Ibid
LE PROTECTORAT IMPÉRIAL 5l
une coalition des féodaux. Adélaïde et Théophano revinrent prendre leur place auprès du jeune empereur, l'une pour l'édifier par sa sainteté, l'autre pour le jeter dans les plus folles entreprises.
Sur ces entrefaites, au mois d'avril 996, le pape Jean XV mourut. Peu de temps avant sa mort, lassé des agissements de Crescenlius, il avait invité l'empereur à se transporter à Rome. Otton s'était mis en route aussitôt. Il était à Pavie quand il apprit la mort du pape.
L'empereur d'Allemagne comptait alors seize ans à peine, a Son ^^^°^ ^^V règne devait être court, triste, plein de brillantes promesses qui ne furent pas remplies ^ » Il avait eu pour précepteur l'illustre Gerbert, qui lui avait appris quels sont les devoirs d'un monarque chrétien ; mais, par sa mère Théophano, il s'était pénétré des traditions absolutistes de Byzance. « Il caressait le projet, à l'occasion Ses vues du millénaire solennel de la fondation du christianisme auquel on allait atteindre, de rajeunir la majesté de Rome, d'en refaire encore la capitale d'un empire du monde, victorieux comme celui de Trajan, despotique comme celui de Justinien, sacré comme celui de Constantin. Son jeune esprit de visionnaire était trop ébloui par les magnifiques créations de son imagination pour voir le monde tel qu'il était : l'Allemagne grossière, l'Italie inquiète, Rome agitée par les factions *. » On raconte qu'avant de se mettre en voyage pour la Ville éternelle, il s'était rendu à Aix-la-Chapelle, qu'il y avait fait ouvrir le tombeau de Charlemagne, qu'il avait contemplé le grand empereur assis sur un trône de marbre, revêtu de sa robe et de sa couronne, et que, touchant la main du mort, détachant de son cou la croix d'or, il s'était fait donner, pour ainsi dire, l'investiture de l'Empire par celui qu'il considérait comme son grand précurseur.
Parvenu à Ravenne, Otton reçut une ambassade qui se présentait à lui au nom des princes romains et de tout l'ordre sénatorial. « Les princes, dit l'auteur contemporain qui a écrit la vie de saint Adalbert, manifestaient la douleur qu'ils éprouvaient de la mort du