‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 214 sur 336 · Otton de Freisingen, loc. cit · texte numérisé non relu

Otton de Freisingen, loc. cit

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

Sa réputation de thaumaturge le précédait partout ^ » Une assemblée fut convoquée pour le jour de Pâques de ii46, à Vézelay, en Bourgogne. Bernard y parut, sur une estrade dressée en plein champ. à côté du roi. Il lut la bulle du pape, puis fit un discours pour exhorter les fidèles à prendre part à la croisade-. CommeàClermont, la foule répondit à l'orateur par des acclamations. Les cris a Des croix! des croix ! » s'élevèrent de toutes parts. On se précipita vers le saint prédicateur, pour recevoir de lui le signe sacré. La reine Eléonore de Guyenne et plusieurs dames de la cour voulurent ellesmêmes prendre la croix.

Après avoir prêché la croisade dans les diverses provinces de France, Bernard passe en Allemagne. Partout il est accueilli comme le messager de Dieu. L'empereur Conrad hésitait à s'enrôler. Dans une harangue qu'il prononce à Spire, devant le roi, Bernard l'interpelle au nom du Christ : « 0 homme, que n'ai-je pas fait pour toi ? s'écrie-t-il. Je t'ai donné la gloire, les richesses, les bons conseils, la santé du corps et la force de l'âme. 0 homme, ô roi, que feras-tu pour ton Dieu ? » Le roi ne peut résister à ces accents, et s'enrôle sur l'heure, suivi par un grand nombre de seigneurs. En Angleterre, en Italie, en Bohême, dans l'Europe entière, les discours ou les lettres de Bernard soulèvent l'enthousiasme, entraînent les adhésions. Deux armées se forment, composées chacune de 70.000 chevaliers, et accompagnées d'une foule énorme de gens de pied. Le roi de France prend le commandement de l'une ; le roi de Germanie se met à la tête de l'autre. Sous leurs ordres, c'est l'Europe entière, représentée par les meilleurs de ses chevaliers, qui marche contre l'infidèle.

Ce grand enthousiasme, ce soulèvement de toute la chrétienté, à la voix d'un moine, pour une cause dépassant toutes les causes terrestres, fut le vrai, le seul succès de cette seconde expédition. L'attitude hostile prise par l'empereur grec et l'entrée en scène, avec les Turcs de Zenki, d'une race jeune, forte, guerrière, à laquelle l'islamisme communiquait son prosélytisme et son ardeur, rendaient la réussite de l'entreprise extrêmement difficile. Les divisions des princes chrétiens, l'insuffisance de l'organisation, menacèrent de

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