I1efei.e-Leglercq, V, ii34-ii
2. On appelait ainsi l'initiation cathare. Sur le consolamentum, voir J. Guiraud, d^us VAlbigéisme languedocien au XI V^ sièclCf introduction du CarLulaire de N.-D. de Prouille, 2 vol. in-4°, Paris, 1907.
sur ces points aux ordres des évêques, seraient mises au ban de toutes les autres ; aucune ne pourrait commercer avec elles. Quiconque recevrait chez lui des hérétiques serait déclaré infâme à jamais, incapable de plaider, de témoigner et d'exercer une fonction publique. Enfin les archevêques et évêques devraient avoir toute juridiction en matière d'hérésie et être considérés comme délégués apostoliques par ceux qui, jouissant du privilège de l'exemption, étaient placés sous ]a juridiction immédiate du Saint-Siège. Cette (( On a remarqué avec raison que « cet édit était le plus sévère
LT.^^rZ q^i ^ût encore été fulminé contre l'hérésie^ ». En effet, on ne se II évêques. contentait pas de frapper les hérétiques qui étaient surpris et ceux qui leur assuraient la liberté ; on les recherchait. Bien plus, cette recherche était organisée et confiée au zèle des évêques, qui en étaient responsables. Tout hérétique ainsi découvert devait abjurer, sous peine d'un châtiment que l'autorité civile devait infliger. L'obstination dans l'hérésie, la complicité avec l'hérésie, n'étaient pas seulement des fautes de conscience, tombant uniquement sous des sanctions spirituelles ; elles devenaient des crimes réprimés par des pénalités temporelles graduées. A vrai dire, c'est l'Inquisition qui était établie par cette constitution de 11 84, non pas encore l'Inquisition pontificale qu'exerceront, au nom du Saint-Siège, des inquisiteurs appartenant le plus souvent à des ordres religieux, mais l'Inquisition épiscopale, dont devra s'acquitter l'évêque dans chaque diocèse, en vertu de ses attributions ordinaires de défenseur et de gardien de la foi ^. Cette date de iiS/i marque donc une étape importante dans l'histoire de la répression de l'hérésie ^. »
1. Lea., Hist. de V Inquisition, trad. S. Reinach, t. I, p, i3i.
2. On peut distinguer cinq formes difTérentes d'inquisition : 1° l'inquisition épiscopale, instituée en 1184 par i'édit de Lucius III ; 2** l'inquisition l(^gatine, organisée en 11 98 par Innocent III, qui la confia aux cisterciens ; 3o l'inquisition monacale, réglée par le décret du i3 avril I233 de Grégoire IX, qui la confia aux dominicains ; 4"* l'inquisition romaine, établie en i5l\2 par Paul III ; 5o l'inquisition espagnole, devenue un instrument d'unification nationale et d'absolutisme royal.
3. J. GuiRAUD, au mot Inquisition dans le Dict. apol. de la fol cathoL, t. II, col. -833. « En jetant un coup d'œil d'ensemble sur les mesures qui ont préparé cette constitution de i î84, au cours du xii^ siècle, on peut affirmer : i» que, répugnant d'abord aux peines temporelles et s'en tenant aux spirituelles, l'Eglise n'a soumis qu'à la fin du xii' siècle l'bérésie à des châtiments matériels ; 2° qu'elle a été amenée à cette recrudescence de sévérité par la pression qu'ont exercée sur elle, non seulement des rois pieux et soumis à sa direction, tels que Louis VII, mais encore des princes en révolte fréquente contre elle, tels qu'Henri II d'Angleterre et l'empereur Frédéric Barberousse ; 3» et que. dès lors, l'Inquisition a été presque universellement pratiquée par l'autorité civile avant d'être établie par une décision ecclésiastique » (J, Guiraud, op. cit., col. 834).
l'oRGAMSVTION de LjV CHluVlIENTÉ 429
Le jour même de la mort de Lucius îIL le 25 novembre ii85, Urbain III 1 . 1 T T • 1 • ' 1 1' u^ (2Ô novembre
le vote unanime des cardmaux désigna, pour lui succéder, 1 arche- nSS-ao
vêque de Milan, Ilumbert Grivelli, dont la famille avait eu beaucoup octobre 1187).
à souffrir de la part de l'empereur. Le nouveau pape prit le nom
d'URBAiN in. La promptitude et l'unanimité de ce vote fuient
regardées comme une démonstration d'hostilité envers le souverain
allemand. Il est possible, en effet, que les cardinaux aient voulu
manifester par là leur désir d'une politique plus combattive, à
l'égard de l'empereur, que celle du pontife défunt. Quoi qu'il en soit,
l'irritation du monarque ne tarda pas à se manifester. Le nouveau
pape y répondit par des mesures énergiques, et les deux ans de son
règne ne furent qu'une lutte presque sans trêve entre les deux
pouvoirs.
Le 27 janvier 1186, Frédéric fît célébrer à Milan, dans le plus Son pontifical
j .1 • 1 • PI TT • 1 • ^ est une lutte
grand apparat, le mariage de son jeune tils Henri avec la princesse ^^^^ ^^^^.^
Constance de Sicile. Son but politique était évident. Constance contre
avait dix ans de plus que son mari et était fort laide, mais elle je Pempereur*
était l'unique rejeton de la famille de Robert Guiscard. Par elle, d Allemagne.
Tempire pourrait s'annexer l'Italie du sud et préparer la voie à la
domination des Hobenstaufen dans la péninsule. Le pape répondit
en suspendant de ses fonctions le patriarche d'Aquilée, qui, assistant
aux noces, avait conféré la couronne lombarde au roi Henri. Le
i^^'juin, il trancha brusquement le conflit, resté en suspens, au
sujet de l'archevêché de Trêves, en consacrant de ses propres mains
le compétiteur du candidat impérial *. Il prolesta amèrement contre
l'usurpation de Frédéric, qui usait des biens de la comtesse Malhilde
comme de sa propriété. De son côté, l'empereur ferma les passages
des Al[ es, pour empêcher toute communication du Saint-Siège avec
l'épiscopat allemand, et son fils Henri envahit les Etats de l'Eglise,
qu'il ravagea sans merci. Mais tant d'agitations et de soucis avaient
ruiné la santé du pontife. Au marnent où il se disposait à lancer
l'excommunication contre l'empereur, il mourut subitement à
Ferrare, le 20 octobre 1187.