I. S. BBR^ARD, Dé consideratione^ 1, II, cap. i
Eugène 111
travaille
8 la réforme
rehgieuse.
La lutte
contre
l'hérésie.
Caractères
des hérésies auMojenAge.
Les erreurs d'Abailard.
Une fois de plus, le succès des armes chrétienDes en Orient apparaissait comme lié à la réforme morale et religieuse de TOccident. Réprimer les schismes et les hérésies, propager l'esprit évangélique par les moyens les plus efficaces, en particulier par la multiplication de ces foyers de vie chrétienne qu'étaient les monastères, et le faire rayonner de là sur les mœurs privées et publiques, sur les progrès de la science et sur le développement des institutions : telle fut la mission que se donna, conseillé par son maître Bernard, le pape Eugène III.
Le schisme et l'hérésie ne se présentaient jamais, au Moyen Age, comme une simple atteinte à la foi : c'étaient des attentats contre l'ordre public, des crimes sociaux. Quiconque ébranlait l'autorité de l'Egliseetde ses dogmes, était considéré comme ébranlant par là même la foi au Christ, fondement et garantie de tout ordre et de toute paix. Saint Bernard enseignait sans doute que u l'hérétique devait être pris par des arguments, et non par les armes * » ; mais il ajoutait qu'il fallait lui enlever tout moyen de perdre les autres -. De là l'ardeur avec laquelle on le voyait combattre, sous la direction du pape Eugène, toutes les hérésies de son temps, en particulier celle» d'Abailard, d'Henri de Lausanne et de Gilbert de la Porrée.
Dans le cours de l'année ii4o, l'abbé de Clairvaux reçut de l'ancien abbé de Saint-Thierry, Guillaume, alors religieux cistercieu à Signy, une lettre pleine d'alarmes, dans laquelle le pieux et savant moine lui signalait avec épouvante treize erreurs capitales, qu'il venait de découvrir en parcourant, la plume à la main, deux récents ouvrages d'Abailard : Vlniroduciio ad Lheologiam et la Theologia christiana. a II ne s'agit de rien de moins, lui disait-il, que de la foi en la sainte Trinité, de la personne du Médiateur, du Saint-Esprit, de la grâce de Dieu et du mystère sacré de notre rédemption. » Il appelait particulièrement l'attention sur les erreurs suivantes :
1. Haeretici capiantur, non armîst sed argumentis. (S. Bernard, In caniic, Serm9 LXlV.n.g.) . . .^ •
2. Sabversores invictis rationibas convincantar, ut vel émendentur ipsi, si fier i potest, vel^ si non, perdant auctoritaiem facuUatemqae alios subveriendi. (S. Bsrnard, De consideratione^ \. III, cap. i, n. 3.)
l'organisation de la chrétienté
« Abailard, disait-il, soutient que les noms de Père, de Fils et d'Esprit sont ennployés improprement à l'égard de Dieu, et ne sont qu'une description de la plénitude du Souverain Bien. Il prétend que le Saint-Esprit est l'âme du monde. Selon lui. l'homme pourrait vouloir et Taire le bien sans la grâce divine. Ce n'est point pour nous délivrer du joug du démon que le Christ s'est fait homme et a souffert. Les tentations de l'homme ne sont que les résultats de causes purement physiques. Dans l'Eucharistie, la forme de la substance du pain et du vin reste en l'air. Ce que nous appelons la foi n'est que le jugement que nous portons sur les choses invisibles ^ » La réponse de Bernard fut modérée et prudente. « Ton zèle est fondé, répondil-il, et le petit livre que tu me fais parvenir me prouve que ce zèle n'est pas celui d'un oisif... Le mieux, je crois, est que nous ayons une enlrcNue pour examiner cette affaire ^. »
Le résultat de cette entrevue, qui eut lieu peu de temps après, fut la résolution que prit Bernard de conférer de ces graves questions avec Abailard lui-même. 11 eut avec le célcbie professeur deux conférences, Tune en tete-à-tête, l'autre en présence de deux témoins. Abailard parut touché des observations qui lui furent présentées, et a^ec Abailard promit de faire des corrections à ses ouvrages ^.
Bernard de Clairvaux et Abailard étaient alors les deux hommes les plus en vue de la France, et peut-être de la chrétienté. La nouvelle des entretiens qui venaient d'avoir lieu entre les deux docteurs se répandit bientôt dans les écoles et les monastères ; elle y fit grand bruit ; et, comme il arrive d'ordinaire, le zèle intempestif des disciples envenima la controverse des maîtres. Un chanoine de Tours, Hugues Métel, bel esprit de ce temps, fit pleuvoir les épiihètes les plus désobligeantes sur le professeur de la Montagne- Sainte-Geneviève, « cette hydre des temps nouveaux », « ce Phaéton », « ce vase d'Ezéchiel, mis en ébullition sur un foyer excité par l'Aquilon * ». De sou côté, Abailard, en remontant dans sa chaire, y fut accueilli par les applaudissements de ses auditeurs. Un vent d'orage semblait souffler de part et d'autre.
Sur ces entrefaites, une solennelle exposition de reliques se pré-
Entrevue
de
saint Bernard
Concile de
Sens (juin ii4o).