‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 278 sur 336 · POTTHAST, n. 291^ ; ■ \'lLLEMAGNE, Op. cit., p · texte numérisé non relu

POTTHAST, n. 291^ ; ■ \'lLLEMAGNE, Op. cit., p

^. Ibid., n. 54o3, 5/io3. Cf. B. M. Reich^^rt, Monuinenta ordinis Fratrum Prucdicatorum, 3 vol. in-8o, Ronae et StuUgan' 1898-1900.

5. F. iNi.vNDOîNNET, au mol Frères prêcheurs, clans le Dict. de IhéoL de Vacant, t. VI, coL 865. Cf. G. Douais, Essai sur l'organisation des études dans l'ordre des Frères prêcheurs au X4U^ et au XI V^ siècle, un vol. in-80, Paris. 188A.

L ORGANISATIOX DE LA CHRETIENTE

second danger était tout aussi redoutable que le premier. Depuis Abailard et Gilbert de la Porrce, une fièvre intellectuelle agitait les esprits. Les écoles monastiques et épiscopales étaient nombreuses, mais elles manquaient de stabilité et d'organisation. On les voyait naître ou disparaître, suivant qu'elles étaient en possession d'un maître ou qu'elles en manquaient. Le fait d'une succession ininterrompue, comme à Chartres, est très probablement exceptionnel ^. Dans ces conditions, un libre jeu était plus facilement donné aux opinions singulières, aventureuses. Parmi celles-ci, il faut mentionner la doctrine du célèbre Joachim de Flore, abbé du monastère de ce nom en Calabre, qui décomposait l'histoire du monde en trois âges, soumis à l'action distincte de chacune des trois Personnes divines : l'âge du Père, commençant à la création ; l'âge du Fils, s'établissant définitivement par la Rédemption ; et l'âge du Saint-Esprit, devant s'ouvrir au xiii^ siècle. En même temps qu'il séparait l'action des Personnes divines dans l'histoire, Joachim, disciple en cela de Gilbert de la Porrée 2, les séparait dans le dogme. La sainteté personnelle de l'abbé de Flore est hors de doute. Il jouissait d'un grand crédit auprès des grands, des papes et des princes ; le peuple le vénérait comme un prophète ; et ses écrits dénotent une vive intelligence, une vie intérieure très profonde. Mais une imagination trop exaltée et une passion mal réglée pour l'étude, furent les deux écueils de sa pensée. Dès l'année ii83, il avait obtenu du pape Lucius III la dispense de plusieurs observances de sa règle pour se livrer plus complètement à l'étude; Clément III lui avait permis, pour le même but, de renoncer à sa dignité abbatiale. Dès son vivant, mais surtout après sa mort, ses rêveries sur la prochaine révé- .lation du Saint-Esprit égarèrent beaucoup d'imaginations. Elles devaient être exploitées par les Spirituels et les Fraticelles du xin* et du XIV® siècle.

En partant d'un principe différent, un docteur charlrain, professeur à Paris, Amaury de Bènes, avait abouti à des résultats à peu près identiques. « Il enseignait un panthéisme mêlé de rationalisme philosophique. Dieu, disait-il, est immanent dans ses créatures ;

Le mouvement

intellectuel

suspect.

Joachim de Flore

(ll45-I203%

Ses erreurs.

Amaurj

de Bènes,

1. L. Maître, les Ecoles i^piscopales et monastiques de V Occident depuis Charlemagne jusqu'à Philippe Auguste, Paris, 1866.

2. Les rapports de la doctrine de Joachim de Flore avec celle de Gilbert de la Porrée, onlcLo démontres par P. Fourmer, dans son étude sur Joachim de Flore^ publiée par la Revue d'hist. et de lilt. relig., 1889, t. IV, p. S-y-ôô.

HISTOIRE GIîMlRALE DE L EGLISE

Fondation rie

l'ordre des

Trinitaires

rhumanité est déifiée. A chacun de nous s'appliquent à la lettre les textes de nos livres saints sur la divinité. A partir de 1200, les idées d'Amaury firent du chemin. Des' sectes mirent en pratique ses théories sur la déification, et l'on enseigna aux foules qu'à partir de Tan 12 10 tout homme serait le Saint-Esprit *. » Le trithéisme de Joachim de Flore et le panthéisme d'Amaury de Bènes devaient être condamnés par le concile de I2i5, en même temps que le dithéisme des Albigeois.

Le mysticisme et la culture intellectuelle n'étaient pas les seuls mouvements en voie de dévier au commencement du xiii* siècle. La grande inspiration des croisades, si pure à ses débuts, avait souvent abouti à des scènes de désordre et de scandale. Deux hommes, Jean de Matha et Félix de Valois, l'un né dans un petit bourg de Provence, appelé Faucon, d'une famille noble, l'autre originaire de la partie de r Ile-de-France qui porte son nom, résolurent, par une inspiration divine, de fonder un ordre religieux, qui se dirigerait aussi vers les pays infidèles, mais pour y donner le spectacle d'une vie simple, austère et dévouée. Le but plus spécial de l'ordre était de pratiquer les œuvres de miséricorde, en particulier de racheter les captifs pour les ramener dans leur patrie. Le nouvel institut, placé sous le vocable de la sainte Trinité, fut solennellement approuvé par le pape Innocent III ^. Une blanche tunique de laine, ornée d'une croix rouge et bleue, fut le costume adopté par les nouveaux religieux, qui, au milieu du xiii* siècle, comptèrent plus de six cents maisons, divisées en treize provinces. Le nombre des captifs qu'ils rachetèrent est incalculable. Mais leur zèle ne se borna pas à cette mission. Us se livrèrent à la prédication dans les pays chrétiens, combattirent les hérétiques et pratiquèrent toutes sortes de bonnes œuvres ^,

Quatrième

concile général

de Latran

(douzième

Œcuménique)

(iai5).

Sans se dissimuler l'efficacité de tous ces efforts particuliers, Innocent III comptait surtout, pour réaliser le plandeson pontificat,

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