‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 264 sur 336 · Cité par Luchaire, p. i4i · texte numérisé non relu

Cité par Luchaire, p. i4i

2. Le sac de Béziers fut un très regrettable fait de guerre, dont la responsabilité remonte en partie aux seigneurs placés à la tête de l'armée du nord, qui voulurent frapper l'imagination des populations méridionales par un exemple terrible, et-en partie aux masses de « ribauds », que ces seigneurs avaient enrôlées trop facilement dans leurs troupes. Pour en rendre responsable l'Eglise, ses ennemis ont trop facilement accepté l'authenticité d'un mot barbare attribué au légat Arnaud de Gîteaux. " On lui demandait, écrivent MM. Aulard et DEemouR [Hisi. de France, cours moyen, p. 33), comment On pourrait distinguer des hérétiques ceux qui ne l'étaient pas. — Tuez-les tous, dit-il, Dieu reconnaîtra les siens. » M. Tamisey db Larroque, dans les Annales de philosophie chrétienne de (86 1, t. VI, p. 116-128, a démontré la non-authenticité de ce mot, qui n'est rapporté par aucun des témoins oculaires et contemporains dignes de foi, et qui n'est cité que par le moine allemand Césaire de Heisterbach, écrivain sans valeur historique, dont l'œuvre a été écrite d'après les racontars les plus fantaisistes. L'argumentation de Tamisey de Larroque a été admise par tous les historiens que n'aveugle pas le parti pris, notamment par M. MoLiisiER, dans son édition de l'Histoire du Languedoc par dom Vaissistb.

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

une physionomie distinguée, de fortes épaules, un corps d'une vigueur et d'une souplesse incroyables ^ ».

Un tel homme poussa quelquefois la rigueur jusqu'à la férocité ; mais il faut reconnaître, avec un grave historien, qu'en même temps, ses adversaires « allaient jusqu'à la sauvagerie ^ ». Sa tactique ne fut pas toujours d'accord avec celle de la papauté. Mais que de traits de bravoure et de foi dans ce vrai chevalier I « Au siège de Garcassonne, un croisé gisait au fond d'un fossé, avec une jambe cassée, sous la pluie de pierres qu'on jetait de la ville. Simon, suivi d'un seul écuyer, et risquant vingt fois sa vie, descend dans le fossé, emporte le malheureux, et le sauve ainsi d'une mort certaine... Un dimanche, après avoir entendu la messe et communié, il partait pour se battre à Gastelnaudary, lorsqu'un moine cistercien crut bon de lui adresser quelques paroles d'encouragement. « Pensez-vous donc que j'aie peur ? dit Simon. Il s'agit de l'affaire du Christ. L'Eglise entière prie pour moi. Je sais que nous ne pouvons pas avoir le dessous ^. » De 1209 ^ 1212, il fit tomber en son pouvoir presque toutes les places fortes du Languedoc. Raymond ne gardait plus que Toulouse et Mon tau ban.

Pendant ce temps-là, Innocent Ht essayait d'amener le comte de Toulouse à de meilleurs sentiments. En 121 1, un concile, réuni à Narbonne, fit auprès de lui une nouvelle tentative de conciliation. On lui promit de lui faire rendre l'entière possession de ses biens, à la seule condition qu'il expulserait les hérétiques de ses Etats *. Raymond fit la sourde oreille. Les propositions faites à Narbonne furent renouvelées dans une assemblée tenue à Montpellier. Le comte de Toulouse parut accepter ce qu'on lui proposait. Mais le lendemain, au moment où l'on allait préciser les conditions exigées de lui, il quitta brusquement la ville. Pendant l'été de 12 12, le pape, voulant lui donner une dernière preuve de son esprit de justice, déclara prendre sous sa protection le comte de Toulouse contre Simon

Sa bravoure.

Ses conquêtes.

Vaines

lentatives

d'Innocent III

pour détacher de la

cause des hérétique*

le comte de Toulouse,

I. Pierre des Vaux de Cernai, Hist. Albig., cap. xviii, P. L., t. GGXIII, col.

a. Hefele-Leclercq, V, 1288. Au concile de Latran, l'un des chefs des Albigeois, le comte de Foix, se vantait d'avoir mis à mort six mille croisés surpris dans une embuscade, et un autre chevalier du Midi, Arnaud de Villemur, déclarait regretter de n'avoir point assez fait couper de nez et d'oreilles à ses prisonniers. (Dom VA.issèTE, Ilist. du Languedoc, édit. Molinier, t. VI, p. Ii20.)

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