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Sur le nombre de prélats, voir Hefele-Leglercq, V, i

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

qu'il s'était rendu suspect d'hérésie par ses relations avec les Sarrasins, le déclara déchu de la dignité impériale.

On prit ensuite diverses mesures en vue de secourir Constantinople et la Terre Sainte, et une croisade fut décidée à bref délai. Entre autres mesures de réforme, on proscrivit sévèrement les duels et les tournois *.

En apprenant la sentence de déposition prononcée contre lui par le concile, Frédéric II éclata de colère. Il plaça sur sa tête une de ses couronnes, et s'écria : « J'ai encore ma couronne, et ni pape ni concile ne pourront me l'enlever sans une lutte sanglante. » Il envoya ensuite aux princes européens une circulaire violente contre le pape, leur disant que leurs couronnes étaient menacées, et ajoutant que « ce serait faire œuvre pie que d'enlever au clergé des richesses nuisibles, pour le ramener à la vie apostolique de la primitive Eglise». Tous les princes étaient invités à lui prêter leur concours à cette fin ^. C'était se mettre en révolte ouverte, non seulement contre le pape, mais contre l'Eglise ; c'était leur déclarer la guerre.

Entre le Sacerdoce et l'Empire, ce fut désormais, jusqu'à la mort de Frédéric II, une lutte sans trêve, qui prit toutes les formes. Tantôt l'empereur multipliait les mémoires juridiques où, par des sophismes habilement présentés, il s'efforçait de montrer le bon droit de son côté ; tantôt des gens à sa solde répandaient à profusion des pamphlets contre le pape et ses amis. A prix d'argent, il essayait de gagner à sa cause les alliés du Saint-Siège. Par un système de terreur méthodiquement appliqué, il tentait d'effrayer les populations soumises au pape. Des moines, coupables d'avoir obéi aux décisions du concile de Lyon, furent attachés deux à deux, et, par ordre de l'empereur, « brûlés vifs comme des renards ». Des troupes mercenaires faisaient des incursions fréquentes sur le patrimoine de saint Pierre, pillant et brûlant tout sans pitié.

Innocent était obligé de faire face à toutes ces attaques. Pour se conformer au décret de déchéance prononcé par le concile de Lyon,

Violente colère

de

l'empereur.

Il essaye de soulever

l'Europe

en sa faveur

et de

terroriser

le pape.

I. Voir les canons du concile dans Mansi, t. XXIII, et dans Hefele-Leclercq, V, 1643-1678.

a. [Iuii.LA.RD-B(iéHOLLES, VI, SSg-SgS.

Election

d'un nouvel

empereur.

Détresse

financière

d'Innocent IV.

Il est obligé d'avoir recours

à des procédés extraordinaires de fiscalité.

une importante fraction des princes allemands élut, au printemps de 1246, un nouveau roi de Germanie, Henri Raspon de Thuringe, puis, après la mort de ce nouveau chef, Tannée suivante, le jeune comte Guillaume de Hollande. Le pape, sous peine de paraître reculer devant son ennemi et abandonner ses fidèles défenseurs, était obligé, pour les soutenir, de faire des dépenses énormes. Frédéric avait des armées et beaucoup d'argent. La possession de la Sicile faisait de lui le prince le plus riche de l'Europe. Pour lui résister, Innocent avait été obligé de recourir à des procédés fiscaux extraordinaires : à des prélèvements sur les revenus des églises et sur ceux qui étaient attachés de quelque manière aux dignités ecclésiastiques. La multiplication des « expectatives^ », la restriction de la liberté des élections, en vue de multiplier les interventions du Saint-Siège dans les nominations aux bénéfices, furent aussi des conséquences fâcheuses des besoins financiers. du Saint-Siège. De là, des récriminations très vives, dont la papauté eut beaucoup à souffrir, mais dont, il faut bien en convenir, l'empereur Frédéric, en acculant le Saint-Siège en détresse à ces regrettables expédients, était le premier responsable *.

Ces malheureuses suites de la guerre déchaînée par l'ambitieux souverain, n'en furent pas les seuls déploiables résultats La reprise, àFétataigu, de la lutte du Sacerdoce et de 1 Empire détourna les esprits de la croisade. 0 Gomment songer à Jérusalem, quand il

1. L* « expectative » était le droit conféré à un clerc d'êlre pourvu d'un bénéfice vacant ou qui viendrait à vaquer. Le concile de Trente a aboli les « expectatives ».

3. Pendant sept ans, Innocent IV eut à dépenser plus de 200,000 marcs d'argcnl pour soutenir sa lutte contre Frédéric II. Sur les mesures de fiscalité qu'il employa, et sur les réclamations que ces mesures soulevèrent, voir E. Berger, Saint Louis el Innocent IV, Paris, 1898 ; Adlinger, la Nomination aux évêchés allemands sous Innocent IV ; P. FouRxiER, les OJjficialUés au Moyen Age, Paris, 1880 Les plaintes des barons et du clergé de France furent appuyées par saint Louis lui même, dans un mémoire rédigé en 1347, et imprimé à la suite de la chronique de Mathieu de Paris. Quelques historiens, il est vrai (Sepet, Saint Louis, p. 192), tiennent que raulhenllcilé de ce mémoire n'est pas incontestable. Ea toute hypothèse, c'est à tort qu'on a attribué, à ce propos, à saint Louis une soi-disant ordonnance, dite <i Pragmatique Sanction» datée de mars 1269, qui aurait interdit les tributs onéreux QHR percevait la cour de Rome sur le clergé du royaume et pris d'autres mesures contre les prétendus empiétements de la papauté. Cet acte, qui a été considéré au xviie et au xvme siècle comme le palladium des libertés de l'Eglise gallicane, est faux. (( Il a été fabriqué au xv* siècle, dit M. Langlois, par des gens qui n'étaient pas au co'jrant des formules en usage dans la chancellerie des Capétiens directs, en vue de donner à la Pragmatique Sanction de Charles VII un précédent vénérable. » (Langiots, dans r//ts/. de France de La visse, t. Ilf, 2* partie, p. 63-64. Cf. Walloii, Saint Louis ^ t. H, p. 35-36 ; Lecot de la Marche, Saint Louis, son gouvernement et sapoUtîque, un vol. in-40, Tours, 1887, p. 187-315.)

l'organisation de la chrétienté 5 17

s'agissait de savoir si l'Empire demeurerait à Frédéric ou Rome au pape? L'Italie et l'Allemagne étaient trop intéressées à la question, pour avoir le loisir de s'occuper d'autre chose. Restaient l'Angleterre et la France. Mais, saint Louis ayant pris la croix, Henri JÏI en fut d'autant moins disposé à le faire. La trêve entre la France et l'Angleterre élait près de finir, et le roi d'Angleterre espérait peut-être trouver dans l'éloignement du roi de France quelque occasion d'en profiter ^ » Louis IK fut donc seul à supporter le poids de celte expédition. Il n'en fut pas ébranlé.

Pour la politique du roi de France, la croisade, « sous son appa- L'idée rence offensive, n'était autre chose que la continuation de la grande p^^j^. *

œuvre de défense chrétienne et européenne, énergiquement menée à saint Louis, bien, contre l'assaut de la barbaiie païenne et musulmane, par Charles Martel et Charlemagne ^ » Pour sa piété, c'était la plus grande manifestation de dévouement et d'amour qu'un chevalier pût donner à son Dieu. En 1244? pendant une grave maladie qui mit ses jours en danger, le pieux roi, s'élanlfait apporter les reliques delà Passion, qu'il avait, trois ans auparavant, achetées à l'empereur latin de Son vœu. Constantinople, s'était trouvé subitement guéri. Il avait mandé aussitôt auprès de lui Tévêque de Paris, Guillaume d'Auvergne : « Monsieur l'évêque, lui avait-il dit, je vous prie de mettre sur mon épaule la croix du voyage d'outre-mer. » A partir de ce moment, il s'était considéré comme lié par un engagement sacré à entreprendre l'expédition de Terre Sainte.

Pendant près de quatre années, il mûrit et prépara son entreprise. Son dépari Le vendredi 12 juin 1248, après avoir reçu à Saint-Denis l'oriflamme , rp P°"c • »

J .... . '* terre baint*

de la main du légat, le saint roi sortit de Paris, en habit de pèlerin, (12 juin

nu-pieds, escorté par les processions de toutes les églises, et, après *3ao). avoir pris congé de son peuple, monta à cheval et partit. Le 18 août, il mita la voile à Aigues-Morles. Danslanuitdu 17 au iSseptembre, il débarqua dans l'île de Chypre, choisie comme point de concentration. L'attente de renforts sur lesquels il comptait, et qui ne vinrent pas, l'y retint huit mois. Enfin, le /j juin 1249, ^^ arriva en vue du rivage de Damiette. « Mes fidèles amis, s'écria-t-il, ens'adressant aux chefs de son armée, tout est à nous, quelque chose qui Pris«

nous arrive. Si nous triomphons, la gloire du Seigneur en sera celé- Damieltd

I. Wat.lo?c, Saint Louis, t. I, p, 21a. J. Sepet, Saint Louis, p, i4o.

HISTOIRE GEîsERALE DE L EGLISE

Victoire de Mansourah (février ia5o).

Captivité

de

saint Louis.

Vaillance

de

saint Louis.

Son esprit de foi.

brée dans toute la chrétienté; si nous sommes vaincus, nous monterons au ciel comme martyrs. » Dieu ne réservait pas le triomphe aux armes de son fidèle serviteur. Après la prise de Damiette, et une victoire très meurtrière remportée à Mansourah, la peste l'obligea à battre en retraite. Son armée fut décimée par la maladie et par le glaive des Sarrasins. Il tomba lui-même aux mains de ses ennemis ; mais en revenant en Europe, quatre ans après, en i254, avec les débris de ses troupes, il laissait aux Francs comme aux infidèles l'exemple d'une valeur, d'un courage dans les épreuves, d'une probité en toutes choses, qui relevait le prestige du nom chrétien à l'égal des plus triomphantes victoires. « Comme j'étais à pied avec mes chevaliers, raconte Joinville, vint le roi avec son corps de bataille. Oncques si bel homme armé ne vis. Il paraissait au-dessus de tousses gens, les dépassant de l'épaule, un heaume doré sur la tête, une épée d'Allemagne à la main » « Le sire de Gourtenay, dit-il encore, me conta qu'un jour six Turcs étaient venus saisir le cheval du roi par le frein, et l'emmenaient prisonnier Et lui tout seul s'en délivra, à grands coups qu'il leur donna de son épée. Et quand ses gens virent la défense que faisait le roi, ils prirent courage. » « Il paraissait bien à son visage, dit un autre témoin, qu'il n'avait en son cœur ni peur, ni crainte, ni émoi. «> Le comte Charles d'Anjou, son frère, le voyant malade, le suppliait de sauver ses jours en entrant dans un navire. « Comte d Anjou, comte d'Anjou ! répondit gravement le roi, si je vous suis à charge, débarrassez-vous de moi *, mais je ne me débarrasserai jamais de mon peuple, n Captif, il étonna les Sarrasins et les frappa d'admiration, u délibérant et se déterminant sous leur main avec une aussi mûre réflexion et une aussi parfaite liberté d esprit qu'il l'aurait pu faire dans son palais de la cité de Paris, paisiblement entouré de ses chevaliers et de ses clercs ^ . » Son esprit de foi dominait en lui tout autre sentiment, u Oh ! disait-il, en parlant d'un émir qui semblait vouloir se faire chrétien, si je pouvais devenir le parrain d'un tel filleul l )) Mais la piété ne lui enlevajamais rien de la noble fierté qui sied à un chef de nation. Généreux sur les questions d'argent, il accorda tout ce que ses ennemis lui demandèrent pour la rançon de ses soldats, mais, comme on lui demandait à quel prix il mettait son propre rachat, il répondit, rapporte Joinville, « qu'il n'était pas tel qu'il se dût racheter à prix d'argent »>. « Quand le

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