‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 221 sur 336 · M. DE WuLF, Hist. de la philos, médiévale, p. aai · texte numérisé non relu

M. DE WuLF, Hist. de la philos, médiévale, p. aai

l'ORGAMSATlON DE LA CHRÉTIENTÉ 877

joyeuses. » Et, au bout d'un moment: « Que vois-tu encore ? — Hélas I Je tremble de le dire : des nuages qui montenl, la tempête qui gronde, la mer qui entr'ouvre ses abîmes, le naufrage, une lutte terrible avec la mort. Et tout est fini .. — Eh bien, que dis-tu maintenant de la puissance et du bonheur des hommes ? — Vanité des vanités I Tout n'est que vanité ^ «Et, delà sorte, défilent, décrits par un homme qui, séparé du monde de bonne heure, avait su l'observer, une riche caravane, un palais opulent, un cortège nuptial, une école florissante. « Indaletius, que vois-tu ? — Je vois une école nombreuse, où des adolescents et des vieillards étudient côte à côte. On y apprend à couvrir le parchemin d'élégantes miniatures, à reconnaître le cours des astres et à tromper les hommes par de savants sophismes. Et après ? A-t-on trouvé la vérité, et, avec la vériîé, le bonheur ? Nullement. Sans Dieu, point de vérité. Sans Dieu, point de bonheur ^, »

Ce docteur, qui parlait d'un ton si pénétré de la vanité du rnr»nde, Mortd'Hugnes mourut comme un saint. ÎSous avons le récit de ses derniers moments m . . v- .

bainl-Victor

écrit par un témoin oculaire. « La veille de sa mort, dit-il, je le vins (ii^3 [?])

voir de grand matin. Il me dit : « Sommes-nous seuls ? » Sur rnn

réponse affirmative, il ajouta : «As-tu célébré aujourd'hui la messe ?

— Certainement. — Approche donc, et soufïle-moi sur le visage en

forme de croix, afin que je reçoive le Saint-Esprit. . » Déjà saisi par

l'agonie, il murmura, d'une voix à peine intelligible : « Je l'ai

obtenu... Il recevra mon âme. » Puis, se frappant la poitrine, il dit :

« Sainte Marie, priez pour moi. Saint Pierre, priez pour moi. Saint

Victor, priez pour moi. » Ce furent ses dernières paroles. La bouche

de ce juste, organe delà sagesse, devint muette pour toujours 3. n

Hugues de Saint- Victor avait, en efTet, achevé sa mission en ce

monde, mais son œuvre, l'école mystique de Saint- Victor, allait

lui survivre. Richard devait en être le grand théologien, et Adam le

poète inspiré.

I. De vanilate mundi, 1. T, P. L , t. CLXWI, col. 705-706. L'érudition moderne tend à attribuer ce traité, non plus à Hugues de Saint- Victor, mais à Hugues de Fouilloi, religieux Augustin.

a. Ibid.^ col. 709-710.

3. Epislola Osberli de morbo et obUu Hugonis, P. L., i. GLXXV, col. GLXII.

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Parmi les nombreux ouvrages dus à ractivité intellectuelle d'Hugues de Saint-Yictor, se trouvent deux remarquables essais de synthèse dogmatique: le traité De Sacramentis et la Summa Sententianim. Il avait été précédé dans cette voie par Abailard, dont le Sic et Non était un recueil de textes patristiques sur les principaux problèmes philosophiques et théologiques. Il fut suivi par plusieurs autres écrivains de son époque, Robert Pulleyn, Robert de Melun, Hugues de Rouen, et surtout par celui qui devait mériter le titre de « Maître des Sentences », Pierre Lombard.

Pierre Dans le mouvement qui portait les esprits vers les études philo-

(t 1160), sophiques et thcologiques, et en présence de la multitude des matériaux à exploiter pour ces travaux, un besoin urgent de classification et d'organisation se faisait sentir. Aussi les a Sommes de Sentences », les « Livres de sentences », eurent-ils un immense succès. Finalement l'un de ces recueils supplanta les autres et s'imposa aux Ecoles du iMoyen Age comme le texte classique offert aux commentaires des professeurs ; ce fut le Liber senlentiarum de Pierre Lombard.

Vers ii36 *, labbé de Clairvaux reçut de l'évêque de Lucques une lettre par laquelle le prélat recommandait à sa charité un jeune clerc de Novare, qui avait l'intention de se rendre en France pour se perfectionner dans les sciences sacrées.- Encouragé par une réponse favopable, le jeune étudiant se dirigea d'abord vers Reims, où Bernard fournità ses besoins, puis vers Paris, où Gilduin, abbé de Saint-Victor, sur la recommandation de Bernard 2, lui rendit le même service. Le studieux protégé de l'évoque de Lucques, Pierre, que ses compagnons d'études prirent l'habitude d'appeler, à cause de sa nationalité, le Lombard, ou Pierre Lombard, n'avait pas l'intention de faire un long séjour à Paris ; mais l'activité intellectuelle qu'il y rencontra, les inestimables ressources qu'il y trouva pour ses études, l'y retinrent. Son acharnement au travail était infatigable. Les écrits des Pères lui devinrent familiers. De disciple, il devint maître. On conjecture qu'il professa à Sainte- Geneviève et à Saint- Victor ^. Ses leçons

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