Innocent III, EpisL, P. L., t. GGXIV, col
l'organisation de la chrétienté 459
sade du parti gibelin. Pour le pape, tous les efForts de la chrétienté devaient être subordonnés à la conquête des Lieux Saints, et il suffirait de la diplomatie pour modifier les dispositions de l'empereur de Gonstantinople vis-à-vis de l'Occident et l'amener à coopérer à cette œuvre. Le plan gibelin, au contraire, consistait à détruire l'empire byzantin et à lui substituer un empire latin, qui serait le meilleur auxiliaire de la croisade, Henri YI avait emprunté ce plan aux rois normands de Sicile ; son frère Philippe de Souabe en était le dépositaire ; Boniface de Montferrat allait en être l'exécuteur ^ » Trois faits successifs, en effet, trois déviations imposées par les princes à ridée première d'Innocent III : l'expédition contre Zara, à la demande des Vénitiens, une première prise de Gonstantinople à t)'où
l'instigation du prince Alexis, et une seconde prise de Gonstantinople ■ Jccessîver* au bénéfice des croisés pour la constitution d'un empire latin, vont . de la faire triompher le plan gibelin. En présence des divers échecs de son c^oisàdT^ plan primitif, le pape, conciliant la fidélité aux principes avec une politique très souple, cherchera à tirer le meilleur parti possible des événements.
Sur l'invitation du pape, un grand nombre de prédicateurs se répandirent dans toutes les contrées de l'Europe, invitant les fidèles à prendre la croix. Le plus célèbre de ces prédicateurs populaires fut Les
un curé de campagne, des environs de Paris, Foulques de Neuilly. de7a croisade Rompu aux travaux du saint ministère, initié aux sciences sacrées dans cette université de Paris où brillaient alors Pierre de Gorbeil, le futur cardinal, Pierre le Ghantre, Pettms Cantor, renommé pour Foulques l'éclat de son enseignement théologique, et Pierre le « Vorace » ou f-^ j2o!\^ le (( mangeur de livres », Petriis Comestor, ainsi nommé à cause de son avidité à tout lire et à tout savoir, Foulques possédait les deux qualités essentielles de l'orateur chrétien : le zèle d'un apôtre et la science d'un docteur. Une voix puissante, capable de dominer le tumulte des foules, une santé de fer, une énergie si indomptable qu'elle allait parfois jusqu'à la rudesse, complétaient en lui les dons du missionnaire ^. Pierre le Chantre, à qui le pape Innocent III avait demandé de se charger de la prédication de la croisade, et à qui ses forces ne permettaient plus une si lourde mission, demanda et obtint de s'en décharger sur le plus estimé de ses disciples, le curé