I. Bréhier, l'Eglise et i Orient au Moyen Age, p
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
villes à Saint-Jean-d'Acre. Tel fut l'objet du traité signé à Jaffa le 4 février 1229. Le 17 mars, Frédéric II fit son entrée solennelle dans la Ville sainte, revêtu du manteau impérial et suivi de ses chevaliers. Il ne lui restait plus qu'à se réconcilier avec le pape. Il le fit en jurant de faire évacuer les Etats de l'Eglise par ses troupes, de restituer à tous clercs et laïques ce qui leur avait été confisqué pour leur attachement à l'Eglise, de réintégrer tous les évêques exilés. Ces engagements furent souscrits par lui, le 28 juillet 1280, à San Germano ; et le pape, ayant reçu satisfaction sur tous les points qui avaient provoqué l'excommunication de l'empereur, le réconcilia avec l'Eglise le 28 août ^.
Mais Grégoire IX se méfiait toujours de ce succès précaire et équivoque. L'attitude de Frédéric II en Orient était malveillante à l'égard de l'Empire latin. Il ne secourait ni Jean de Brienne, son beaupère, ni Baudouin II, son beau-frère. Une coalition se forma contre lui, et, en 12/1 3, la Haute-Cour de Jérusalem, prenant pour prétexte la majorité du prince Conrad, fils de Frédéric II, déclara celui-ci déchu de la régence, et confia le gouvernement de Jérusalem à la reine de Chypre, Alix de Champagne, comme à la plus proche parente d'Isabelle de Brienne, puis à son fils Henri de Lusignan, roi de Chypre. D'ailleurs, les pouvoirs de ce dernier eurent peu de durée, car un nouveau désastre enleva bientôt la Ville sainte à la domination des chrétiens.
Réconciliation
avec le pape
au traité
de
San Germano
(28 juillet
ia3o).
Frédéric
reprend sa
politique
égoïste.
La
Haute Cour de Jérusalem
le déclare déchu de son
autorité en Palestine.
in
Pour combattre l'infidèle, la Providence, heureusement, avait préparé à l'Eghse d'autres secours. Pendant que l'empereur allemand bouleversait le monde, sous le prétexte de délivrer le tombeau de Jésus-Christ, saint Ferdinand et ses Espagnols, saint Louis et ses Français, saint François d'Assise et ses Frères mineurs, accomplissaient, avec moins d'éclat, des œuvres plus utiles,
La victoire remportée, le 16 juillet 1212, à Navas de Tolosa, avait brisé l'élan de l'invasion musulmane en Espagne, mais n'avait pas écarté tout péril. Les quatre ordres militaires d'Avis, de Saint-
La croisade
en
Espagne.
I. M. G., SS., XIX, 362 ; M. G., Leges, sect. IV, t. H, p. i-o-iS3, n. ia6-
5oo
Saint Ferdinand III,
roi de Gastille et
de Léon (iai7-ia5a).
Ses réformes
législatives
et judiciaires.
Ses expéditions
contre les Maures.
Sa sainteté.
Jacques, d'Alcantara et de Calatrava, darent continuer à former, dans la péninsule, comme un rempart vivant, contenant les flots des musulmans almohades ^ L'avènement au trône de Gastille du roi Ferdinand 111, le 3i août 1217, donna une nouvelle sécurité à l'Espagne et à l'Eglise. Le nouveau souverain était âgé de dix-neuf ans à peine ; mais son esprit sérieux et ferme, son intelligence ouverte, et surtout sa foi profonde, promettaient à son peuple une ère dejustice et de prospérité. Cette promesse fut tenue. Parlant de ce principe, que la première condition d'une action extérieure puissante, pour un Etat, est une organisation intérieure solidement établie sur l'observation delà justice entre les hommes et sur le respect des droits de Dieu, il s'appliqua d'abord à améliorer la législation, entreprenant cette refonte du code wisigolh que son fils Alphonse X acheva et publia sous le nom d'El Setenario -. Il veilla, en même temps, à faire appliquer exactement, sans passion ni faiblesse, les lois qu'il s'efforçait de rajeunir. Lui-même, dans tous les lieux où il passait, se plaisait à écouter et à trancher les difl'érends, prenant volontiers le parti des pauvres et des humbles. « Je crains plus, disait-il, les malédictions d'une pauvre femme que toutes les armées des Maures^. »
Le pape Grégoire IX ayant, en 1229, chargé son légat, Jean d'Abbeville, évêque de Sabine, de susciter en Espagne une croisade contre la domination des musulmans, Ferdinand III fut le premier prince qui répondit à cet appel. Tandis que Jacques P"" d'Aragon prenait Majorque et Valence, le roi de Gastille, devenu également roi de Léon par la mort de son père Alphonse IX en i23o, emportait d'assaut les places fortes de Cordoue, de Séville et de Gadix. Bref, à sa mort, en 1262, les Maures ne possédaient plus dans la péninsule que la ville de Grenade, et le grand roi, qui portait un cilice sur sa chair, qui passait en prières la nuit entière précédant une prise d'armes, et qui s'écriait : (( Seigneur, vous m'êtes témoin que je ne cherche que le développement de la foi en vous et
1. Les Almohades (de l'arabe al monahedyn), secte et dynastie de princes maures, ainsi nommés parce qu'ils prétendaient être les seuls à reconnaître l'unité de Dieu, avaient supplanté, depuis 1120, au Maroc, puis dans la régence d'Alger et sur les cotes méridionales d'Espagne, les Almoravides (de l'arabe al morabeth), ainsi appelés parce qu'ils se donnaient comme les plus religieux de leur race. (De morabeth, on a lait, par corruption, marabout.)
a. J. Laurentie, Saint Ferdinand 111^ un vol. in-ia, Paris, 1910, p. 47-48.