‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 295 sur 336 · LES · texte numérisé non relu

LES

Vue générale

de cette période.

Elle

est marquée

par peu

de grands

événements

extérieurs.

Pendant les quarante années qui séparent la mort dlnnocent IV de Tavènement de Boniface VLU, l'histoire extérieure de l'Eglise est marquée par peu de grands événements. De 1264 à 129/i» douze papes se succèdent. La brièveté de leurs règnes et la longueur relative des interrègnes, ne leur permettent pas de poursuivre un grand projet politique. D'ailleurs, à côté d'eux, dans les nations, aucune grande entreprise ne se manifeste Sous le sceptre des derniers des Hohenstaulen. l'empire germanique, épuisé par les grandes luttes de Frédéric II, se désagrège. Les anciens royaumes d'Arles, de Bourgogne, la Lorraine, s'en détachent. Les seigneurs deviennent de véritables souverains. Une anarchie semblable règne en Italie, où les cités, les ligues, après avoir triomphé des empereurs, se battent entre elles. En France, au contraire, en Angleterre et dans la plupart des autres Etats, la tendance des événements est de centraliser et de fortifier le pouvoir.

Mais tous ces mouvements de destruction et d'édification se font comme par petites secousses, sans que les contemporains semblent en avoir aperçu les grandes lignes. L'Orient offre un spectacle analogue : l'empire latin de Gonstantinople, né des convoitises combinées de Venise et des seigneurs, suit dans la tombe celui de Jérusalem. L'élan des croisades a disparu. Le roi de France, saint Louis, y jette l'éclat de son héroïsme elde sa sainteté; mais il est seul, et succombe. Cependant tout n'est pas signe de ruine dans ces événements multiples et complexes. Un monde nouveau s'élabore. Mais les générations suivantes pourront seules en discerner la naissance et leprogrès> Les papes, comme les rois et les peuples, de la seconde moitié du xm* siècle, ne peuvent, la plupart du temps, que faire face aux difficultés de l'heure présente, laissant à la Providence le soin de tout faire concourir à l'accomplissement de ses desseins.

L ORGA^flSATlON DE LA CHRETIENTE

avec une

grande

intensité.

Cependant jamais peut-être la vie intérieure de l'Eglise ne fut Nfais la plus intense. Les grands pontificats de Sylvestre II, de saint Gré- ^j^ lEelise goire VII et d'Innocent III, portent leurs fruits. C'est l'époque où la s'y manifeste théologie, reine des sciences, brille, avec saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, d'un éclat incomparable ; oij une philosophie chrétienne s'établit sur des bases solides ; où un art chrétien se révèle; où un droit chrétien s'organise, et s'oppose au droit antique ; où une organisation chrétienne du travail et de la propriété s'élabore ; où les sciences naturelles prennent elles-mêmes un essor jusque-là inconnu, sous l'influence d'un moine de génie, Roger Bacon. C'est l'âge de la Somme lliéologirjuey de ï flinéraire de l'âme vers Dieu, de l'expansion des grands ordres de saint Dominique et de saint François, de la chevalerie à son apogée, des cathédrales gothiques, des chansons de gestes, des grandes universités et des corporations de métiers. C'est surtout par rapport à cette époque qu'on peut dire, avec M. Ernest Lavisse, que le Moyen Age est une des plus grandes époques de l'histoire *, et, avec M. Emile Faguet, que « la vie intellectuelle y fut intense, avide, passionnée, et bien plus originale que la vie intellectuelle latine ^ »,

Le cardinal-évêque d'Ostie,Réginald, élu pape le 12 décembre Alexandre IV ï25/i, sous le nom d' Alexandre IV, et mort le 26 mai 1261, se dis- (i*^ "^c^"^ >*•

tinguait par la pureté de ses mœurs et la noblesse de son caractère ; mai 1261). mais il se montra trop accessible à des conseillers indignes, et il n'eut pas la fermeté nécessaire pour résister aux brigues des partis italiens. Il vécut la plupart du temps hors de Rome, où le sénateur Brancaleone balançait son pouvoir. Dans la lutte qui mit aux prises, en Allemagne, après la mort de Guillaume de Hollande, deux compétiteurs, Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre, et Alphonse de Castille, il hésita à se prononcer, quoique penchant visiblement vers le parti de Richard. En Sicile, il eut à lutter contre Manfred, qui refusait de congédier les Sarrasins qu'il avait à son service, et se mettait à la tête du parti gibelin en Italie. Tant de soucis

I. E. L.vvissE, Vue générale de Vhistoire politique de V Europe, p. vu, a. E. Faguet, Hist. de la lilt. française, t. I, p. 108, 116, 117.

Urbain IV

(29 août ia6i-

3 octobre

Il confère à

Charles

d Anjou,

frère de saint

Louis, le gouvernement

des Deux-Siciles.

Projets

ambitieux de

ce prince.

Urbain IV

favorise le culte du

Saint- Sacrement.

rempêchèrent de réaliser ses projets de croisade contre les infidèles. Il fit quelques tentatives auprès de l'empereur d'Orient, Théodore II Lascaris, en vue de l'union de l'Eglise grecque scbismatique, et il combattit les hérétiques d'Europe par les simplifications qu'il apporta à la procédure de l'Inquisition^ et par les encouragements qu'il donna à la prédication de moines mendiants.

Deux papes français lui succédèrent. Urbain IV, Jacques Pantaléon, fils d'un humble cordonnier de Troyes, qui s'était élevé, par ses mérites, des derniers rangs de la cléricature à la dignité de patriarche de Jcrusak ai, lorsqu'il fut élu pape à Vilerbe le 29 août 1261, dut aussi rtnoQcei' à faire de Rome sa résidence habituelle. Il travailla à concilier les deux partis qui se disputaient le pouvoir en Allemagne, et décida les deu\ préleudants, Richard et Alphonse, à accepter son arbitrage ; mais il mourut avant d'avoir pronoacé sa décision. Comprenant la giavilédela situation dans les Deux-Siciles, il en proposa le gouvernement au roi de France, qui refusa, puis à Charles d'Anjou, qui, poussé par sa femme et par son ambition, accepta l'offre, malgré les remontrances de son frère Louis IX. Charles devait recevoir le royaume de Naples comme fief du Saint- Siège et s'engager à ne jamais réunir ni l'Empire ni la Lombardie à ses nouveaux Etats. La stipulation était dictée par un sage esprit politique : l'indépendance de la papauté exigeait que le nord et le sud de l'Italie ne fussent jamais réunis sous la même main. Mais l'ambition de Charles ne sut pas se contenir. A peine était-il installé à Naples, qu'il cherchait à s'assurer des positions partout. A Milan, il obtenait la nomination d'un de ses sujets, le Provençal Barrai des Baux, comme podestat. A Rome, Charles lui-même était pris comme sénateur, et, à ce titre, représentait tout le Sénat. Urbain IV, dont la piété était profonde, chercha à se consoler des échecs de sa politique en favorisant le culte de l'Eucharistie. Il avait été. pendant qu'il remplissait les fonctions d'archidiacre à Liège, un des premiers approbateurs du projet d'une fête du Sainl-Sacrement. Il forma la

I. Il décida que la procédure se feisit désormais « d'une manière sommaire, sans bruit de jugement et d'avocat »>. 1 Bulle de décembre j 357. Cf. Potthvst, n. 17097.) On s'aperçut plus tard que. jour vouloir trop simplifier, on portait atteinte au droit Sdcré de la défense, et peu h peu, dans la pratique, les avocats parurent à côté des dccuséi. On multiplia même à tel point les assesseurs, qu'ils constituèrent un véritable jury. « Le jury, dit M. J. Guiraud, a donc fonctionné sur notre sol français, cinq cents ans avant les réformes de 1789. •» {Dict. apol. de la foi cath., t. U, col. 8;5.)

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

résolution d'étendre à l'Eglise universelle la célébration de cette solennité, qui se célébrait déjà dans quelques diocèses. 11 demanda aux deux plus grands docteurs de l'époque, à saint Thomas d'Aquin et à saint Bonaventure, la composition d'un office spécial à cette occasion, et publia, à cet effet, une bulle en 1264. Mais la mort du pontife, arrivée peu de temps après, retarda de quarante ans la célébration de cette fête, appelée à devenir une des plus solennelles et des plus populaires de l'Eglise.

Le successeur d'Urbain IV, Clément IV, éluleô février 1266, après Clément IV une vacance de quatre mois, se nommait Guy Le Gros. Il était on- 1365.20 ginaire de Saint-Gilles sur le Rhône *. D'abord avocat et juriscon- novembre suite, il fut un des conseillers intimes de Louis IX. Après la mort ^'

de sa femme, il embrassa la carrière ecclésiastique et en parcourut rapidement les degrés. Il revenait d'une mission qu'il avait remplie en Angleterre comme légat pontifical, quand il apprit que le Sacré Collège, à la mort d'Urbain IV, l'avait élu à l'unanimité. Pas plus que ses prédécesseurs, il ne put fixer sa résidence à Rome. Dans le conflit qui déchirait l'Allemagne, il revendiqua, comme Urbain IV, le droit de décider le choix de l'empereur, mais il mourut sans s'être prononcé. En Sicile, la situation devenait extrêmement critique. Les exactions et les empiétements de Charles d'Anjou étaient tels, que Clément IV ne fut pas éloigné de s'entendre avec son compétiteur II se préoccupa Manfred '^, ce fils naturel de Frédéric II, qui travaillait en même i^ u^ra^^n^^de temps à préparer les voies du pouvoir au jeune fils de Conrad IV, Charles Conradin. Mais le prompt succès de Charles d'Anjou, qui défit et tua Sicile Manfred à la bataille de Bénévent, le 27 février 1266, coupa court Aces velléités.

Cet événement cependant ne mit pas fin à la lutte. En 1267, le jeune Conradin, qui venait d'atteindre sa seizième année, profita des mécontentements suscités par la tyrannie de Charles d'Anjou, pour entrer en scène en personne, attaquant à la fois Soulèvement Naples et Rome, Charles d'Anjou et Clément IV. Ce coup d'audace ^^ ^^^.^ du jeune prince, sa valeur, sa jeunesse, soulevèrent en sa faveur (1268). les principales villes de l'Italie. Rome le reçut en triomphe, et la plus grande partie du royaume des Deux-Siciles s'était déjà prononcée en sa faveur, quand il fut fait prisonnier et conduit à

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