Adhémar, HisL, t. III, 35 ; P. L., t. GXLI, col
3. Gerbert, ép. 97, édit. Olleris, p. 54. Sur les origines delà Trêve de Dieu, voir Retue d'Hist. ecclés., t. XIV (i9i3), p. 35o-354.
A. P. L., t. GXXXVII, col. 854 856. Gt. P. Viollet, Hist. des instit. pol. et adm de la France, in 8°, Paris, 1893,1. II, p. i43.
5. C'est bien, en effet, la première fois que l'on rencontre cette expression de Treuga Dei, Trè\e de Dieu. Mais, au fond, est-ce bien de la Trêve de Dieu, telle qu'elle a été comprise plus tard, telle que nous l'entendons communément, qu'il s'agit ici, dans ces conciles de Garroux, de Limoges, du Puy, comme dans la lettre de Jean XV au roi Ethelred ? Il ne paraît pas. Jean XV demande un traité de paix au nom du Dieu de paix, et les conciles ne font que rééditer, avec plus d'insistance, les plaintes déjà entendues et les mesures déjà prises par des conciles antérieurs. Voyons plutôt dans ces documents des préliminaires de la Trêve de Dieu.
Saint Bernard
de Menthon
fonde le Grand
et le Petit Saint-Bernard.
Conversion
dut tsar Vladimir l*'»^
Avènement
en France
de la dynastie
des Capétiens.
rons d'Annecy, Bernard de Menlhon, archidiacre d'Aoste, témoin, dans ses courses apostoliques, des dangers que les pèlerins d'Angleterre, de France et de Germanie avaient à courir en allant à Rome au milieu des neiges et des glaciers des Alpes, fonda, sur la cime des Alpes Pennines, entre le Valais et la vallée d'Aoste, et au sommet des Alpes alors appelées Alpes grecques ifiraise), entre la Savoie et levai d'Aoste, les deux célèbres monastères du Grand et du Petit Saint-Bernard, dont il fut le premier supérieur et où il mourut en 1008, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
Jean XV eut enfin le bonheur de voir sous son pontificat deux événements d'une grande importance au point de vue de la civilisation générale et de l'avenir du christianisme : la conversion complète des Russes à la foi chrétienne et l'avènement en France d'une dynastie qui devait donner à l'Eglise plusieurs de ses plus dévoués défenseurs.
La foi chrétienne avait été prêchée en Russie dès le siècle précédent, et y avait fait de nombreux adeptes. Mais au milieu du x* siècle, les chrétiens y étaient encore durement persécutés par le pouvoir. Le tsar Wladimir, surnommé le Grand ou le Saint, qui régna de 980 à 10x5, fut le premier chef chrétien de l'empire russe. Cette grande nation devait malheureusement subir l'influence de Gonstantinople, la suivre dans le schisme de Michel Cérulaire, et, tout en gardant la foi au Sauveur Jésus-Christ, se séparer de son ministre ici-bas, le souverain pontife.
Il en devait être autrement de la monarchie qui se fonda en France, l'an 987, avec Hugues Capet. Des historiens ont vu dans l'avènement de la troisième dynastie des rois de France une victoire de la nationalité française. Sous cette formule, l'assertion paraît trop absolue. Les Mérovingiens et les Carolingiens furent des Français aussi bien que les Capétiens. Mais les Mérovingiens n'avaient pu former dans le pays franc une centralisation durable, et les Carolingiens avaient embrassé un objet bien plus vaste : la restauration de l'Empire d'Occident. La désagrégation decet Empire, sous les coups des pirates du Nord et des Sarrasins, détermina le premier développement d'une organisation nouvelle, l'idée d'une royauté franque, capable à la fois de donner à la nation cette cohésion que la race de Mérovée n'avait pu lui procurer, et de défendre, dans un cercle plus restreint mais plus solide, les frontières que les descendants de Charlemagne avaient laissé déborder. Depuis un siècle, depuis la mort
LE PROTECTORAT IMPERIAL
de Charles le Gros, en 887, une maison s'était montrée à la hau- ^ . .
. . . Ungines
teur d'une pareille mission. Originaire d'Allemagne, et se ratta- de U nouvelU chant au fameux Witikind suivant les uns, pure de toute alliance dynastie, étrangère suivant les autres ^, ses exploits guerriers, ses vastes possessions, l'avaient élevée au premier rang. D'elle étaient sortis des hommes héroïques qui, tels que leur premier ancêtre, Robert le Fort, défendant la France contre les Normands, et Eudes, son fils, sauvant Paris de la ruine, avaient, au milieu des bouleversements intérieurs et des invasions barbares, assuré la paix dans les villes, dans les monastères, dans le pays tout entier. Trois de ses membres avaient reçu le titre de roi, mais de chacun d'eux on avait pu dire ce que le moine Gerbert écrivait en 996 de son dernier rejeton, Hugues, surnommé Gapet : « Il est roi en réalité. Le Carolingien, le roi Lothaire, ne l'est que de nom *. » Les Carolingiens, en effet, presque entièremecl dépouillés de toute puissance territoriale, en un temps où toute autorité reposait sur la terre, sentaient leur échapper peu à peu tout pouvoir. Enfin, et ceci fut la cause déterminante qui acheva la chute de la dynastie ancienne et l'avènement de la nouvelle, l'Eglise de France, par la voix de son plus puissant évêque, Adalbéron de Reims, et de son plus illustre moine, Gerbert, se prononça pour la cause de Hugues 3. « Tout concourut donc à assurer l'élévation du personnage qui, en fait, se trouvait être le véritable représentant de la nation des Francs occidentaux, le seul
Intervention
d'A.dalbéron
et de Gerbert,
I. On peut concilier ces deux opinions, en supposant, avec M. Luchaire, que « les alleux robertiniens n'étaient, en réalité, que des bénéfices conférés, comme tant d'autres, sur l'ordri de Gharlemagne, au chef d'une de ces familles saxonnes que le roi franc avait fait transplanter en si grand nombre dans l'intérieur du pap gaulois, où elles se seraient alliées avec les plus puissantes familles de la réf^ion. » (A. Luchaire, Hist. des institutions monarchiques de la France, 2 vol in-S» Paris, 1891, l.I, p. 3.)
a. A. Olleris, Œuvres de Gerbert, un vol. in 4*. Glermont-Ferrand et Paris. 1867, lettre XLVIIl, p. 82. '
3. Des historiens ont, à propos de la conduite d'Adalbéron et de Gerbert à cette occasion et dans leurs rapports avec lEmpire germanique, incriminé leur patriotisme. Voir les réponses à ces imputations diverses dans Sbpet. Adalbéron, lEglise de Reims et l'avènement de la monarchie capétienne {la France chrétienne dans l'histoire, Paris, 1896, p. 1 19-132), et dans Ulysse Chevalier, Gerbert, le premier pape français {la France chrétienne, p. i^^-i^-j). C(, F. Lot, les Derniers Carolingiens, p. 289-2 '42. Disons seulement, avec M. Batet {Hist. de France de Lavisse, t. Il] 2* partie, p. 4 1 3), qu' « invoquer la nationalité en cette occasion, c'est attribuer aux hommes du x« siècle les sentiments d'autres époques et dénaturer l'histoire», et, avec M. F. Lot {op. cit., up. 24o), qu' « à la fin du xe siècle, les évoques et quelques savants clercs, les seuls qui eussent quelque pensée politique, ne voyaient pas dans la domination des Ottons un empire allemand, mais la continuation pure et simple de l'empire romain chrétien fondé par Constantin.
Hist. gén. de l'Eglise. — IV 4
Sacre
d'Hugues
Capet
(3 juillet 987).
Décadence
de la dynastie
impériale.
Intrigues deTLéophano,
Crescentius le Jeune à Rome.
capable de diriger ses destinées et de la défendre centre TétraDger ^ » Dans une assemblée des grands du royaume, tenue à Compiègne en 987, Hugues Capet fut élu roi. Il fut couronné et sacré le 3 juillet de la même année, probablement à Noyon ^. Telle fut l'origine de la dynastie capétienne, qui devait donner au Moyen Age le plus saint de ses rois, le plus ferme et le plus sage des défenseurs de l'Eglise, saint Louis.
L'avènement de cette dynastie en France coïncidait avec une décadence de la dynastie impériale en Allemagne. Le règne d'Olton II n'avait pas égalé celui d'Otton le Grand, et Otton III allait se montrer inférieur à son père.
Au lendemain de la mort d'Otton II, l'impératrice Théopbano, exclue de la tutelle de son fils, s'était rendue à Pavie auprès de sa belle-mère sainte Adélaïde 2. Les deux princesses, réconciliées un moment, avaient mêlé leurs larmes. Au fond, l'ambitieuse Théopbano, écartée du gouvernement, cherchait un appui pour ses intrigues. Elle fut déçue. Moins que jamais la pieuse Adélaïde, en qui l'exil n'avait fait que confirmer les vertus simples et droites qu'elle avait pratiquées jusqu'alors, n'était décidée à se prêter à de pareils projets. Théophano se dirigea alors vers Rome.
L'ancien rival de l'empereur, Crescentius, venait d'y mourir *. Mais il laissait un fils, appelé aussi Crescentius, qui avait repris hardiment le titre de « patrice des Romains ». « Il y a lieu de croire que l'impératrice s'entendit avec lui et ne lui contesta pas son patriciat 5. » De son côté, Crescentius ne paraît pas lui avoir disputé le titre de souveraine, qu'elle prenait à Rome. Son but, disait-elle, était de maintenir l'autorité du Saint-Empire sur la péninsule italique. Dans les chartes de ce temps-là, on rencontre le nom de Crescentius, patrice, et celui de Théophano, qualifiée d'impératrice des Romains ^.
Cependant le régent Henri de Bavière, à force de mécontenter les seigneurs par ses prétentions insolentes, avait dû se retirer devant
I. A. LucHAiRE, Hist. des inst, monarch, de la France, t. I, p. 20. a. Julien Havet, les Couronnements des rois Hugues et Robert, dAiis \d, Revue historique, 1891, t. XLV, p. 290.