Canon III
4 go
Règlements
disciplinaires
sur la
"hiérarchie
ecclésiastique.
Pièglements
sur l'organisation
et le fonctionnement delà justice ecclésiastique.
Renflements
sur les écoles.
A u 1res décisions disciplinaires, relatives aux sacrements, aujc relations avec les Juifs et les Sarrasiof.
La seconde préoccupalion *du concile fut de définir et d'établir fortement les divers degrés de l'autorité hiérarchique. Le 5^ canon proclama le droit universel d'appel au pape, et établit, entre les quatre sièges patriarcaux, l'ordre suivant : après Rome, Gonstantinople, Alexandrie, Anlioche et Jérusalem. Les titulaires de ces quatre derniers sièges pourront donner le pallium à leurs suffragants, mais ils devront le recevoir eux-mêmes du pape. Les canons 6 et 7 définissent les droits et les devoirs des métropolitains, des conciles provinciaux, des évêques et des chapitres.
L'organisation et le fonctionnement de la justice ecclésiastique attirèrent tout spécialement l'attention du concile réformateur. Les questions d'ordre judiciaire et de procédure étaient familières à Innocent m, qui était un juriste consommé. Le 8^ canon, sur les jugements des tribunaux ecclésiastiques, était destiné à devenir la base de la procédure criminelle, même devant les tribunaux séculiers. On défendit l'accusé contre l'arbitraire du juge. Il fut décidé que la procédure serait écrite, que l'accusé ne serait jamais cité devant un juge trop éloigné. Bref la procédure accusatoire, déjà battue en brèche par plusieurs des décré taies, disparut définitivement, pour faire place à la procédure par enquête, per inquisitionem .
En même temps que plus de juslice, le pape voulut faire entrer dans le monde clérical plus de lumières. Les écoles de théologie, au lieu de s'ouvrir à l'arbitraire ou au hasard des circonstances, furent hiérarchisées à leur tour et sérieusement contrôlées. Le 11^ canon décida qu' « h l'avenir, non seulement dans chaque cathédrale, mais aussi dans toute église suffisamment riche, on désignerait un maglstcr pour instruire les clercs de cette église et des églises voisines ». Le 27^ canon déclare que « les évêques qui ordonneront des ignorants doivent s'attendre aux pires châtiments ».
Passant aux fidèles, le concile porte diverses décisions relatives aux empêchements de mariage et aux bans (canons 5o à 62), prescrit la confession annuelle au « propre prêtre » et la communion paschale (canon 21^), reuouvelle l'interdiction du duel (canon 18), veille à ce
I. Voici ce canon célèbre : « Tout fidèle de l'un et de l'autre sexe qui a atteint l'âge de raison, devra confesser ses fautes à son propre prêtre au moins une fois chaque année, accomplir dans la mesure de ses moyens la pénitence qui lui aura été imposée, et recevoir dévotement, au moins à Pâques, le sacrement de l'Eucharistie. )>
l'organisation de la chrétienté /igi
que le peuple soit instruit de ses devoirs par une prédication régulière et fréquente (canons ii et 27).
Les quatre derniers canons ont trait aux Juifs et aux Sarrasins. Il y est prescrit : i** que « lorsqu'un Juif aura molesté un chrétien en exigeant des intérêts excessifs, tous les au-tres chrétiens devront s'abstenir de tout commerce avec lui ; 2° que, pour éviter les mariages ou relations entre les chrétiens d'une part, les Juifs et les Sarrasins de l'autre, ceux-ci devront porter des signes distinctifs sur leurs vêlements ; 3° que les Juifs ne pourront exercer aucun emploi public, et 4" que les Juifs qui se feront baptiser devront abandonner tous leurs anciens rites.
Le décret concernant une nouvelle croisade est le dernier document Décret relatif du concile. Il fixe le départ de l'expédition à l'année 1217 et près- ^^e prochaine crit, à cet effet, une paix universelle dans toute la chrétienté. croisade.
Innocent III ne devait pas voir l'exécution de son grand dessein. Au mois de juillet de l'année 1216, comme il se rendait dans la ^^^^
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Haute Italie, pour y apaiser un ditlereud entre Pise et benes, et y (16 juillet préparer la croisade, il fut pris de la fièvre, et mourut à Pérouse, le iai6). 16 juillet, presque subitement, dans la cinquante-sixième année de son âge et la dix-neuvième de son pontificat.
On ne peut juger équilablcment l'œuvre de ce grand pape qu'en la prenant dans tout son ensemble et en la considérant dans son milieu. On a été choqué de voir Innocent III s'assujettir, en qualité de vassaux, des princes et des rois, leur parler parfois comme un chef d'armée parlerait à ses capitaines. Mais il ne faut pas oublier que ces princes et ces rois, s'ils n'avaient pas gravité dans l'orbite de la papauté, auraient été entraînés, au grand détriment delà chrétienté, dans celui de l'empire d'Allemagne ou de Tempiie de Gonslantinople ; que la vassalité était alors le moyen normal de s'assurer Grandeur une autorité permanente sur les peuples*, et que l'hégémonie du / o°*œuv Saint-Siège paraissait, à ce moment précis de l'histoire, nécessaire au triomphe de la morale évangélique et de la vraie civilisation. Ajoutons que, bien souvent, le lien de vassalité à l'égard du Saint- Siège fut désiré par les princes eux-mêmes; qu'ils y virent moins le signe d'un joug que la garantie d'une protection. On en vit même chercher à abriter sous ce vasselage leurs usurpations ou leurs
I. L.1 b>ance cependant se montra dévouée au Saint-Siège sans contracter jamais aucun lien de vassalité à son égard.
iDJusles conquêtes : tant était grande alors l'autorité morale de la papauté, s'étendant au loin sur tout ce qu'elle prenait sous sa tutelle*. Innocent III, d'ailleurs, sut toujours tempérer, nous avons eu l'occasion de le constater plus d'une fois, l'énergie de son gouvernement par un rare esprit de bonté miséricordieuse, et la justice du suzerain s'effaça, en lui, presque toujours, devant la charité du pasteur et du père.
I. Voir Mgr Dlchesne et Paul Fabre, le Liber censuum de V Eglise romaine, Paris,