T 1 r-. / 1 r • -'.^11 ' r\ 1 /est abandonné
1 hégémonie mondiale, r rederic se sentit abandonne, (^uand, en 11 74 , par une il fit appel au concours des grands seigneurs pour tenter une nou- grande partie velle expédition en Italie, la plupart se dérobèrent. Le plus puissant allemands, de tous, le chef de la maison des Guelfes, Henri le Lion, dont il avait fait la haute situation en Germanie pour s'assurer son alliance, lui refusa son aide. Un antipape qu'il avait fait élire en 1168, à la mort du pseudo-Pascal III, Jean de Struma, qui prit le nom de Calixte III, recueillit peu de sympathies. La campagne de Tempe- L'antipape reur en Italie ne compta que des désastres. Il attaqua sans résultats (1168) Ancône et Alexandrie. Des pourparlers engagés avec le pape, échouèrent. En 1176, les confédérés vinrent eux-mêmes attaquer l'armée impériale, et lui infligèrent à Legnano une terrible défaite. L'arniée Frédéric, à bout d'expédients, essaya en vain alors de détacher le confédérées pape de la Ligue. Alexandre refusa fièrement de trahir ses alliés et de l'Italie bat leur noble cause. Il ne restait plus à l'empereur qu'à négocier les impériale conditions de sa soumission au pontife suprême et de la liberté des à Legnano Etats italiens. Ces conditions furent réglées dans deux traités ^ ' distincts : l'un fut signé avec le pape, à Venise, le i^'' août 1177 ; le second ne fut conclu avec les Lombards qu'en juin ii83, à Constance.
Par le traité de Venise, l'empereur Frédéric I*"" reconnaissait l'au- Traité torité légitime d'Alexandre III, et promettait de rétablir sur leurs (leraoût sièges épiscopaux tous les évêques que leur fidélité au pape Alexandre ii77)-
en avait fait chasser. En retour, le pape promettait à l'antipape repentant une abbaye, et à ses prétendus cardinaux leur réintégration dans les fonctions qu'ils occupaient avant le schisme. En ce qui concerne les biens, l'empereur s'engageait à restituer tous ceux dont il s'était illégitimement emparé, mais il était autorisé à retenir encore pendant quinze ans, à titre de fief, l'héritaire de la comtesse Mathilde. Dans une solennelle assemblée de clôture, l'empereur fit publiquement la déclaration suivante : « Je reconnais que la dignité impériale ne m'a malheureusement point préservé de l'erreur. J'ai été trompé par de mauvais conseillers ; et, une fois trompé, j'ai grave- Soumission ment porté préjudice à l'Eglise, que je prétendais défendre. Je l'ai ^ empereur.
I. Hefele-Leclercq, t. V, p. 1025- 1036. — Sur les rapports du pape avec la Ligue lombarde, voir Jean de Salisbury, Epist., GGLXXXVIII, P. L., t. GXCIX, col. 389, et Liber ponlificalisy édit. Duchesi^e, t. II, p. 4i8.
4io
divisée. Je reviens maintenant dans le sein de cette Eglise. Je reconnais le pape Alexandre comme pontife suprême et comme père. Je conclus présentement la paix avec l'Eglise, avec le roi de Sicile et avec les Lombards^. » Le traité conclu en ii83 avec les Lombards devait régler les détails de cette paix. L'accord se fit sur les bases suivantes : l'empereur eut le droit de maintenir en Lombardie des représentants permanents, mais il promit de respecter les libertés municipales des cités ^«
La lulîe
religieuse
en Angleterre.
Henri II
Son portrait
et son
caractère.
Tandis qu'Alexandre III luttait contre les prétentions de l'empereur d'Allemagne, un conflit semblable avait agité l'Eglise et l'Etat en Angleterre, et s'était terminé pareillement par Thumble soumission du souverain .
Au cours de ses campagnes contre la papauté, l'empereur Frédéric Barberousse avait, à plusieurs reprises, tourné ses regards du côté de la Grande-Bretagne, espéré un secours du roi Henri II.
Quand en ii54, le jeune Henri Plantagenêt, à peine âgé de vingtdeux ans, monta sur le trône d'Angleterre, le clergé de ce pays ne fut pas sans inquiétude au sujet des libertés religieuses conquises par saint Anselme, et qu'il craignit de voir compromettre par le nouveau souverain. Ces appréhensions se fondaient sur l'entourage du prince, en particulier sur l'influence de sa mère, l'ex-impératrice Mathilde, fille et nièce de deux rois d'Angleterre qui avaient persécuté saint Anselme, veuve de l'empereur Henri VI qui avait emprisonné Pascal II. Le caractère personnel du nouveau roi, dès qu'il eut l'occasion de se manifester, justifia ces craintes.
Au physique, Henri Plantagenêt contrastait avec Frédéric Barberousse. De taille moyenne, fortement charpenté, avec ses bras musclés comme ceux d'un lutteur, ses mains calleuses, sa mise toujours négligée, il n'avait rien de l'élégance et de la majesté de l'empereur allemand. Mais, chez l'un et chez l'autre, on remarquait la même
I. Mànsi, XXII, 132. — En abordant Alexandre, sur le seuil de l'église de Saint- Marc, à Venise, l'empereur baisa les pieds du pape, comme le voulait le cérémonial traditionnel. Mais c'est une fable qu'Alexandre ait ensuite mis le pied sur la tête de Frédéric I^^" en disant : Super aspidem et basiliscum amOulabis, et conculcabis leonem et dracoiiem.
'j. Hist. (jén., t. III, p. i5i-i53.
4ll
défiance à l'égard de la puissance ecclésiastique, la même jalousie de leur suprématie, la même âpreté à la défendre. Seulement, chez Henri II, le cercle des prétentions était moins vaste ; sa politique était anglaise, et non pas mondiale. Diplomate autant que guerrier, négociateur subtil et rusé autant que brutal, le Plantagenêt mettait au service de son ambition de remarquables qualités d'intelligence pratique. On observait toutefois en lui, parmi bien des qualités incontestables, des lacunes manifestes. La hauteur des vues, la perspicacité et la finesse psychologique dans l'appréciation et dans l'emploi des hommes, fintelligence du point de vue surnaturel auquel devaient se placer les chefs de l'Eglise dans le gouvernement des âmes, lui faisaient à peu près totalement défaut.
Un de ses premiers actes fut la promotion de l'archidiacre de Cantorbéry, Thomas Becket, à la haute dignité de chancelier *. Cette nomination fut faite à l'instigation du primat de Cantorbéry, Thibaut, qui exerçait une influence personnelle considérable sur le jeune prince, et qui avait eu l'occasion d'apprécier la haute valeur de son archidiacre dans l'accomplissement de ses fonctions ^.
Thomas Becket était fils d'un Normand étabh à Londres. De Saint Thomas fortes études, commencées dans sa ville natale, poursuivies aux (m-'-ii-o). écoles de Paris, de Bologne et d'Auxerre, avaient révélé en lui un talent vigoureux. Des fonctions administratives et des missions délicates, remplies à Rome au nom de son archevêque, l'avaient forihé au maniement des affaires et des hommes. La compétence et le zèle avec lesquels il s'acquitta de ses hautes fonctions administratives, fit cix)ire d'abord au roi qu'il avait rencontré l'instrument, désiré par lui, de sa politique absolutiste. De fait, le nouveau chancelier se donnait tout entier à la défense des intérêts du roi, laissant aux évêques, représentants officiels de l'Eglise, le soin de prendre en main sa cause. Légiste consommé, financier habile, capable d'un coup de force comme d'un expédient de procédure, on le vit réprimer les brigandages, terrifier les usuriers, favoriser l'agriculture, ramener la sécurité et la prospérité dans le royaume. Magnifique,
Thomas
Becket,
chancelier
du royaume
d'ADgleterre.
I. Le chanceh'er des rois saxons et danois n'était dans le principe que leur archichapelain, qui devint, dans la suite, leur secrétaire intime, et, par là même, le dépositaire des secrets d'Etat. Cette fonction n'avait pas encore toutefois des attributions bien déterminées, Thomas Becket en augmenta l'importance par l'initiativo et la vigueur de son administration.
a. Sur la. fonction d'archidiacre au xne siècle, voir Thomassin, Ane. et nouvel^ discipline^ l'e partie, 1. II, ch. ix.
Son vraÀ caractère.
Il est,
avant tout,
l'homme du
devoir.
fastueux même dans son train de vie, l'homme d'Etat semblait parfois vouloir faire oublier l'homme d'Eglise ; le laïque, effacer le clerc.
Pourtant, chose étrange, cet homme, qui s'entourait d'un grand luxe dans sa vie publique, vivait en ascète dans sa vie privée. Il était d'une bienfaisance inépuisable envers les pauvres, d'une irréprochable reserve dans ses relations *. Appelé par le roi à intervenir dans les nominations épiscopales, il ne parut jamais guide par des vues humaines, et neproposa que d'excellents choix aumonarquc. Mais son activité infatigable dans la défense des droits et des privilèges de la couronne, trompa Henri If, qui ne vit qu'un aspect de ce caractère. Au fond, Thomas Becket était avant tout, et devait rester jusqu'à la fin de ses jours, un homme de devoir, poussant peut-être alors à l'excès la conscience du loyalisme professionnel. Sans doute aussi, à cette époque, se laissa-t-il trop entraîner par celle fièvre des affaires extérieures contre laquelle saint Bernard mettait en garde ses disciples ^. Bref, le siège de Cantorbéry et la fonction de primat du royaume étant devenus vacants par la mort de Thibaut, le roi d'Angleterre pensa qu'en les confiant à son chancelier, il trouverait en lui un serviteur complaisant pour ses vues ambitieuses. Mais Thomas, à la première avance qui lui fut faite à ce sujet, ne voulut rien laisser ignorer au roi de ses dispositions : « Seigneur, lui ditil, si vous faites cela, j'ai bien peur que votre amitié pour moi ne se change en haine ; car vous voulez, je le sais, faire certaines choses qne je ne pourrai pas supporter tranquillement ^. » Le roi ne comprit pas toute la portée de cette parole ; il tint bon, et Thomas Becket finit par céder à ses instances, appuyées par celles du légat pontifical, Henri de Pise. Sur la proposition d'Henri II, Le roi le fait les moines de la communauté de Saint-Augustin de Cantorbéry, ache^Sme ^' ^"^ revenait le droit de nommer le primat, élurent le chancelier de Cantorbéry Thomas comme archevêque de la grande Eglise d'Angleterre, et leur (3 juin ii6a). ^^^^ ^^^^ confirmé, le 3 juin 1162, par une assemblée plénière d'évêques et de hauts barons, tenue à Londres sous la présidence royale*.
1. Sur les admirables vertus d'austérité, de charité et de chasteté de Thomas Becket pendant qu'il était chancelier à la cour, voir Robbrtson, Materials for thc history of Thomas Becket, 9 vol. in-80, 1875-1885, t. IT, p. 6.
2. Non totnm te nec semper dare' actioni. (S. Bernard, De consicl., 1. I, cap. vu.)
3. A. DU Bo^s, l'Eglise et VEtat en Angleterre depuis la conquête des Normands, un vol. in-i3, Paris, 1887, p. 310 et s,