P. Féret, op. cit., p. i
l'organisation de la chrétienté 379
ressemblèrent peu à celles d'Abailard et d'Hugues. Il n'eut ni les Son
téinéiaires audaces du premier ni les élans mystiques du second. Mais son érudition était si vaste et si sûre, il dirigeait avec tant d'aisance ses auditeurs à travers le labyrinthe de la patiologie, que son succès ne fut pas moindre. La haute dignité d'évêque de Paris, dont il occupa le siège pendant quelques mois seulement, de iiBg au mois d'août ii6oS vint couronner la laborieuse carrière de Pierre Lombard.
Le plus célèbre de ses ouvrages est le livre des Sentences. Il y Le«
classe un grand nombre de textes de l'Ecriture sainte et des Pères ^' ^^ pi^rre suivant un ordre systématique, qui, à lui seul, est révélateur de l'état Lombard, d'esprit de cette époque. Distinguant, dans le monde, des réalités et des symboles, il considère les uns et les autres au point de vue de la Béatitude éternelle.
Les réalités comprennent : i** Dieu, objet suprême de la Béatitude ; 2° les créatures, moyens providentiels de la Béatitude ; 3° les anges et les hommes, sujets de la Béatitude. Ces trois réalités font l'objet des trois premiers Livres de l'ouvrage. Le quatrième Livre est consacré aux symboles. Pierre Lombard entend par là les sacrements et tous les rites religieux qui symbolisent les réalités surnaturelles qu'ils confèrent.
Tel est l'ouvrage qu'Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaveature, commenteront dans les grandes universités du Moyen Age 11 faudra la Somme de saint Thomas pour le détrôner, après de longues hésitations, de la place exceptionnelle qu'il occupera dans les Ecoles. On y a relevé des erreurs de détails, des imprécisions et des lacunes. On lui a reproché de donner souvent des exposés contradictoires, sans trancher les difficultés par des solutions nettes. Mais il constitua, au XII* siècle, le corps de théologie le plus complet que l'on connût alors, depuis V Exposition de la foi de saint Jean Damascène - ; et, malgré les imperfections de son œuvre, le Maître des Sentences, le savant qui sut rester laborieux et humble dans la chaire d'Abailard et sur le siège de saint Denis 3, a droit à une place d'honneur dans Ihisloire de l'enseignement catholique*.