Villehardouin, Conquête de Constantinople, S XII, XIII
3. Ce souci perce dans une lettre d Innocent III, P. L., t. CGXIX, col. i3i. Voir Bréhier, op. cit.. p. iS?
/i Innocent III avait ratifié le traité conclu avec le Sénat de Venise, à condition qu'un légat suivrait la croisade (P. L., GGXIV, i3i).
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
qu'il pouvait suivre l'armée en qualité de prédicateur, si cela lui convenait, mais qu'il ne pouvait songer à y tenir le rang de légat, c'est-à-dire de représentant de l'autorité romaine. Cette rébellion déclarée de Venise à legard du pape était-elle le résultat d'un plan concerté avec Boniface de Montferrat, d'une entente conclue avec le prince Alexis, fils de l'empereur détrôné de l'Orient ^ ou même d'un complot tramé avec le Soudan d'Egypte, qui aurait promis aux Vénitiens des avantages commerciaux s'ils parvenaient à détourner la campagne qui le menaçait ^ ? Toutes ces hypothèses ont été faites. Aucune d'elles n'est nécessaire pour expliquer la conduite des Vénitiens. Il suffit de remarquer que le port de Zara, sur la côte de la Dalmatie, gênait leur commerce dans l'Adriatique. Forts de leur traité avec les croisés, à qui leur flotte était indispensable, ils mirent en première ligne des conquêtes à réaliser, celle de Zara, et s'en emparèrent en effet. Le pape, qui avait défendu aux croisés, sous peine d'excommunication, d'attaquer une ville chrétienne, ne voulut pas, au début de l'expédition, se montrer impitoyable, et leva la censure encourue 3.
La bienveillance pontificale ne paraît pas avoir beaucoup touché les marchands de Venise. Au printemps de i2o3, il fut manifeste qu'à l'affaire de Zara succédaient les préparatifs d'une nouvelle entreprise en dehors du plan tracé par le pape. Cette fois-ci, le doute n'était plus possible : un pacte avait été conclu, à Zara même, à l'instigation des Vénitiens et de Philippe de Souabe, entre Boniface de Montferrat, chef de la croisade, et les représentants du jeune prince Alexis, fils de l'empereur détrôné, Isaac l'Ange, pour reconquérir le pouvoir impérial contre l'usurpateur Alexis IIL Le prétendant s'engageait à verser aux croisés une somme de 200.000 marcs d'argent, à prendre part en personne à la croisade, à entretenir perpétuellement en Terre Sainte un corps de 5oo chevaliers, et à se soumettre à l'autorité religieuse de Rome *. Le pape, aussitôt qu'il eût appris la nouvelle du pacte de Zara, défendit formellement aux croises d'attaquer l'empire byzantin 5. Mais il était trop tard : quand la lettre pontificale arriva à destination, la flotte des croisés avait déjà
Les Vénitiens
dirigent
la jQotte des
croisés vers la
ville de Zara,
en Dalmatie,
dont ils s'emparent.
Deuxième
déviation : les
croisés
se dirigent
vers Gonstanti-
nople.