I. Vagandard, ViedeS. Bernard, II
a Ce discours ne nous a pas été conservé, « A en juger par l'effet qu'il produisit, dit M. Vacandard, ce fut la plus grande action oratoire de sa vie. » (Loc. cit.)
Sages mesures
prises par
Eugène III
et
saint Bernard.
Imprudences
des deux rois
d'Allemagne
6t de France.
Insuccès de t'armée allemande.
s'ajouter à toutes ces causes d'insuccès. Eugène III et Bernard se rendirent compte de ces difficultés. On chercha à prévenir les obstacles qui avaient paralysé l'action des premiers croisés. Défense fut faite à aucun groupe de se former en dehors des deux armées régulières ; les troupes de pèlerins non combattants durent s'y rallier et en dépendre militairement. Le pape interdit aux barons d'emmener avec eux chiens et faucons, et leur prescrivit même une forme particulière d'armes et de vêtements. L'itinéraire de la croisade fut tracé d'avance : on suivrait, pour éviter les risques de s'égarer en chemins inconnus, la route qu'avaient prise Godefroy de Bouillon et la majorité des pèlerins de la première croisade. L'union, la concorde, la pureté et l'austérité de vie furent chaudement recommandées aux croisés au nom de la sainte cause pour laquelle ils allaient combattre. Eugène III et Bernard avaient rempli leur devoir d'apôtres. La cause des peuples chrétiens pouvait, malgré tout, t-riompher, si Louis VII et Conrad III remplissaient avec le même zèle leur devoir de capitaines.
Ce dernier devoir ne fut qu'imparfaitement rempli. La foule des non-combattants, qu'une discipline rigoureuse aurait dû contenir, devint une cause de désordres et d'embarras pour les mouvements des troupes. La présence de la reine Eléonore, de plusieurs dames de sa cour et de bon nombre d'autres femmes, qui suivirent leur imprudent exemple, donna lieu à des scandales, dont le roi de France lui-même eut personnellement à souffrir. Enfin, les chefs des deux armées commirent, dans la direction générale de l'expédition, deux fautes capitales de tactique. Au lieu de se suivre à peu de distance, sur la même route, pour être prêts à se prêter main-forte, comme le voulait l'abbé de Glairvaux ^, ils se séparèrent ; et, malgré l'évidente hostilité de l'empereur grec, ils s'obstinèrent à ne pas le considérer nettement comme un ennemi.
L armée allemande prit les devants. Courir au plus vite, en pillant le plus possible sur son passage : tel semble avoirétéson mot d'ordre; telle fut du moins la grande tentation à laquelle son chef ne sut pas l'arracher. Ses pillages, dans la traversée de la Thrace, furent tels, que l'empereur Manuel Comnène envoya une troupe pour les combattre, et les battit près d'Andrinople *. Ce ne fut plus dès lors qu'une
1. A. LtGH\iRE, dans VHist. de France de Lavissb, t. III, l'e partie, p. i4-i5. a. Odon i)e Deuil, M. G., XXVI, 64-65.
cohue indisciplinée, qui, sans cesse harcelée par les cavaliers turcs, voltigeant autour d'elle sur leurs chevaux légers, s'épuisa de jour en jour, et n'offrit plus de résistance au choc de l'armée turque qui l'écrasa à Dorylée.
L'issue de l'expédition était dès lors décidée. Les Français, pour éviter la route où l'armée allemande avait péri, firent le tour de l'Asie Mineure, le long de la côte, par Smyrne, Ephèse et Laodicée. Mais, le long des chemins montagneux, difficiles et inconnus, qu'ils durent traverser, les croisés se débandèrent. Un moment, le roi de France, séparé de ses troupes, isolé sur un rocher, dut se défendre en s'adossant à un arbre contre plusieurs ennemis qui le prenaient pour un simple soldat. Il sauva son renom de bravoure, mais une grande partie de son armée, surprise dans un défilé par les Turcs, fut massacrée. Les deux rois se rejoignirent à Jérusalem, accompagnés de quelques troupes de chevaliers, débris de leurs armées. La marche contre Edesse était désormais impossible. Le roi de Jérusalem, Baudouin III, leur persuada d'assiéger Damas. Mais, après plusieurs assauts infructueux, les deux souverains, découragés, levèrent le siège, et repartirent pour l'Europe.
Bernard tira la leçon de ce grand échec. « Nous annoncions la paix, s'écria-t-il, et la paix n'est point venue 1 Nous promettions le succès, et nous avons eu la désolation ! Nous marchions avec confiance sous les ordres du pontife suprême, c'est-à-dire sous les ordres mêmes de Dieu, et Dieu a permis que la croisade échouât lamentablement 1 Qui rendrons-nous donc responsable de ce désastre ? Il est un fait que personne de nous n'ignore, et que pourtant tous, à cette heure, semblent avoir oublié. Moïse avait promis aux Hébreux de les conduire dans la terre de Chanaan, et nul d'entre eux ne pénétra, lui vivant, dans la Terre promise. Les Hébreux, me direz-vous, furent incrédules et rebelles. Mais qu'ont donc été les croisés ? Interrogez-les. A quoi bon répéter ce qu'ils avouent eux-mêmes? Dans l'un comme dans l'autre cas, les promesses de Dieu ne prescrivent pas contre les droits de sa justice ^. »
Sa défaite à Dorylée,
Massacre de l'armée française.
Echec devant Dàinas.
Saint Bernard tire la leçon
de ces événements.