‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 247 sur 336 · I. De Trinitate, Prologus, P. L., t. CXGVI, col · texte numérisé non relu

I. De Trinitate, Prologus, P. L., t. CXGVI, col

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

par le cœur, il sait que la raison doit guider les élans de l'amour. Il exerce son intel]igence sur le mystère ; il médite, il raisonne, il argumente; il discute*. » « Dans la foi, dit-il, est le commencement de tout bien, mais dans la connaissance est la consommation de tout bien. Hâtons nous donc de passer, par tous les degrés possibles, de la foi à la connaissance 2. » Toutefois Richard ne discute pas à la manière de la plupart de ses devanciers. Il a peu de goût pour les querelles d'école. Il ne prend aucune part aux disputes qui agitent la montagne au pied de laquelle est bâti son monastère ^. Il connaît les Pères grecs et latins, mais il ne cite jamais un auteur dans ses ouvrages. Ce procédé s'explique par sa nature mystique. On diraitque toutce qui est érudition devient pour lui, quand il médite, comme un poids qui gêne l'élan de sa pensée. Ces caractères se rencontrent surtout dans son traité de la Trinité, « si court à lire, si long à méditer /^ ». Sa conception du dogme de la Trinité est originale. Elle est fondée sur l'analyse de l'amour. L'amour est ce que nous concevons de meilleur dans un être. Dieu est essentiellement amour. Mais s'aimer soi-même, ce n'est pas vraiment aimer. Aimer un autre d'un amour exclusif, sans s'unir à lui pour aimer un troisième, sans permettre qu'un troisième l'aime en même temps que nous, c'est mélanger son amour d'égoïsme. L'amour pur et désintéressé comporte la trinité. Mais cet amour, tout en accusant la personnalité des trois êtres, implique entre eux une fusion de ce qu'ils ont de plus profond, fusion qui, poussée à l'infini, doit aboutir à l'unité de substance ^. Ce résumé succinct peut donner une idée de la manière du grand victorin. Ses démonstrations sont plutôt- faites pour être méditées que pour être discutées. Il est plus facile d'en sentir la force que d'en exposer la trame. Elles ne passeront pas, comme celles de saint Thomas d'Aquin, dans l'enseignement classique. Mais les âmes amies de la réflexion silencieuse et de l'analyse psychologique

Son traité De Trinitate,

Son mysticisme.

I. Th. DE Régnon, Etudes de théol. poslt. sur la Trinité, t. II, p. 236. a. De Trinitate, Prologus, P. L., loc. cit.

3. Quelques arcades ogivales, existant encore aujourd'hui dans la cour du n° ao de la rue Guvier, sont tout ce qui reste de l'antique ahbaye. Voir M. DE RociiEGUDE, Promenudes dans toutes les rues de Paris, V arrondissement, un vol in-i2, Paris, 1910, p. ii3.

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