‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 266 sur 336 · P. L., t. GGXVI, col. 7/14 ; Potthast, n · texte numérisé non relu

P. L., t. GGXVI, col. 7/14 ; Potthast, n

L ORGA^•IS\TtO?î DE LA CIIRETIEME

12 12. Si elle dura encore seize ans, ce fut malgré le Saint-Siège. Il en avait été de celte expédition comme de la croisade de i2o4, qui, au lieu de se diriger sur Jérusalem, comme le voulait le pape, avait abouti à Constantinople. Les intérêts politiques l'avaient emporté' sur les intérêts religieux ; les convoitises des princes, sur la défense de la chrétienté. La croisade, à dater de I2i3, n'était plus qu'une œuvre poursuivie par les seigneurs du Nord pour déposséder les seigneurs du Midi ; par les rois de France, pour réunir à la couronne la magnifique province qu'était le Languedoc *. »

« Tout en désapprouvant la continuation de la guerre, Innocent ÏII continua à la surveiller, pour défendre les opprimés et rappeler sans cesse les vainqueurs à la modération et à la justice. En I2i5, dépouillés de leurs terres par la victoire de Simon de Montfort. Raymond YI et son fils demandèrent la protection du pape, dont ils connaissaient la justice et la charité, et leur espoir ne fut pas trompé. « Garde-toi de désespérer, répondit Innocent III aux supplications du comte de Toulouse Si Dieu me laisse assez vivre pour que je puisse gouverner selon la justice, je ferai monter ton droit si haut, que tu n'auras plus cause de te plaindre ni à Dieu ni à moi. » En attendant, par un décret qui essaya de concilier le droit de conquête de Simon de Montfort et les droits héréditaires de Raymond VI, le pape partagea entre eux les anciennes possessions des comtes de Toulouse. « Qu'on examine de près la rédaction de cet instrument, reconnaît loyalement M. Luchaire, et Ton y verra qu'Innocent III a encore fait ce qu'il a pu pour atténuer le gain des vainqueurs et ménager l'autre parti. » Enfin, le dernier acte d'Innocent III dans le Languedoc, — acte qu'il accomplit le 21 décembre I2i5, six mois avant sa mort, — fut encore en faveur des Albigeois vaincus contre les vainqueurs. Il donna mission à l'évêque de Nîmes et à l'archidiacre de Conflans « de reprendre au chef des croisés le château de Foix et de faire une enquête pour savoir au juste dans quelles circonstances le domaine du comte avait été annexé aux terres conquises ». M. Luchaire, qui cite ce fait 2, le commente en faisant ressortir l'esprit de justice du pape : « N'ayant pu maintenir à la croisade son caractère religieux, il voulait empocher qii'elle aboutît dans Tordre temporel à des conséquences

La croisade se poursuit,

avec

prédominanc-

de l'intérêl

politique

sur l'intérêt

religieux.

Innocent III ne néglige

aucune

occasion de défendre

la cause de la justice

et de la modération.

1, J. GuiRAUD, Hist. partiale, hist. vraie, t. I, p. 288-284.

2 LUCH.VIRE, op. cit., p. 258-25(J.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLTSE

extrêmes. A plusieurs reprises, il avait défendu contre les violents la cause de la modération et de la iustice *. »

Innocent IIT

et la

quatrième

croisade.

Place delà croisade

dans son

plan général

de réforme

et

d'organisation

de la

chrétienté.

Il se heurte

à une conception

toute

différente

de la

croisade dans

l'esprit

des princes.

Pendant que, dans le Midi de la France, Simon de Montfort et Philippe Auguste faisaient dévier à leur profit personnel la croisade des Albigeois, un spectacle analogue se produisait sur un plus vaste théâtre, en Orient, au cours de la quatrième croisade contre les Turcs.

Dès ses premières encycliques, Innocent III avait manifesté son dessein de grouper toutes les forces de la chrétienté en vue d'une grande croisade ^. Ce projet avait une place marquée dans le vaste plan de sa politique générale : l'organisation chrétienne du monde. Par une croisade universelle, bien conduite et bien maintenue dans son esprit surnaturel, les princes et les seigneurs, mus par le désir de délivrer le tombeau du Christ et d'assurer le salut de leurs âmes, s'arracheraient aux luttes privées et s'organiseraient entre eux dans une hiérarchie plus étroite et plus solide, sous une inspiration plus intime de l'Eglise et du pape. Innocent III ne désespérait pas de voir les deux empires d'Occident et d'Orient, ramenés, l'un aux justes limites de sa mission, l'autre à la communion avec le Saint-Siège, collaborer avec lui à la réalisation de sa grande œuvre. Ses premiers actes : l'expulsion de l'influence allemande hors des Etats de l'Eglise, puis des Deux-Siciles, de la Toscane et de la Lombardie, les efforts de sa diplomatie pour réconcilier Philippe Auguste avec Richard Cœur de Lion, pour pacifier la péninsule italique et la Hongrie, n'étaient que les préliminaires de son entreprise.

Seulement, dès les premières ouvertures du pape aux princes chrétiens, il fut visible que, si le projet de croisade était volontiers accepté par tous, deux idées allaient se heurter au moment venu de l'entrée en campagne. « En face de la politique traditionnelle des papes, qu'Innocent III voulait reprendre, se dressait le plan de croi-

i, 3. Gvin.»LVD, Hist. partiale, hist. vraie, t. I, p. 284-285. Sur les sources de l'histoire de la croisade contre les Albigeois, voir le P. de Smedt, les Sources de l'hist. de la crois, contre les Albigeois, dans la Revue des quest. hist., 1874» t. XVI, p. 433-481.

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