‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 209 sur 336 · I. Otton de Freisingen, dans M. G., SS,, t. XX, p. l\oS · texte numérisé non relu

I. Otton de Freisingen, dans M. G., SS,, t. XX, p. l\oS

a. 11 n'est pas prouvé qu'Arnaud ait été, comme le disent certains auteurs, un élève d'Abailard. Cf. Comba, / nosiri protestanti, Florence, 1896, t I, p. 173.

3. Vebnet, au mot Arnaud de Brescia, dans le Dict, de théol. de Vacakt, t. I, col. 197/j.

k. VeBNBT, o/>. à'., col, 1973-1974.

5. RocQUAiN, h Cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther, Paris 1898, t. I, p. 199, noie a.

Célestin II

(27 septembre

mars ii44).

Il apaise

un conflit

entre le roi

de France,

Louis

le Jeune, et

r archevêque

de Bourgef.

Trois jours après la mort d'Inaoceat II, le 27 septembre iii3. le cardiaal Guy de Gastello fut élu pape sous le nom de Célesiin II. C'était un ancien élève d'Abailard. Il était renommé pour sa science et pour son caractère pacifique et conciliant^. Le choix de sa personne paraît avoir été déterminé par la considération de ces deux qualités, si opportunes au moment où tant d'idées s'agitaient autour de la chaire d'A.bailard et où une ardente fermentation de vie municipale soulevait les cités italiennes. Mais la courte durée du pontificat de Célestin II, qui fut de cinq mois seulement, ne lui permit pas de répondre aux espérances de l'Eglise. La levée de l'interdit qu> pesait sur le roi de France et une tentative faite auprès de Kog«?r de Sicile pour rompre le traité imposé à son prédécesseur, furea^ le« deux principaux événements de son règne. Le fils et successeur de Louis le Gros, Louis VII, dit le Jeune, s'était montré encore moins favorable que son père à la réforme ecclésiastique. Il s'était, dès les premières années de son règne, trouvé en conflit avec l'abbé de Clairvaux à ce sujet. En ii^i, destinant à rarchevéché de Bourges un clerc de sa chapelle, il avait refusé de reconnaître le titulaire de cet archevêché, Pierre de la Châtre, régulièrement élu par le chapitre et sacré par le pape lui-même. En présence de cette opposition, Innocent II avait jeté l'interdit sur la terre du roi. Ce n'était point l'excommunication, c'était la défense de célébrer les offices religieux partout où le roi de France passerait. Le monarque, loin de se soumettre, avait déclaré la guerre à Thibaut de Champagne, à qui il reprochait, entre autres griefs, d'avoir pris fait et cause pour Pierre de la Châtre, archevêque de Bourges sacré par le pape. Mais les efforts combinés de saint Bernard et de Suger, conseiller du roi, avaient amené une détente. L'esprit pacifique du pape Célestin II acheva l'œuvre des deux moines. En retour de la levée de l'interdit pontifical, Louis le Jeune donna l'investiture des « droits de régale » à Pierre de la Châtre. Il prit aussi, dit-on, l'engagement de faire le pèlerinage de Jérusalem,^.

1. Saint Bernard, dans une lettre, lui reproche d'avoirmontré trop de faveur à Arnaud de B rescia.

2. \ A.CA.SOAR0, Vie de S. Bernard, t. Il, p. 183 -ao2 ; A.. Lugha.irb, dans Yllist. de France, de LiivissE, t. III, i''s partie, p. 4-9.

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

Cclestin II étant mort le 8 mars 11 44. on lui donna aussitôt pour successeur le cardinal -prêtre Gérard, qui prit le nom de Lucius II. Le nouveau pape s'était distingué, comme légat en Allemagne, par son intelligence des affaires et son activité. Il reprit le programme de son prédécesseur. Le conflit avec le roi de France étant apaisé, son attention se porta vers les affaires de Sicile et de Rome. Il eut une entrevue avec Roger, qui manifesta d'abord l'intention de revenir sur les conditions imposées à Innocent II au traité de Miniano. Mais, blessé par le refus que firent les cardinaux de consentir à certaines de ses propositions, Roger changea tout à coup d'attitude et fit même envahir le domaine pontifical par une armée. Le pape, ne pouvant résister, fut réduit à conclure une trêve *. Les négociations du pape avec la municipalité romaine subirent à peu près le même sort. Les sénateurs, cédant aux paternelles sollicitations du pape, consentirent d'abord à se désintéresser des affaires municipales; mais l'échec des négociations entreprises par le Saint-Siège avec le roi de Sicile détermina chez eux un revirement subit. Non contents de reprendre leur situation au Capitole, ils rétablirent, de leur propre autorité, la dignité de patrice, abolie par Henri III, et la confièrent à un frère de l'antipape Anaclet, nommé Giordano 2. En même temps, essayant d'appliquer les théories d'Arnaud de Brescia, ils cherchèrent à convaincre le pape qu'il y aurait avantage pour l'Eglise à revenir à l'âge d'or de la pauvreté des premiers siècles : on confierait au patrice la gestion des biens temporels, et les clercs se contenteraient de recevoir les offrandes et les dîmes. Le piège était grossier. Le plan des chefs de la municipalité révolutionnaire ne tendait à rien de moins qu'à subordonner absolument à son autorité celle du pape. En présence de si hautaines prétentions, Lucius ne vit de salut que dans une lutte ouverte. Il rappela au roi Conrad III le rôle de protecteur de l'Eglise dont se glorifiaient les rois de Germanie, et ses promesses personnelles. Bernard de Glairvaux écrivit au monarque dans le même sens. Mais Conrad ne put ou ne voulut s'engager dans une expédition armée. Lucius, comprenant alors qu'il ne devait compter que sur ses propres forces, leva des troupes, et, avec une poignée de soldats résolus, tenta courageusement l'assaut du Capi-

Lucius II

(la mari

février ii45)«

Reprise des hostilités

contre le

Saint-Sièg«

par Boger

de Sicile.

Attitude rëvolutionnaire

de la

municipalité

romaind.

Lucius fait appel en vain

au roi de Germanie.

1, Jaffé, n. 8653.

2. Cette nouvelle révolte eut lieu pendant l'automne de ii44. Elle fut le point de départ d'une ère nouvelle qu'adoptèrent alors les Romains. Voir Jaffé, n. 8684.

HISTOIRE GÉ^iÉRALE DE l'ÉGMvSE

tole. La tentative échoua. Lucius lui-même, qui était venu encou- II commande rager les assaillants par sa présence, fut atteint par un projectile et du G^pitole mourut des suites de sa blessure le i5 février ii45.

Eugène HT

(i5 février

ii/i5-8

juillet II 53).

Une conspiration

l'oblige à <)uitter Rome quelques jours

après son élection.

Le jour même de la mort de Lucius II, les cardinaux durent procéder à la hâte et en secret à l'élection de son successeur. Plus que jamais un coup de main était à redouter. Le parti révolutionnaire avait en main l'administration et la police de la ville. L'élection d'un antipape aurait eu, dans ces circonstances, dés résultats désastreux. L'entente et l'union des membres du Sacré Collège écartèrent ce péril. S'étant réunis dans le monastère de Saint-Césaire *, un peu à l'écart de la cité, ils élevèrent, à l'unanimité 2, sur le trône pontifical, un moine cistercien, Bernard de Pise, abbé de Saint-Anastase aux Trois-Fontaines, un des disciples chéris de Bernard de Clairvaux. L'estime que faisait de ce religieux son ancien maître, les hautes qualités dont il avait fait preuve dans l'administration du couvent de Saint-Anastase depuis ii^o, étaient des gages de la sagesse et de la fermeté de son gouvernement sur le siège apostolique. Il prit le nom d'EuGÈNE III. «Il devait, écrit la chronique pontificale, recevoir, le dimanche suivant, la consécration à Saint-Pierre, suivant la coutume de l'Eglise ; mais il reçut avis que le Sénat était disposé à faire casser par la force son élection, à moins qu'il ne donnât à ses usurpations la confirmation pontificale. Il profita donc du silence de la nuit pour sortir de Rome avec un petit nombre de fidèles, et chercha un asile dans la citadelle de Monticelli. Le lendemain, ayant réuni autour de lui tous les frères qu'avait dispersés la crainte des fureurs du peuple, il gagna, avec son entourage, le monastère de Farfa, dans la Sabine. Le dimanche suivant, il reçut la grâce de la consécration pour la plénitude de son apostolat. La nouvelle s'en répandit aussitôt, comme un chant de joie, chez toutes les nations, et l'Eglise universelle en tressaillit d'allégresse ^. » Le pape quitta bientôt Farfa pour Viterbe, mais il ne devait rentrer à Rome que le

1. Sur le monastère de Saint-Césaire, voir Duchesne, Li6. ponlif.^ t. II, p. i36, note 33.

Page 1