Dom GuÉRANGER, Année liturgique, Noël, t. I, p
A. P. Lejay, les Traités attribués à Adam de- Saint-Victor, dans la Rev. d'hist. et de litt. rel., t. IV, p. 161 et s., 288 et s.
5. Eugène Misset, Essai philol. et litt. sur les œuvres poétiques d'Adam de Saint Victor, Paris, 1881.
6. Léon Gautier, OEuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor, a vol. in- 16, Paris, i858, t. I, p. IX.
l'organisation de i,a chrétienté 425
canlilène, le rythme et la tonalité sont déjà presque entièrement ceux d'un autre art ' ».
Est-ce à dire que ce mouvement mystique, si opportunément op- Point faible pose par FEcole de Saint-Victor au faux mysticisme des sectes mani- ^ ^^^^ ° chéennes, fût lui-même exempt de tout danger ? Nullement. Des Saint- Victor, membres de cette école en exagéreront les tendances. « De l'imperfection de la raison, écrira Acliard de Saint-Victor, procède la perfection de la foi. » Et l'abbé Absalom s'écriera, avec plus d'exagération encore : « On arrive à connaître la cause des causes, non pas en philosophant, mais en vivant bien... L'Esprit de Dieu ne peut régner là où domine l'esprit d'Aristote^. »
Alexandre III, vainqueur de Barberousse et d'Henri II, put donc,
avant de mourir, constater que tout péril n'était pas écarté de l'Eglise.
A Rome même, dans cette démocratie qui s'était ralliée un moment
à lui pour combattre l'empereur, il trouva de lâches abandons. Peu Alexandre lîl,
après le concile de Latran, il était chassé de Rome et mourait en , c asse ' ^ ^ de Konrie,
exil à Givita-Gastellana, le 3o août 1181. Son épitaphe l'appela à meurt en exil, juste titre « la lumière du clergé, l'ornement de l'Eglise, le père de ^o août
la ville et du monde » .
Les cinq papes qui se succédèrent de 1181 à 1198, Lucius III, Vue
Urbain III, Grégoire VIII, Glément III et Géiestin III, furent des ^'ensemble
° ^ ^ , , sur la période
pontifes vénérables ; mais le premier et le dernier étaient des vieil- de transition
lards, les trois autres ne régnèrent que peu de temps. Ge qu'on peut .^"^ ^Tfi^^f
dire d'eux, d'une manière générale, c'est que, ayant à gouverner d'AlexandrcIII
l'Earlise au miUeu de difficultés de toutes sortes, ils ne laissèrent pas „, .Vtt
,,.,,. . . -, , . , d Innocent III.
dépérir l'héritage d'Alexandre III, et permirent à la chrétienté
d'attendre, sans grave dommage, le grand pontificat restaurateur
d'Innocent III. Quatre faits doivent être particulièrement remarqués
durant cette période : la première organisation de l'Inquisition, par
Lucius III et Frédéric PS en 11 84 ; deux expéditions en Orient,
1. A. Gastoué, l'Art grégorien, Paris, 191 1, p. 97. ^ oir le recueil de ces mélodies dans Hild. Prévost, Recueil complet des séquences d'Adam le Breton, Ligugé,
2. Voir d'autres citations dans Hauréau, Hist. de la phil. scol., t. I, p. 5o5 et s. l. II, p. I, 69-70. Cf. M. DE WuLF, Hist. de la phil. médiévale, p. 221-222.
HISTOli'.E GENF.RA.LE DE L EGLISE
Lucius III
|iei" septembre
novembre
ii85).
Ses difficultés
avec
la population
de Rome
et avec
Tempereur
Frédéric 1er.
SOUS Clément III et Gélestin III, et la lutte que ce dernier pape eut à soutenir contre les injustes prétentions de l'empereur Henri VI.
Ubald Allucingoli, cardinal-évêque d'Ostie, qui fut élu pape le i^"" septembre 1181 sous le nom de Lucius III, appartenait à une illustre famille de Lucques. Son expérience des affaires, qu'il avait montrée dans plusieurs missions importantes, remplies en France, en Sicile et auprès de l'empereur Frédéric P^, la conformité de ses vues avec celles de son prédécesseur, réunirent rapidement sur son nom les suffrages de ses collègues. Mais son grand âge et ses longs travaux avaient épuisé ses forces. Pendant son court pontificat, qui dura quatre ans seulement, il dut faire face à de graves difficultés, qui lui vinrent à la fois de la population de Rome, de l'Orient, de l'empereur Barberousse et des sectes hérétiques. L'effervescence populaire, qui avait déjà obligé son prédécesseur à quitter Rome, ne lui pej-mit pas de s'y maintenir. Il eut la douleur de voir plusieurs clercs de sa suite horriblement maltraités par les émeu tiers, qui leur crevèrent les yeux. Il dut se fixera Vérone, et diriger de là les affaires de l'Eglise. Il y reçut, peu de temps après, une ambassade des chrétiens d'Orient, réclamant son appui contre les vexations des Turcs. Le j)ape l'adressa au roi d'Angleterre, Henri II, qui, en expiation du meurtre de Thomas Becket, avait promis de se croiser ; mais la démarche demeura sans résultat. L'empereur d'Allemagne, depuis la paix de Venise, semblait avoir renoncé à toute politique de conquête, mais son absolutisme, circonscrit aux limites de la Germanie, ne s'était guère adouci. Non seulement le pape ne put aucunement compter sur lui pour la protection de son autorité dans Rome, et pour la défense des chrétiens d'Orient, mais il eut à combattre les prétentions de Frédéric, à nommer de son propre chef l'archevêque de Trêves, à conserver indéfiniment l'héritage de la comtesse Mathilde, à confirmer dans leurs pouvoirs les prélats institués par les antipapes, et à faire couronner empereur, de son vivant, son fils Henri. Dans une série de conférences que le pape et l'empereur eurent à Vérone, en octobre et novembre 11 84, ce dernier dut céder sur les deux derniers points. La solution des deux autres questions fut renvoyée à une date ultérieure.
Un acte d'une plus haute portée fut rédigé au cours de ces négociations de Vérone. Lucius et Frédéric, en politiques perspicaces qu'ils étaient l'un et l'autre, ne pouvaient se faire illusion sur le grand danger que les sectes néo-manichéennes faisaient alors courir
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
à l'Eglise et à la société. Une nouvelle période semblait s'ouvrir dans leur développement. Conscientes de leur force au milieu des divisions de la chrétienté, « elles formaient maintenant une communion à laquelle elles donnaient audacieusement le nom d'Eglise. Quoique indépendantes les unes des autres, elles avaient entre elles des relations suivies et fréquentes, soit pour propager leurs croyances, soit pour resserrer leur lien d'unité* ». Après en avoir mûrement délibéré avec Frédéric 1*^'", « le pape Lucius III réunit à Vérone une nombreuse assemblée, comprenant, avec lui, l'empereur, des patriarches, des archevêques et un grand nombre de princes venus de toutes les parties de l'empire. Avec leur concours, et surtout avec celui de l'empereur Frédéric, le pape Lucius III promulgua, le 4 novembre ii84, une constitution « contre les cathares, les patarins, ceux qui s'appelaient faussement les humiliés et les pauvres de Lyon, les passagiai, les josephini, les arnaldlstae ». Cette constitution était beaucoup plus précise que toutes celles qu'avaient jusqu'ici édictées les papes et les conciles, et elle demeura longtemps en vigueur, car Grégoire IX la fit plus tard entrer dans les Décrétales. Elle excommuniait, avec les hérétiques, ceux qui les protégeaient, avaient reçu d'eux le Consolamentum ^, se disaient croyants ou parfaits. Ceux d'entre eux qui seraient clercs se verraient dégradés, dépouillés de leurs charges et de leurs bénéfices *et livrés à la puissance civile pour être punis par elle. Les laïques seraient livrés de la même manière et pour le même objet au bras séculier, surtout s'ils étaient relaps. Tout archevêque et évêque devrait inspecter soigneusement, en personne ou par son archidiacre ou par des personnes de confiance, une ou deux fois l'an, les paroisses suspectes, et se faire désigner sous serment par les habitants les hérétiques déclarés ou cachés. Ceux-ci devraient se purger par serment du soupçon et se montrer désormais bons catholiques. S'ils refusaient de prêter le serment ou retombaient ultérieurement dans l'erreur, l'évoque les punirait. Les comtes, barons, recteurs, consuls des villes et autres lieux, devraient prêter serment d'aider l'Eglise dans cette œuvre de répression, sous peine de perdre leur charge, d'être excommuniés et de voir l'interdit lancé sur leurs terres. Les villes qui résisteraient
Audace
croissante
des sectes
hérétiques.
Le nco-
manichéi':n;c
se constitue
en Eglise.
Organisation
de
l'Inquisition
épiscopale
par le pape
Lucius III
(ii84).
Le pape
ne demande
pas seulement
la punition,
mais
la recherche
[inquisilio)
des hérétiques.