‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 276 sur 336 · I. Hefele-Leclercq, V, i3o5-i3o · texte numérisé non relu

I. Hefele-Leclercq, V, i3o5-i3o

La condescendance témoignée par Innocent III à Philippe Auguste, a paru excessive à quelques historiens ; elle s'explique par la politique générale de ce pape , qu'on a trop souvent représenté comme un farouche intransigeant, et surtout par les espérances qu'il fondait à juste titre sur cette nation française, que Philippe Auguste, politique habile et clairvoyant, venait d'organiser sur des bases solides. Le règne de saint Louis allait bientôt réaliser ces espérances.

Vers l'est de l'Europe, deux autres puissances avaient retenu la sollicitude d'Innocent 111 : la Hongrie et le groupe des peuples slaves.

L« Saint- Siège Née sous les auspices de la papauté, quand le premier roi de la Hongrie. ^^^® ^®s Arpads, saint Etienne, reçut la couronne des mains du pape Sylvestre II, le royaume de Hongrie était alors agité par le mouvement d'indépendance nationale qui allait aboutir, en 1222, à la fameuse Bulle d'or, grande charte des libertés de la Hongrie. Innocent III avait trois raisons d'y maintenir et d'y consolider le (Politique plus possible l'influence de la papauté. Il voulait : i" l'opposer à

d'Innocent III f,.,, ^ ^ . , . , . i o ,,

par rapport ^ Allemagne ; 2* en faire un chemm pour les croisades ; 6° 1 em-

à la Hongrie, ployer à la conversion des Slaves. La politique d'Innocent III en

Hongrie fut, en conséquence, dominée par ces deux règles : aflirmer

nettement les droits du Saint-Siège, mais se montrer tolérant et

libéral dans leur application.

En arrivant au pouvoir. Innocent III trouva la Hongrie en guerre civile. Les deux fils du roi Bêla III : Emeri, roi légitime, et son frère André, injuste compétiteur, étaient aux prises. En donnant à l'archevêque de Gran le droit de couronner le roi, le pape eut bien soin d'ajouter : « Sauf l'autorité du Saint-Siège, dont relève la Le roi Emen, couronne de Hongrie. » Mais, quoiqu'Emeri, par la mobilité de son caractère, lui donnât plus d'une fois de justes sujets de plainte, il se montra toujours bienveillant envers lui. Ce roi ayant un jour, sous un prétexte futile, fort malmené un légat pontifical, qu*il fit garder militairement dans sa demeure. Innocent se contenta de lui écrire : « Cher fils, que sont devenus votre bonté royale et vos sentiments chrétiens I » Et, sur un billet particulier, il ajouta : a Nous vous avons écrit sur un ton très doux, afin que personne ne puisse

l'organisation de la chrétienté 479

croire, dans le cas 011 notre lettre serait interceptée, que vous avez perdu la faveur apostolique ^. » Il lui rappelait en même temps que « bien des choses s'étaient passées, dans son royaume, qui, examinées de près, mériteraient d'être redressées, telles que la captivité de son frère, les élections des prélats et bien d'autres choses encore 2 ». La prise de Zara par l'armée des croisés fut, pour Emeri, l'occasion d'une protestation véhémente. Innocent parvint à l'apaiser par l'excommunication qu'il lança contre les Vénitiens et par l'empressement qu'il montra à couronner le fils du roi, Ladislas, encore mineur.

Les relations entre le pape et le roi André, devenu maître du ^® ^^^ André, royaume après la mort de son frère Emeri et de son neveu Ladislas, en i2o5, furent plus délicates. Faible, indécis, et, par intermittences, violent à l'extrême, le roi André se trouva dominé tour à tour par des partis irréconciliables. L'aristocratie des magnats luttait contre celle des évêques ; les Magyars indigènes ne pouvaient supporter les Allemands, et si parfois une coalition passagère se faisait entre ces diverses factions, c'était presque toujours centre le roi. L'intervention d'Innocent III dans les affaires de la Hongrie devint alors presque ininterrompue. Nous n'avons pas à en donner le détail, qui a fait l'objet de publications spéciales ^. On peut dire, d'une manière générale, que si le maintien de l'unité de la Hongrie pendant le xiii" siècle peut être attribué à un homme, la gloire en revient au pape Innocent III.

Quant au groupe des peuples slaves, il était sollicité, au début du Le Samt-Siège xiii" siècle, par deux tendances. Lune les portait vers l'Eglise latine, nations slaves. l'autre vers le schisme oriental. La Bosnie, la Croatie et la Dalmatie suivaient la première ; la Bulgarie, la Serbie, la Galicie, l'Herzégovine et le Monténégro s'abandonnaient à la seconde. Innocent III, par une politique sage et ferme, qui sut habilement profiter des circonstances, parvint à rattacher à l'Eglise latine la Bulgarie, la Serbie et la Galicie.

Le chef des Bulgares, Johannitza, appelé aussi Caloïan, rêvait de ^^* Bulgarie, (aire revivre le grand empire du x'' siècle, comprenant presque toute

1. HuRTEn Hlst. d'Innocent III, trad. Saint-Chéron, 3 vol. in-80, ae édlt. Paris, i855, t. II, p. i84-i85.

a. Ibid.

3. Mgr Fkaknoi, Relations ecclésiastiques et politiques de la Hongrie avec la cour de Home, 1901 et s.

48o HIST0IIIE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

la presqu'île des Balkans et une partie de la Hongrie. Mais, pour atteindre ce but, il lui fallait l'indépendance religieuse de Gonstantinople. Il se tourna vers Rome. Innocent III, sans se rendre solidaire des plans politiques du souverain, profita de ses dispositions favorables pour envoyer en Bulgarie un légat, Jean de Gasamari, qui réorganisa l'Eglise bulgare et donna officiellement à Johannitza le titre de roi. Gelui-ci, en retour, reconnut au pape le droit de constituer et de sacrer le haut clergé de la Bulgarie, et promit que son royaume ne se séparerait jamais du Saint-Siège *.

La Serbie. Lg rattachement des tribus serbes à l'Eglise de Rome se fit dans

des circonstances analogues. Leur chef suprême, qui les gouvernait avec le titre de grand joupan ou de grand comte, était, à la fin du xii^ siècle, le célèbre Nemanja, que les Serbes vénèrent comme un saint. Sa piété profonde en faisait le protecteur des moines et du clergé, mais, entraîné dans l'orbite politique de Gonstantinople, il n'avait pas contracté, comme chef national, de lien diplomatique avec le Saint-Siège. Après sa mort, la compétition qui s'éleva entre ses deux fils, Vouk et Etienne, les porta l'un et l'autre à demander l'appui d'Innocent III, qui profita de cet appel pour envoyer des légats en Serbie, y opérer une réforme ecclésiastique et rattacher le royaume à l'Eglise romaine par des relations permanentes.

La Galici«. Ce fut au lendemain de la terrible défaite de Zawichoft, en i2o5,

où le prince de Galicie, Romain, fut tué, que sa veuve appela le roi de Hongrie, André, à son secours, pour délivrer son pays de l'invasion russe et polonaise. André répondit à cet appel, fit proclamer roi le jeune fils de Romain, Daniel, régna effectivement sous son nom, et plus tard même fit passer le pouvoir à son fils Goloman.

Innocent III, dont les relations étaient, nous l'avons déjà vu, très étroites avec le roi André de Hongrie, profita de cette transformation politique. Il envoya en Galicie des légats, qui décidèrent les Galiciens à abandonner les rites grecs, pour adopter les rites de l'Eglise latine et se soumettre aux directions de Rome.

I. Sur le détail de ces négociations, voir S. Vailiié, au mot Bulgarie, dans le Dict. de théol. de Vacant, t. II, col. 1189-1191.

L ORGA?JISATION DE LA CHRETIENTE

\Sl

Dans les négociations engagées par Innocent III pour rattacher à Innocent III Rome une nouvelle nation, l'idée de la réforme des mœurs chré- civilisation tiennes et ecclésiastiques fut toujours déterminante. Elle ne fut pas chrétienne, moins prépondérante dans le gouvernement des vieilles Eglises. Du grand épanouissement de vie chrétienne qui remplit de son éclat le un* siècle, le grand pape ne vit pas tous les fruits, mais il en sema presque tous les germes. C'est sous son pontificat que la vie monastique prit, avec saint François et saint Dominique, un élan tout à fait nouveau, que la hiérarchie du clergé séculier se fixa dans un ordre plus stable, que la transformation des écoles en universités s'opéra. C'est sous le règne d'Innocent III que se formèrent les architectes qui devaient, au lendemain de sa mort, concevoir le plan des grandes cathédrales gothiques du xiii* siècle, les peintres qui devaient orner de si étonnantes miniatures le Missel de saint Louis et concevoir le plan du Campo Santo de Pise ; c'est alors que la prose de Villehardouin prépara celle de Joinville, que les vers des trouvères, des troubadours et des Minnesinger préludèrent aux poèmes de Dante, et que s'élabora la science dont saint Thomas d'Aquin donna la synthèse immortelle. Nous exposerons, avec plus d'utilité, au moment même de son apogée ce mouvement religieux, artistique, littéraire et scientifique ; mais nous devons raconter ici, parce qu'elles appartiennent tout entières au pontificat d'Innocent III, les origines de deux ordres religieux auxquels on peut rattacher presque toutes les gloires de cette époque, l'ordre de saint François d'Assise et l'ordre de saint Dominique.

L'Eglise, dans une de ses oraisons liturgiques, bénit Dieu d'avoir Saint François donné au monde, en voie de se refroidir, l'ardente charité de saint

François *. Au chant onzième de son Paradis, Dante montre le saint d'Assise se levant comme un soleil, au-dessus des montagnes ombriennes, pour donner à la terre lumière et chaleur ^. Ces métaphores n'ont rien d'exagéré. Elles représentent l'impression pro-

(ii82-iaa6).

1. Domine Jesa Christe, qui, frigescente mundo, in came beatissimi Francisci passionis tuae sacra sligmata renovasti (oraison de la fête des Stigmates de S. François, 17 septembre).

a. Dante, Paradiso, canto XI, 43 et s.

Hist. gén. de l'Eglise. — IV 3i

duite sur la société du xiii® siècle, à l'heure où troubadours provençaux et marchands vénitiens semblaient rentraîner vers une vie de plaisir et d'opuljence, par l'apparition rayonnante, au milieu d'elle, de celui que Bossuet n*a pas craint d'appeler « le plus ardent, le plus transporté, et, si l'on ose parler de la sorte, le plus désespéré amateur de la pauvreté qui ait peut-être été dans l'Eglise ^ » .

Ses origines. Il était né en 1182, dans cette riche et belle terre d'Ombrie, qu'on a si justement appelée l'Eden de la péninsule italique 2. Fils d'un riche marchand d'Assise, Pierre de Bernardone, il avait grandi au milieu de cette abondance des biens de ce monde que donne une grande fortune. Bien fait de sa personne, d'un esprit vif et délicat, il avait tenu le sceptre de l'élégance, au milieu d'une remuante .jeunesse, qui partageait son temps entre le jeu des tournois chevaleresques et les subtiles jouissances du « gai savoir » des troubadours 3. Or, un jour de février de l'année 1209, tandis que le pape Innocent III gémissait encore du scandaleux speclacle de la quatrième croisade, où le démon des richesses et de l'ambition avait si complètement détourné de leur but des chevaliers armés pour la délivrance du tombeau du Christ, le jeune fils du riche marchand d'Assise, entendant à la messe ces paroles du Sauveur : « N'ayez ni

Sa vocation, or, ni argent dans votre bourse, ni sac pour le v yage, ni souliers, ni bâton >>, s'était senti intérieurement transformé. Sortant vivement de l'église, il avait jeté, avec une sorte d'horreur, sa bourse, son bâton, ses chaussures ; il avait revêtu le costume des plus pauvres habitants de l'Apennin, la tunique de lourde étoffe grise, avec une corde pour ceinture, et, rayonnant de joie, il avait prêché à tout venant, le long des routes et sur les places des "villages, la perfection évangélique, la pénitence et la paix *.

D'autres hommes, en d'autres lieux, sous le nom de cathares, de vaudois, d'albigeois, de pauvres de Lyon, avaient fait aussi profession de pénitence et de pauvreté, mais d'un ton amer et chagrin, en maudissant les riches, en désobéissant au pape, en soulevant le peuple, parfois en le scandalisant par de surprenants contrastes entre leur doctrine et leur vie. François, lui, n'avait que des paroles

1. Bossuet, Œuvres oratoires, édit. Lebarq-Levesque, t. I, p. 202.

2. Le Monnier, Hist. de S. François d'Assise, 3e édit., t. I, p. 6.

3 J. JcERGENSEN, Saiïit François d'Assîse, un vol. in-S», Paris, 1909, p. 16-20. 4. Gela.no, Vita Prima, I, cli. xi, édition du P. Edouard d'Alençon, Rome, igoD.

l'organisation de la chrétienté 483

de paix et de joie. Il croyait que c'était assez blâmer la richesse

que de glorifier la pauvreté, que de la chérir et de la faire chérir

autour de lui « comme une épouse ». 11 aimait tous les hommes Le caractère

comme ses frères, et la nature elle-même lui était amie. Il chantait "^^ '^ '^^°'^*^

« son frère le soleil et sa sœur la lune », le vent, Tair, le nuage et son lloLht.

toute créature de Dieu, en des strophes harmonieuses que le peuple

répétait avec ravissement K Mais, quand le nom du Sauveur Jésus

venait sur ses lèvres, sa voix s'altérait, suivant l'expression de saint

Bonaventure, comme s'il eût entendu une mélodie intérieure dont

il aurait voulu ressaisir les notes 2.

A la fm de l'année 1209, douze compagnons étaient groupés Ses

autour de François d'Assise. Tout d'abord il n'y eut, dans la petite P'"^^''' communauté, ni exercices communs, ni office ecclésiastique, ni rien ""'^^"^''''• de ce qui. à proprement parler, constitue un ordre religieux 3. Chacun suivait en hberté les inspirations de sa piété. D^ bonne heure cependant, François rédigea, pour l'usage de l'humble société, une règle, très simple et très courte, qu'il fit approuver, vers 1209 ^^ P^^°»^^^« ou 1210, par le pape Innocent lïl K Cette règle subit d'ailleurs ''^^^•

de fréquentes retouches, dans les chapitres que le saint fondateur reumt chaque année, et fit place, en 1221, à une législation plus complète et plus précise. Les caractères distinctifs de cette règle Les traits furent l'esprit de pauvreté et l'esprit d'humiHté. La pauvreté devait ^ ^''^''''^'!% être absolue parmi les disciples de François, tant pour la commu- ' ''^

nauté que pour les individus qui la composeraient, et ceux-ci ne pouvaient recevoir de l'argent ni par eux-mêmes ni par personnes interposées ^ On rapporte qu^Innocent III, quand François eut exposé ses idées sur ce point, lui aurait dit : « Le genre de vie que tu proposes me semble bien difficile. >,De fait, c'est à propos de la Les Frère, pratique de la pauvreté que naîtront les controverses qui amèneront «^i^^urs. des divisions , et occasionneront des réformes dans l'ordre. L'esprit

I. Le Cantique du soleil ou VHymne des créatures a bien été conçu oar «inf François dans sa langue native. C'est ce que démontre la cr t^que des tloîLaêe

^ 2^0.^^^u, les Poètes franciscains en Italie, un vol. in-So. 3e édition, Paris, ,809. 3. Le Monnœr, op. cit., I, 137

d'humilité faisait aussi l'objet des recommandations les plus pressantes du saint. « Un jour, écrit Thomas de Celano, tandis qu'on lisait la règle, en entendant ces paroles qui y étaient écrites : Et sint minores et subdiii omnibus, « je veux, dit François, que cette Sainte Claire, fraternité soit désormais appelée l'ordre des Frères Mineurs *. » En I2I2, une jeune fille noble de la ville d'Assise, Claire, bientôt suivie de quelques compagnes, vint se mettre sous la direction de François, et l'ordre des Pauvres Glarisses fut fondé. Plus tard, en 12 19, un troisième ordre, ou tiers ordre, sera institué pour ceux qui ne pourront quitter le monde.

Il est difficile de dépeindre l'enthousiasme joyeux, naïf, débordant, que le fils 'de Pierre de Bernadone sut faire passer dans l'âme de ses disciples, et que ceux-ci répandirent parmi le peuple, partout où ils passèrent, en prêchant la pénitence et l'amour de Dieu. « Les hommes et les femmes, dit Thomas de Celano, accouraient pour l'entendre. Les religieux eux-mêmes descendirent des monastères de la montagne. Les hommes les plus versés dans la culture des lettres humaines étaient dans l'admiration. On eût dit qu'une lumière nouvelle rayonnait du ciel sur la terre 2. »

Cet ascendant s'accrut encore lorsqu'on apprit l'accueil que le pape Innocent III avait fait, à Rome, à la petite troupe des Frères Mineurs, venus pour lui demander sa bénédiction. « En vérité, s'était écrié le pontife en regardant le Pauvre d'Assise 3, c'est bien cet homme qui est appelé à soutenir et à réparer l'Eglise de Dieu. » Et, pour expliquer ces paroles, le pape avait raconté que, quelque temps auparavant, après une journée où les malheurs de l'Eglise l'avaientjeté dans l'anxiété, il avait vu, pendant son sommeil, un mendiant soutenir la basilique de Lalrân, qui chancelait sur sa base et menaçait de tomber *,

Innocent III

et

saint François

d'Assise.

1. La vie de saint François par Thomas de Celano est la plus ancienne et la plus autorisée des sources pour l'histoire des origines des Frères Mineurs. Une première biographie, la Legenda prima, fut écrite aussitôt après la canonisation du saint. Une seconde composition du même auteur, la Legenda secunda, parut quelques années plus tard, vers 1246. Pour écrire cette dernière, Thomas de Celano avait entre les mains des documents réunis par l'ordre du général et écrits par les compagnons du saint. Parmi les autres sources historiques, on doit mentionner la légende des Très Socii, le Spéculum perfectionis et la Legenda minor de S. Bonaventure.

2. Videbatur quxdam nova lux e cœlo missa in terris (Thomas de Celano, édit. Edouard d'Alençoic, p. 3i). — Le R. P. Ubald d'Alinçon a réédité les Opuscules de S. François d'Assise, nouvelle traduction française, 2 vol. in-12, Paris, 1906.

3. Le Pauvre, Il PovereUo, c'est le nom que se donnait souvent saint François.

4. Le MoNNiER, o/>. cit., I, i55. — Ce fut, sans doute, à cette occasion, que

l'organisatiox de la chrétienté 485

De l'influence exercée, dès ces premières années, par François d'Assise, il nous reste deux monuments authentiques. L'un est une charte communale, signée, au mois de novembre i2io, par l'unanimité des citoyens d'Assise. Un souffle de paix et de charité surna- Influence turelle inspire cette charte, où, entre les a majeurs » et les « mi- '"^'^g/^,"**, «»

J 1 •11 sociale de

neurs » de la vilte, sont contractés des engagements réciproques de wint Françoi». fraternité chrétienne et de coopération, où la liberté est off'erte à tous les serfs à des conditions très douces, où des garanties sont prises contre l'arbitraire des magistrats. Quoique le nom de François ne figure pas dans le document, tous les historiens en ont attribué l'inspiration à l'apôtre d'Assise K D'ailleurs, un second monument, contemporain du premier, ne laisse aucun doute sur l'influence de François sur sa ville natale à cette époque. Sur une pierre de Tabside del'église Sainte-Marie-Majeure, on lit ces simplesmots, datés de i2i6 : « Au temps de l'évêque Guido et du frère François... » Le Pauvre d'Assise est mis sur le même rang que l'évêque et que les personnages officiels de la commune 2.

Mais collaborer à l'œuvre d'évangélisation et de pacilîcation po- Saint François puîaire qu'avait entreprise la papauté de cette époque ; combattre et li^^llLn. 1 lierésie manichéenne, en lui ôtant tous ses prétextes ; purifier l'idéal loiniaines. de la vie cléricale et monastique par la pratique de la pauvreté, de l'humilité et de la charité, tout cela ne suffisait pas au zèle du nouvel apôtre. Il voulut prendre part aux œuvres de conquête de l'Eglise en Orient, travailler à la conversion des Sarrasins et y mourir, s'il plaisait à Dieu, là où le Christ est mort pour nous. Dieu devait l'exaucer d'une certaine manière, car, s'il ne lui fut pas donné d'évangéliser la Terre Sainte 3, ses fils devaient y prendre une place d'honneur ; et s'il n'eut pas la joie de subir la mort pour son Dieu, il fut, pendant les deux dernières années de sa vie terrestre, qui furent pour lui un vrai martyre, marqué dans sa chair des douloureux stigmates du Christ.

Dans les admirables tercets où l'auteur de la Divine Comédie a

l'orare du diaconat fut conféré à saint François d'Assise, en même temps que la tonsure à ses compagnons (op. cj7., p. 1 56). f H *

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