‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 292 sur 336 · Hefele-Leclercq, V, i6o · texte numérisé non relu

Hefele-Leclercq, V, i6o

orgueil, refusa ces avances, et décida de recourir aux armes. Il s'avançait à la tête d'une armée, et ravageait déjà les environs de Rome, quand le pape, presque centenaire, mourut, le 21 août

Célestin IV (a5 octobre- 10 novembre

Innocent IV

(25 juin 1243-

7 décembre

ia54).

La mort du digne ponlife fut l'occasion pour l'empereur d'un triomphe insolent et grossier. « Il n'a donc pas franchi les limites du mois d'Auguste (du mois d'août), écrivit-il aux princes de la chrétienté, celui qui avait osé s'attaquer à Auguste ! Il est mort, celui qui avait jeté tant d'hommes en péril de mort ^ ! » Les intrigues et les tracasseries de Frédéric devaient prolonger la vacance du siège pontifical pendant environ deux ans, car le cardinal Gottfried, de Milan, évêque de Sabine, vieillard infirme, qui fut élu au mois d'octobre sous le nom de Célestin IV, mourut seize jours après son élection, sans avoir signalé son rapide passage sur le Siège apostolique par aucun acte important-. L'empereur craignit cependant qu'une prolongation indéfinie de cet état de choses, dont personnellement il s'accommodait, ne soulevât contre lui la chrétienté ^. Enmai i2/i3, saisissant le moment où le cardinal Romain de Porto, son adversaire le plus redouté, venait de mourir, il permit aux cardinaux de se réunir en conclave'^. Il paraît même avoirexprimé le désir que l'élu des cardinaux fût le cardinal-prêtre de Saint-Laurent-in-Lucina, Sinibaldo Fieschi, qui, par les fiefs impériaux que possédait sa famille, appartenait à la noblesse de l'Empire, et avec qui il avait eu des rapports empreints de cordialité. Les cardinaux n'eurent pas de peine aie satisfaire. Ils connaissaient leur collègue comme un homme de foi très sûre. Les hautes fonctions dont 1 avait chargé la confiance

1. Huillard-Bréholles, Hist. diplom. Frider.^ t. V, p. 1165-1167.

2. Senex et infirmas, dit le Liber pontificatis, cito morilur [Lib. poniif., t. II,

3. Fin août 1242, le roi dé France, Louis IX, avait écrit aux cardinaux de ne rien négliger pour élire un pape et de ne pas se laisser effrayer « par certain prince

, qui voulait cumuler l'Empire et le Sacerdoce ». C'était assez indiquer Frédéric. Saint Louis ajoutait qu'ils pouvaient compter sur l'appui de son royaume. (Huillard-Bréholles, t. VI, p, 68.)

4. Le premier exemple d'un conclave, c'est-à-dire de la pratique consistante enfermer les cardinaux dans un local, d'oij ils ne sortiront qu'après l'élection d'un pape, semble remonter à l'élection de Célestin IV, en I24i (Hefele-Leclercq, V, i6i3 note 2).

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

des papes Honorius III et Grégoire IX, avaient révélé son attachemeut inébranlable à l'Eglise romaine. Les leçons de droit canonique, qu'il avait données à l'université de Bologne, avaient témoigné de sa haute science. Il était dans la force de l'âge. Le 2/1 juin 12/53, il fut élu à l'unanimité des voix. Il choisit aussitôt, pour bien montrer qu'il entendait continuer les traditions du pape Innocent III, le nom d'iNNOCENT IV, et déclara, en notifiant son avèoemcnt aux princes, le 2 juillet, qu'il maintiendrait tous les droits de la papauté. Frédéric lui écrivit une lettre de félicitations pleine de bons souhaits ^ mais on dit que, pressentant l'avenir, il s'écria : « Je crains que cette élection ne m'ait enlevé un ami parmi les cardinaux, en me donnant, pour toute compensation, un pape ennemi. » Si, par ennemi, l'empereur désignait seulement un défenseur énergique des droits dont il était l'injuste agresseur, ses pressentiments devaient se réaliser au delà de toute attente.

Le pontificat d'Innocent IV, qui devait durer onze ans, est caractérisé par une unité et une continuité parfaites de vue : la libération de l'Eglise, opprimée en Occcident par l'empereur, en Orient par les infidèles. Les trois principaux événements de son règne : le concile de Lyon, la lutte contre Frédéric II et la croisade, ne sont que les divers moments de l'exécution de ce programme.

Quelques mois sulfirent au nouveau pape pour se convaincre que le séjour de Rome n'était pas sûr pour lui. L'attitude de l'empereur était de plus en plus équivoque. Pendant q'i'il négociait, tergiversait, multipliait les proniesses et n'en tenait aucune, il achetait des forteresses aux Frangipani, faisait molester par son fils Conrad les évêques qui venaient de Rome ou qui s'y rendaient, et lui-même ne quittait pas l'Italie, comme prêt à y jouer un rôle décisif. Certaines traditions ont prêté à l'empereur le projet de faire enlever le pape. Il était du moins à craindre qu'Innocent ne vît tout à coup ses communications rompues avec le monde chrétien. Quand le danger lui parut bien clair, il se hâta de créer douze nouveaux cardinaux., pour compléter le Sacré Collège, réduit à sept membres, confia au cardinal Otton de Porto les pouvoirs nécessaires pour le suppléer à Rome, puis, le 10 juin i2l\li, déguisé en chevalier, il quitta la \iile éternelle, se rendit à Civila-Vecchia, où un de ses parents avait fait préparer une flotte pour l'escorter, et, rejoint par douze de ses cardinaux,

Son programme.

En présence des intrigues de Frédéric II en Italie, Innocent IV quitte Rome

el se rend à Lyon ^ia44}*

I. IIc(lla.ro-Bréhollbs^ t. NI, p. go-ioS ; M. G., Leges, t. II, p. 34i. llist. gén. de l'Eglise. — IV 33

Premier concile général

de Lyon

(treizièaie

œcunaénique)

(ia45).

Le concile

déclare Frédéric II

déchu

de la dignité

impériale.

nommément désignés par lui, il se rendit à Lyon, alors ville libre, située aux frontières de la France et de l'Empire, non loin du prince qui pouvait, en cas de danger, lui donner la plus efficace protection. L'abbaye de Saint-Just, située sur la colline de Fourvières et entourée d'une solide fortification, lui parut un asile sûr. Il devait y demeurer plus de six ans, et, de là, gouverner, en toute liberté, le monde chrétien *.

Le premier de ses soins fut de réunir autour de lui le grand concile qu'avait projeté son prédécesseur. Les tristes nouvelles qui arrivaient de l'Orient en rendaient la tenue plus urgente. Au mois de septembre de i24'4, l'armée du Soudan d'Egypte, soutenue par dix mille Khovaresmiens^, s'emparait de Jérusalem. Un corps de Mongols menaçait Antioche. Les chrétiens d'Orient étaient dans le plus grand péril et réclamaient le secours de leurs frères d'Europe. Le 4 janvier 12^5, Innocent IV convoqua à Lyon, pour le 28 juin de la même année, tous les évêques et tous les princes des pays catholiques, pour y traiter les questions concernant la Terre Sainte, les rapports du Saint-Siège avec l'empereur et la réforme de l'Eglise.

Il n'était pas au pouvoir de l'empereur d'empêcher cette assemblée. Il convoqua, de son côté, une dicte à Vérone, et envoya, pour le représenter à Lyon et y défendre sa cause, plusieurs de ses conseillers les plus dévoués, entre autres, Pierre de la Vigne et Thaddée de Suessa.

Au jour fixé, 28 juin i245, plus de deux cents prélats 3, venus de diverses contrées de la chrétienté, se réunirent dans la cathédrale Saint-Jean de Lyon. L'empereur latin de Constantinople, Baudouin II, prit place à côté du pape. Les trois patriarches de Constantinople, d'Anlioche et d'Aquilée et les ambassadeurs de plusieurs princes occupaient des places d'honneur.

Malgré une défense très habile de l'empereur, présentée par lliaddée de Suessa, le concile, considérant que l'empereur Frédéric II avait violé les serments plusieurs fois prêtés aux souverains pontifes, qu'il avait méprisé les censures ecclésiastiques, occupé les terres de l'Eglise, et incarcéré arbitrairement des prélats, qu'il n'avait pas payé depuis neuf ans le tribut dû au Saint-Siège pour le royaume de Sicile, et

Page 1