‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 251 sur 336 · I. Watterigh, II · texte numérisé non relu

I. Watterigh, II

Grégoire VIII

(21 octobre

décembre

L'élection de son successeur se fit le lendemain de sa mort. Le choix des cardinaux se porta sur le chancelier de l'Eglise romaine, le cardinal-prêtre Albert de Moras, originaire de Bénévent, qui prit le nom de Grégoire VIIL La tension excessive des rapports de l'Eglise avec l'empire porta les cardinaux à choisir, cette fois, un homme pacifique, propre à préparer une réconciliation entre les deux puissances. Les anciennes relations que le nouveau pape avait eues avec l'empereur le rendaient apte à cette tâche ; il s'y donna tout entier. La prise de Jérusalem par Saladin, dont la nouvelle était parvenue en Italie la veille même de son élection, dictait au pape une seconde mission : l'organisation d'une nouvelle croisade. Mais Grégoire VIII eut à peine le temps de mettre la main à ces deux grandes œuvres. Clément III II mourut le 17 décembre 1187^. Son successeur, Paul Scolari, iiS^-iSmars Romaiû de naissance, élu le 19 décembre sous le nom de CléiiqO* ment III, reprit sa politique et en recueillit les fruits. Non seulement il parvint à terminer par des transactions les principaux conflits qui divisaient le Saint-Siège et l'Empire, mais il réussit à mettre fin à l'exil de la papauté. Plus heureux que ses deux prédécesseurs, il put rentrer dans Rome et y résider en paix jusqu'à sa mort. Cette œuvre de pacification s'imposait au moment où une nouvelle croisade devenait nécessaire et demandait l'union de toutes les forces vives de la chrétienté.

La troisième croisade.

La prise de Jérusalem par Saladin, le 2 octobre 1187, n'était que le dernier désastre d'une campagne où tous les Etats chrétiens de 1 Orient venaient de succomber. La première moitié du xii® siècle avait été pour ces Etats une époque de prospérité. Vers le milieu du siècle, de ii58 à 1167, des alliances, contractées entre plusieurs princes chrétiens et divers membres d& la famille impériale de Gonstantinople, semblèrent assurer la stabilité de leurs royaumes 2.

1. Sur Grégoire VIII, voir G. Kleemanîj, Papst Gregor VIII, broch. in-8, Bonn, 1912, et Van der Essen dans la Rev. d lùst. ecclés., t. XIV, 1910, p. 699-602.

2. En II 58, le roi de Jérusalem, Baudouin III, épouse une cousine de Manuel Gomnène, la princesse Théodora ; le 25 décembre ii65, Manuel Gomnène luimême s'unit, en secondes noces, à une fille de Raymond d'Antioche ; en 11 67, l'empereur marie une de ses sœurs au roi de Jérusalem, Amaury, successeur de Baudouin III.

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

Mais « le manque de cohésion entre les Etats chrétiens, l'absence d'une autorité suprême incontestée, la faiblesse des secours envoyés ' d'Occident, permirent aux ennemis qui entouraient les colonies chrétiennes d'en préparer les ruines ^ ».

Limités au nord par l'empire d'Orient, qui avait imposé sa suzeraineté à Antioche, et par les « atabeks » de Mossoul, qui tenaient la principauté d'Edcsse, les Etats chrétiens ne s'étaient pas sentis jusque-là sérieusement menacés du côté du sud et de l'est. La situation changea quand l'atabek de Mossoul, Nour-ed-Din, entreprit d'étendre sa domination sur l'Egypte, et surtout quand, par suite d'événements qu'il nous paraît inutile de raconter, la domination de l'Egypte passa entre les mains d'un de ses généraux, Schirkouh, et enfin du neveu de celui-ci, Salah-ed-Din ou Saladin, qui, après avoir soumis peu à peu la Syrie et la Mésopotamie, prit le titre de sultan. Les Etats chrétiens se trouvèrent désormais enfermés dans un cercle d'ennemis. C'est alors que des appels furent faits par le roi de Jérusalem, Amaury, à Louis le Jeune, à Frédéric Barberousse, à tous les souverains de l'Europe ; mais ces appels n'obtinrent aucune réponse favorable. Malheureusement, les dissensions intestines, loin de s'apaiser, augmentèrent 'entre les princes chrétiens d'Orient. Après la mort d'Amaury, en 1178, deux partis, celui du comte de Tripoli et celui de Guy de Lusignan, se disputèrent le pouvoir. Saladin, général énergique et habile, inspiré par un ardent fanatisme religieux, profita de ces divisions. Il avait des plans gigantesques ; il rêvait de détruire toutes les chrétientés d'Orient et même d'attaquer l'Occident.

En 1187, on put croire que ce rêve allait se réaliser. Prenant occasion du pillage d'une caravane par un seigneur chrétien, Renaud de Ghâtillon, le sultan Saladin fit proclamer la guerre sainte en Mésopotamie, en Syrie, en Egypte, et envahit le royaume de Jérusalem. L'armée chrétienne fut défaite en une grande bataille, près de Tibériade. En quelques semaines, toutes les villes du royaume se rendirent, excepté Jérusalem et Tyr. Saladin vint diriger en personne le siège de la Ville sainte, qui, à la première brèche, capitula. Le sultan, entré dans la ville le 2 octobre 1187, fit abattre les croix, briser les cloches, purifier les mosquées avec de l'encens. L'œuvre de plus d'un siècle sembla perdue.

Affaiblissement des principautés chrétiennes de rOrieiit.

Accroissement

de

la puissance

du sultan

d'Egypte.

Avènement de Saladin.

Ses rêves ambitieux.

Chute

de Jérusalem

(2 octobre

1. L. BuiîmER, au mot Croisades, dans le Dict, apol. de la foicath.y t. I, col. 8aa,

HISTOIRE GE:NERALE de L EGLISE

Clément ÎTI

fait un appel

à tous

les princes

et à tous

les peuples

chrétiens

pour une

nouvelle

croisade.

La <( dîme saladine »,

Importance

exceptionnelle

de l'expédilion

projetée.

Le pape Clément III se donna la mission de la sauver. Déjà son prédécesseur, Grégoire YIII, avait pris les premières mesures. Des jeûnes et des prières publiques avaient été prescrits à toute la chrétienté ; des lettres avaient été adressées à tous les princes chrétiens ; la Trêve de Dieu, proclamée pour sept ans K Le moment était, en elTet, venu de laisser tomber toutes les querelles pendantes entre les Etats catholiques. Clément III donna l'exemple, en proposant une réconciliation à l'empereur, par l'offre de tous les sacrifices compatibles avec les droits essentiels de l'Eglise. Les peuples et les rois de l'Europe marchèrent sur ses traces. Le 21 janvier 1188, Philippe- Auguste et Henri II Plantagenêt, en lutte ou^erte, se donnèrent le baiser de paix sous l'orme de Gisors. Le roi de Sicile et l'empereur byzantin déclarèrent oublier leur vieille rivalité. Venise fit la paix avec la Hongrie. Pise et Gênes promirent au pape Clément III de mettre fin à leurs perpétuels conflits. L'archevêque de Cologne et les princes allemands qui avaient combattu l'empereur, jurèrent de renoncer à leurs rancunes. Jamais les princes chrétiens n'avaient, montré un accord aussi unanime ; jamais les peuples n'avaient manifesté une union plus intime avec leurs souverains. Tous ceux qui ne devaient pas prendre la croix offrirent, pour subvenir à l'expédition de Terre Sainte, la dixième partie de leurs revenus et de leurs biens meubles ^. C'est ce qu'on appela, du nom de l'ennemi que l'on allait combattre, la a dîme saladine ». Il est vrai que, du côté adverse, la guerre prenait aussi un caractère plus général. Dans les deux premières croisades. « les chrétiens n'avaient eu affaire qu'à des tronçons d'Etats, séparés les uns des autres par des jalousies politiques et religieuses ; ils avaient maintenant devant eux un chef que la prise de Jérusalem avait couvert de gloire dans le monde musulman et qui disposait à la fois des forces de l'Egypte et de l'Asie. Contre les chrétiens, il venait de faire prêcher la guerre sainte et d'organiser une contre-croisade ^. » Le Turc tenait la Ville sainte sous son joug ; l'infidèle s'était emparé de la vraie Croix. La guerre prenait les proportions d'un duel à mort entre la Chrétienté et l'Islam.

Malheureusement les inimitiés entre les princes chrétiens, un moment assoupies, allaient renaître et empêcher le succès complet

I. A'^oir les lettres de Grégoire VIII dans Ma.nsi, XXII, liig, 627, 53i, 619. 3. Ma>si, XXII, 576.

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