de la comtesse. Ce n'était point non plus le comté de Ferrare, concédé par le pape, possession qui, après la mort de la vassale, devait revenir au suzerain. Rien n'est plus bizarre et plus difficile à expliquer que la répartition des alleux au milieu des fiefs. Us sont oïsséminés sur 1 étendue du territoire. En réunissant les textes ayant rapport à la donation de la comtesse Mathilde, on voit que cette donation porte sur des terres distantes, le plus souvent, les unes des autres, et ne formant une certaine étendue que dans l'extrémité de la Romagne. proche des frontières du pays qui devint le duché de Modène. Ainsi Gavagnana, Carpi, Monte-Baranone, Garpenetto, Argellata, Bibianello, Medicina, Bondeno, Prignano, comté d'imola, etc. » (Henri de l'Epihois, le Gouvernement des papes, un vol. in-12, Paris, 3e édition, 1867, p. 43-44.)
a. Notamment au concile de Latran de ma, où il avait trouvé moyen de délier Pascal II de ses funestes engagements contractés envers Henri V (^tlisl. des Gaules, t. XH, p. 394).
Comment
il est amené
à soutenir*
la cause de Tantipape
Anaciet.
Il gagne le
comte Guillaume de Poitiers,
Saint Bernard
propose
aux deux
défenseurs
de l'antipape
un débat
public.
Beaucoup de ceux-ci, même après ses pires défections, lui resteront fidèles, pallieront ses fautes, le couvriront de tant d'éloges, adressés à sa science et à son caractère, qu'ils déconcerteront le jugement de plusieurs historiens *. L'écueil de Gérard fut précisément dans cet immense succès. Il ne paraît pas que Tévêque d'Angpulême ait jamais manqué de dignité dans sa conduite morale, et il est avéré qu'il se montra charitable envers les pauvres jusqu'à sa mort. Mais il ne sut pas résister à l'enivrement du pouvoir. Il avait eu en main, sous quatre pontificats successifs, la conduite des plus graves affaires de l'Eglise. Quandil vit, en ii25, deux candidats se disputer la tiare, il craignit de voir sa haute situation lui échapper. On le vit solliciter de chacun des deux compétiteurs le maintien de sa dignité. Ce fut sa première faiblesse. Anaciet s'empressa d'accéder à sa demande Mais ce fut le grand honneur d'Innocent II, conseillé sans doute en cette circonstance par l'abbé de Glairvaux, de percer à jour l'orgueil de cet homme, de refuser des services suspects d'être inspirés par une vulgaire ambition. Déchu de ses fonctions de légat pontifical, Gérard, qui n'avait vu au-dessus de lui que l'autorité du pape, et qui, ne pouvant y aspirer, ne voulait pas se résoudre à descendre plus bas, se donna la mission de faire un pape. Pour pousser Anaciet au pouvoir, en en chassant Innocent II, il remua les diocèses d'Angoulême, de Limoges, de Poitiers, de Bordeaux ; il rédigea en faveur de l'antipape des mémoires pleins de science juridique et de sophismes habilement étudiés 2 ; il gagna surtout à sa cause le comte Guillaume X de Poitiers. Ce prince, « d'un caractère faible et violent, de mœurs frivoles et d'une piété mal entendue )),mit au service de l'antipape et aux mains de Gérard une force matérielle imposante.
Plusieurs démarches de Pierre le Vénérable et de saint Bernard étaient venues se briser contre l'obstination du prélat et du comte, lorsque, vers la fin de ii34, l'abbé de Glairvaux jugea le moment venu de renouveler ses tentatives. L'affermissement de l'autorité d'Innocent II avait diminué forcément la puissance du schisme. D'autre part, l'occupation irrégulière du siège épiscopal de Bordeaux par l'évêque d'Angoulême, avait indisposé contre lui à la lois ses suffragants et la population bordelaise. Bernard se rend en Aquitaine, et propose aux deux chefs du parti schismatique un
I. Vaca.nda.rd, Vie de S. Bernard, t. ï, p. 317. a. Hist. des Gaules, t. XII, p. 366-368.
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
débat contradictoire et public. Gérard se dérobe. Guillaume consent seulement à discuter avec l'abbé de Clairvaux en son château de Parthenay. Ebranlé par la dialectique puissante du moine, mais n'osant pas rompre avec ses amis, le comte hésite, tergiverse, prolonge la controverse pendant plusieurs jours. Pour en finir, Bernard propose au comte de recourir à Dieu. Il célébrera la sainte messe dans le sanctuaire vénéré de Notre-Dame de la Couldre, et, en présence du peuple, implorera les lumières du ciel. Le sacrifice commence, et se poursuit jusqu'au moment de la communion, au milieu d'un religieux silence. Après avoir donné la paix au peuple, Bernard, comme sous le coup d'une inspiration subite, prend l'hostie consacrée sur la patène, et se dirige droit vers le comte de Poitiers : « Voici le Fils de la Vierge qui vient à toi, s'écrie-t-il. Voici ton juge. Vas-tu le repousser? Vas-tu le mépriser, comme tu as fait de ses serviteurs ? » Le seigneur, comme foudroyé par ces paroles et par ce spectacle, tombe à genoux, et promet de renoncer au schisme ^ . Il devait mourir pieusement, trois ans plus tard, le vendredi saint de l'année ii37, dans un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Gérard l'avait précédé d'une année dans la tombe 2.
Les récits des historiens sur les derniers moments de l'évêque d'Angoulême sont contradictoires. Saint Bernard dit qu'il mourut subitement. Il est permis d'espérer que l'aumône, que le prélat pratiqua jusqu'à sa dernière heure, et qui a le pouvoir, suivant l'Ecriture, d'effacer les péchés 3, obtint la grâce d'un repentir suprême à celui qui, avant d être la victime de sa propre renommée, avait été une des gloires de l'épiscopat français au douzième siècle.
Il convertit
le duc Guillaume de Poitiers,
Mort du duc Guillaume.
Mort
de l'évêque
Gérard.
Pendant que ces événements se passaient en Aquitaine, Innocent II vivait à Pise, oii il s'était retiré pour éviter un conflit avec Anaclet. Il y attendait une occasion favorable pour reprendre la lutte contre le parti de l'antipape. Au commencement de 11 35, une lettre de l'abbé de Clairvaux lui fit comprendre que le moment était venu, c Voici, écrivait Bernard, que Pise a été choisie pour remplacer Rome. Cela
Innocent H à Pise.
I. Vita Bernardin 1. II, cap. vi, n. 37-38. a. Histor. des Gaules, t. \IÏ, p. Sqô, 397. 3. Tobie, XII, 9.
Il fait appel 61 empereur.
Concile de
Pi se (mai II 35).
Excommunication àe l'antipape.
n'est pas l'efTet du hasard, mais une faveur de la Providence... 0 Pisans, Pisans, le Seigneur s'est proposé de faire en vous de grandes choses *. »
Mais, avant de se mettre en campagne, il fallait s'assurer d'un appui matériel. Dans un concile tenu à Reims, au mois d'octobre ii3i, le pape avait reçu les adhésions des rois Henri I" d'Angleterre, Alphonse VII de Gastille et Alphonse I" d'Aragon. En ce même concile, il avait sacré le fils du roi de France Louis le Gros. Mais aucun de ces princes ne pouvait prendre un rôle que Lothaire se réservait comme la mission propre de sa dignité d'empereur. Innocent II envoya donc Bernard en Allemagne, pour y hâter la pacification de Tempire, toujours troublé par les compétitions des Hohenstaufen. Pendant l'été de ii3/i, le gendre de Lothaire, Henri de Bavière, avait, en une brillante campagne de deux mois, réussi à isoler l'armée ennemie et forcé Philippe de Souabe à venir demander grâce et pardon. Le premier mouvement de l'empereur avait été de refuser toute condition et de ruiner complètement la puissance de son adversaire * mais l'abbé de Clairvaux, dans une diète qui s'était tenue à Bamberg le 17 mars 1 135, et à laquelle il avait assisté au nom du pape, avait fait accepter aux deux parties un traité de paix, en vertu duquel Frédéric recouvrait son duché de Souabe, mais promettait, en retour, sa fidélité à l'empereur et son assistance dans une expédition contre Rome. Conrad persista quelque temps dans son opposition, mais il dut se rendre à son tour et accepter, vers la fin de septembre 11 35, des conditions analogues.
Innocent II n'attendait que la fin de la diète de Bamberg pour réunir à Pise un concile. Il l'y tint au mois de mai ii35 ^. On y frappa d'anathème l'antipape Anaclet et son principal défenseur Roger de Sicile. On y prononça l'interdit sur la Sicile et l'Apulie, et on accorda à tous ceux qui avaient pris les armes contre Roger et contre l'antipape une absolution semblable à celle qu'Urbain II avait accordée à Clermont pour la première croisade. Le concile de Pise promulgua également plusieurs canons relatifs à la simonie, au droit d'asile et à l'hérésie des henriciens ^.