Bréhier, p
3. Joinville, Vie de saint Louis, édit. Natalis de Wailly, 1874, § 71.
4. Lauglois, dans VHist. de France de Lavisse, t. III, 2e partie, p. 37-38.
Saint
François
d'Assise et la
croisaKie.
11 prêche l'Evangile
devant le Soudan d'Èg)pte.
réunir toutes les forces de la chrétienté contre les infidèles. Tout enfant, rien ne l'affligeait comme le récit de l'oppression qui pesait sur les chrétiens de Palestine. La perfidie dont Frédéric II fit preuve dans son expédition d'Orient, fut pour Louis IX l'occasion d'une grande peine. Guillaume de Nangis raconte qu'en 1287, l'empereur d'Allemagne ayant manifesté le désir de se concerter à Yaucouleurs ^ avec les rois d'Angleterre et de France, sur les intérêts de la chrétienté, ce dernier manifesta l'intention d'y aller avec deux mille chevaliers. L'empereur, devant cette marque de méfiance, allégua une maladie pour ne pas s'y rendre ^. Trois ans plus plus tard, les dangers de l'invasion mongole, l'appel suprême du pape Grégoire IX à la chrétienté contre le nouveau péril de l'Eglise, émurent profondément le cœur du saint roi. La brusque diversion que firent les envahisseurs vers l'Extrême-Orient, arrêta son projet de prendre la croix ; mais cette idée ne le quitta plus. Il devait la réaliser plus tard, avec un éclat qui a fait de lui le modèle achevé des chevaliers du Christ.
Comme son cousin saint Ferdinand de Castille, saint Louis, en eff'et, pouvait dire : u Ce que je désire, ce n'est pas l'extension d'un royaume terrestre, cest la propagation de la foi à Jésus-Christ. » Tel était le sentiment qui dominait aussi alors l'âme d'un autre grand saint. Mourir pour le Christ, en prêchant son nom aux infidèles, sur la terre arrosée de son sang : tel était, nous l'avons vu, le rêve de François d'Assise. En 12 19, dans l'église de Sainte-Mariedes-Anges, il partagea le monde entre ses disciples, et se réserva la Syrie et la Palestine. Au mois d'août, il avait rejoint, à Damiette, l'armée des croisés. Il ne tarda pas à s'apercevoir que beaucoup de ces soldats du Christ avaient besoin de la parole de Dieu ; il la leur prêcha avec fruit, détermina même plusieurs d'entre eux à revêtir la robe de Frère mineur. Mais François n'eut de repos qu'il n'eût prêché l'Evangile aux musulmans. Le soudan d'Egypte, Mélek-el- Khamil, avait promis un besant d'or à qui lui apporterait la tête d'un chrétien. François, prenant sans doute prétexte d'entamer des préliminaires de paix au nom de l'armée chrétienne, se présente, accompagné d'un Frère mineur, aux avant-postes sarrasins. Ils sont d'abord accablés de coups par les sentinelles, mais à force de crier : a Soldan I
1. Vaucouleurs était le lieu ordinaire des conférences entre la France et l'Empire.
2. Guillaume de Nangis, Gesta, dans les Histor. delà France, t. XX, p. 3a5. Ci. ibid., p. 5/18.
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
Soldan ! » François finit par être amené en présence du Commandeur des croyants. Alors, à la stupéfaction de tous, il lui propose, en effet, la paix, mais en Finvitant à embrasser la foi chrétienne, dont il lui expose les dogmes avec simplicité. Le Soudan se borne à lui répondre avec douceur : « Prie Dieu, afin qu'il me révèle la religion qui lui est la plus agréable K » Puis il le renvoie, dit un vieux chroniqueur, « en lui donnant, ainsi qu'à son compagnon, un certain signe, afin qu'à sa vue, personne ne leur fasse aucun mal- ».
De tels héroïsmes consolaient Grégoire IX des trahisons et des parjures de Frédéric II. Ceux-ci, d'ailleurs, n'avaient pas eu l'Orient pour seul théâtre. Au printemps de 1228, l'empereur, pour se venger de l'excommunication portée contre lui par le pape, avait soulevé la puissante maison des Frangipani et plusieurs autres grandes maisons romaines, gagnées à prix d'argent ou par des promesses d'honneurs. Grégoire IX avait dû quitter Rome, s'enfuir à Rieti, puis à Pérouse. Durant l'été de la même année, l'empereur, en partant pour la Palestine, avait laissé derrière lui, pour inquiéter les Etats de l'Eglise, une forte troupe, mêlée d'Allemands et de Sarrasins, dont le pape eut bientôt à se plaindre. Il fallut, pour se mettre à l'abri de ses vexations, avoir recours à deux expéditions. L'une, commandée par Jean de Brienne, l'expulsa des Etats de l'Eglise ; l'autre pénétra jusqu'en Sicile, où les sujets du royaume furent déliés de leur serment de fidélité à l'empereur. Le traité de San Germano, conclu en i23o, amena six années de paix relative. Mais en i236, la guerre éclata de nouveau. L'empereur, sous prétexte de combattre les hérétiques, exigeait que le pape servît d'instrument à sa politique en excommuniant et en combattant les Lombards. Loin d'accéder à cette demande, Grégoire IX crut le moment venu de condamner une fois de plus les crimes de l'empereur, qui, à tous ses attentats publics contre le Saint-Siège, l'épiscopat et les ordres religieux, ajoutait les désordres d'une vie privée livrée à la plus grossière débauche. Frédéric répondit par des lettres envoyées à tous les princes chrétiens, pour les gagner à sa cause. Le pape, pour conjurer l'orage, fit un
1. Celano, Vita prima, I, 19 ; S. Bonaventure, VitaS. Francisci, IX, 8 ; Acta sanctoram, 11 octobre.
2. Actus Beati Francisci et sociorum ejus, édit. Sabatier, ch. xxvii. Ce signe aurait été, pense-t-on, un sauf-conduit, une sorte de Jlrman. La préférence qu'ont toujours fait voir les papes à choisir un Frère mineur pour les représenter auprès des musulmans remonterait à ce fait. — Les Actus ne sont autre chose qu'un recueil de faits dont l'adaptation italienne a reçu le nom de FioreLti.
Nouvelles
tracasseries de
l'empereur
contre le pape en
Italie.
Frédéric II
essaye
de soulever les
princes
d'Europe
contre Grégoire IX.
Le pape
dénonce
au monde
chrétien
l'impiété de
l'empereur.
Altitude
de
saint Louis.
Il concilie
son
dévouement
au Saint-Siège
avec
son respect des
traités.
dernier effort pour lancer l'empereur sur l'Orient. Mais une nouvelle fourberie de Frédéric précipita les événements. Pendant que ses envoyés promettaient au pape toutes les satisfactions demandées, Il envahissait la Sardaigne et s'emparait de Massa, dans le diocèse de Lucques. Le pape, à son tour, adressa, le 20 juin 1289, une encyclique à tous les princes chrétiens et à tous les évêques ^ répondant point par point aux calomnies de l'empereur, et démasquant son impiété scandaleuse. Ne l'avait-on pas entendu dire que « trois imposteurs, le Christ, Moïse et Mahomet, avaient conduit le monde à sa ruine » ? Ne l'avait-on pas entendu s'écrier, en voyant un prêtre porter le Saint-Sacrement à un malade : « Combien de temps encore durera donc cette comédie ^ ? » Dans deux lettres écrites peu de •temps après, le 21 octobre 1289, le pape chercha à convaincre le roi de France delà culpabilité de Frédéric et de la nécessité de le combattre ^.
La situation du saint roi était délicate. Son dévouement au Saint- Siège ne pouvait le laisser indifférent à ce grand débat. Son intérêt particulier l'aurait porté à prendre les armes contre l'empereur. « Frédéric se prétendait toujours, en effet, le souverain de tous les pays situés à l'est de la Meuse, de la Saône et du Rhône *. En prenant le parti de Grégoire IX, saint Louis pouvait chasser des frontières de France cette ombre de souveraineté impériale ^. » Mais son père Louis VIII, et, plus tard, sa mère Blanche de Castille avaient conclu des traités de bonne entente avec l'Empire. Nul ne poussa si loin le respect des traités que le roi Louis IX. « Il laissa les évêques publier, selon l'ordre du pape, l'excommunication de Frédéric. Il laissa le pape lever de l'argent sur les ecclésiastiques ; mais lui-même refusa de s'engager, et déclina, au nom de son frère, la dignité impériale que le pape offrait à ce dernier 6. » Le roi d'Espagne, saint Ferdinand de Castille, garda, pour des raisons semblables, la même attitude ''.
I. PûTTHAST, n. 10766. L'exemplaire que nous possédons de cette lettre, mentionnée par Potthast, est adressé à l'archevêque de Gantorbéry et à ses suffragants. 3. Hefele-Leclercq, V, lôgo-iÔQi.
3. Huillabd-Bréholles, Hist. diplom. Frid. II, t. V, p. 457 ; Potihast, n. 10798, 10799.
4. Huillard-Bréholles, op. cit., introd., ch. m, p. ccli et s.