Hefele-Leclergq, V, p
L ORGANISATION DE LA CIIRF/HENTE
Bernard, dont l'intervention avait été prépondérante dans tous ces événements, voulut couronner Tœuvre du concile par une grande assemblée populaire, qui se tint dans la basilique de Saint-Âmbroise.
Devant Tautel, les consuls de la ville, au nom de tout le peuple, prêtèrent serment d'obéissance au pape Innocent 11 et à l'empereur Lotbaire.
La cause de Lotbaire ne devait plus subir aucune attaque ; mais les adversaires d'Innocent II avaient encore deux centres d'action : en Sicile et à Rome. C'est là qu'on dut successivement les réduire.
Deux expéditions: l'une pacifique, de saint Bernard,. l'autre guerrière, de Lotbaire, mirent fin au schisme de la basse Italie. La parole et les miracles du saint abbé de Glairvaux exercèrent une immense influence sur le peuple* ; mais Roger, dont l'ambition était toujours de se rendre maître de toute l'Italie méridionale, et qui restait fidèle àAnaclet, ne cessait d'étendre ses conquêtes. A la demande instante du pape, Lotbaire, au mois de septembre ii36, arriva en Lombardie, par la vallée de Trente, avec une nombreuse armée. Grâce aux nombreuses intelligences qu'il rencontra dans les villes et les châteaux de la péninsule, la conquête fut rapide. A l'approche de l'empereur, Roger quitta l'Italie et se réfugia en Sicile. Au mois de juin, voyant ses principales forteresses aux mains de l'ennemi, il implora lapaix; mais il refusa obstinément, malgréles efforts de saint Bernard, de renier l'antipape. Ni la rentrée à Rome d'Innocent II, en octobre 1137, ^ '^ suite de l'armée impériale, ni même la mort d'Anaclet, peu de temps après, le 25 janvier ii38, ne mirent fm au schisme. Roger de Sicile fit, en effet, aussitôt proclamer un nouvel antipape, le cardinal Grégoire, sous le nom de Victor IV ; mais ce dernier ne larda pas à se réconcilier avec Innocent, sur les instances de l abbé de Glairvaux, et les Pierleoni eux-mêmes se rallièrent au vrai pape.
L'empereur Lotbaire ne fut pas témoin de cette réconciliation. Il était mort, au retour de son expédition, dans une cabane du T) roi, îo 4 décembre ii37*.
I. F. Chalandow, Hist. de la domin. normande en Italie, t. Il, p. 53-97.
a. Après ia conquête de lApnlie, lorsqu'il fut question d'investir du duché un nouveau titulaire, un différend faillit brouiller le pape et l'empereur. Innocent II, «'appuyant sur des titres qui remontaient à Louis le Débonnaire et (jue les empereurs Ollon le (jrand, Henri H, le comte Roger Im-mème, avaient reconnus, réclamait la suzeraineté du duché. Lolhaire opposait à ces litres l'exemple de plusieurs de sei prédécesseurs, qui avaient exercé une autorité absolue si>r l'Italie mériilio-
Lc comte
Roger de Sicile
reste
obstinément
attaché au schisme.
Après la mort
d'Anaclet,
il fait élire un
nouvel
antipape,
Victor IV
de l'empereur
Lolhaire
(4 décembre
Compétition
entre Henri
de Bavière
et Conrad de
Hohenstaufen.
Recrudescence
de la lutte entre Guelfes et Gibelins.
Deuxième
concile général
de Latran,
dixième
oecuménique
Dans l'élection de soq successeur, F indépendance des grands seigneurs allemands s'affirma de nouveau. En donnant à son gendre Henri de Bavière les joyaux delà couronne et le marquisat de Toscane, en lui octroyant, en outre, en fief le duché de Saxe, Lothaire l'avait manifestement désigné aux électeurs. Ce fut précisément sa puissance qui épouvanta beaucoup de princes^. Non seulement le choix des électeurs ne se porta pas sur lui, mais il parut se faire contre lui. Le père de cet Henri de Bavière, de la noble famille des Welfs ou Guelfes, avait été un des adversaires les plus acharnés de Frédéric de Souabe, chef de la maison des Weiblingen ou Gibelins. Au fils du compétiteur de Frédéric de Souabe, on préféra le propre frère de ce dernier, Conrad de Hohenstaufen. A.u Guelfe on opposa le Gibelin. Ainsi se poursuivait cette lutte entre Guelfes et Gibelins, qui devait, en changeant plusieurs fois de caractère et de signification, diviser profondément, dans la suite, les Etats et les villes de l'Allemagne et de l'Italie ^. Dans cette élection, les seigneurs ecclésiastiques avaient marché d'accord avec les seigneurs laïques, et le pape avait été favorable au choix de Conrad, qui, depuis sa réconciliation avec Lothaire, s'était montré aussi respectueux envers l'Eglise que fidèle à son souverain.
Le temps d'accalmie relative qui suivit ces événements, parut favorable au souverain pontife pour la réunion d'un concile général. Elle eut lieu le 4 avril iiSg^, au Latran. Près de mille prélats*, patriarches, archevêques, évêques et autres dignitaires de 1 Eglise, y assistèrent, sous la présidence du pape. Nous possédons de ce concile trente canons, qui ne contiennent rien de nouveau. Ils ne foot que rappeler et confirmer les lois relatives à la simonie, à l'incontinence des clercs, au luxe du clergé, à la rupture de la Trêve de Dieu, aux duels, et prouvent par là que ces lois n'étaient pas suffisamment observées Mais le but principal du pape, en réunissant autour de lui en ce concile, les représentants de toute la chrétienté, paraît avoir été de flétrir avec toute l'énergie possible le schisme et ses fauteurs. La
nale. Dans l'intérêt de la paix, les deux souverains ajournèrent la conclusion du débat, et donnèrent simultanément l'investiture au nouveau duc.