De consideraiiùne, 1. II, ctp. vu
ces profonds ouvrages n'ont en vue que la contemplation des attributs les plus mystérieux de la Divinité. Saint Bernard, le premier, décrit les étapes de l'âme qui s'élève à l'union divine ; et, s'il n'atteint pas à l'admirable précision de sainte Thérèse dans la description des divers états de l'âme attirée vers les plus hauts sommets de l'amour, il en marque du moins les traits essentiels. Dans les tableaux qu'il ébauche, il est possible de reconnaître ce que les modernes appelleront : l'oraison de quiétude, la nuit de l'âme, l'union mystique, l'union parfaite, le ravissement et l'extase. Il parle de cet état tranquille, où tout repose, où « la tranquilhté de Dieu tranquillise tout », tranquillas Deus tranquillat omnia^ ; il a connu, lui aussi, la (( grande et suave blessure de l'amour », grande et suave vulnas amoris 2, Il célèbre, en des termes dont nul n'a dépassé la hardiesse et la délicate pureté, cette union intime entre l'âme et Dieu, où tout devient commun, comme entre époux, una domus, una mensa ^. Il parle de ces instants où, comme dans un éclair rapide, on entrevoit la Divinité : Divinitus aliquid raptim et veluti in velocitate corusci luminis interlucei*. Et c'est bien l'extase qu'il décrit, lorsqu'il rappelle cet état, où, toute image sensible s'étant évanouie, tout sentiment naturel ayant disparu, l'âme n'est plus sujette à la tentation et au péché. Tout y est pur, dans sa vie comme dans son amour. « C'est en vain, dit-il à ce propos, qu'on jette un filet devant les pieds de ceux qui ont des ailes 5. »
Dans la description de ces divers états, Bernard ne dissimule point qu'il parle, la plupart du temps, d'après son expérience personnelle. Mais les enseignements de cette expérience ont pu être complétés par les communications d'une âme avec laquelle il a été en rapports, Sainte sainte Hildegarde. Née en 1098, d'une famille noble et chrélieime, ■ioq8-ii-Q^. ^^^ environs de Mayence, Hildegarde est favorisée, dès l'âge de cinq ans, de visions dont le sens lui échappe d'abord, mais s'éclaircit ensuite peu à peu. D'abord simple religieuse, puis supérieure des bénédictines de Disibodenberg, elle éprouve, à partir de ii4if uo