I. On connaît les deux vers célèbres
Bernardus valles, montes Benediclas amahaty Oppida Franciscus, célèbres Ignalius urbes. a. Les deux autres ordres mendiants étaient ceux des Carmes et des Ermites de Saint- À.ugustio.
Conséquences fâcheuses de
l'inlroduclion du
régime fcoda!
et du réginoe bénéficiaire
dans l'Eglise.
Les ordres
mendiants
apparaissent
comme
un rappel à l'ancienne
discipline.
sidérables s'étaient produits dansla société du Moyen Age, qui avaient profondément modifié les conditions de la vie des clercs : ç'avaient été dans le haut Moyen Age, l'avènement de la féodalité, et, an xiii® siècle, la substitution du régime bénéficiaire au régime de la propriété commune. Le régime féodal faisant reposer l'autorité publique sur la propriété, il en résulta que les divers membres de la hiérarchie catholique furent amenés à se constituer une série de domaines directs et utiles, hiérarchisés suivant les divers degrés de leurs pouvoirs. L'ascension vers les sommets de la hiérarchie devenait ainsi une ascension vers la richesse. Le péril était inévitable. La force morale et la sainteté permirent à un très grand nombre de clercs d'en triompher, et le triomphe de plusieurs fut glorieux. Mais une révolution, préparée peu à peu et à peu près consommée au xiii® siècle, vint aggraver le mal. Ce fut l'introduction et la généralisation du régime bénéficiaire, c'est-à-dire du régime qui attribuait à un clerc en particulier les revenus jusque-là attribués au fonds commun de l'église à laquelle les clercs étaient attachés. Sans doute les théologiens ne cessèrent jamais d'enseigner qu'au fond rien n'était changé ; que le bénéficier n'était qu'un administrateur, au nom de l'Eglise, d'une part de son bien ; qu'il ne pouvait prétendre sur cette part que son honnête entretien. Mais, aux yeux du peuple, aux yeux des patrons laïques qui distribuèrent les bénéfices, et, par voie d'influence, aux yeux de tels et tels clercs, l'obligation morale sembla changée. L'éclat des bénéfices et des prébendes allait tenter l'ambition des familles. Au lieu d'accepter d'abord l'ofTice et, par suite, d'acquérir le droit au bénéfice, on acquit le bénéfice d'abord, sauf à se rendre ensuite apte à l'office ^. La guerre entreprise par les papes contre les investitures laïques avait paré en partie au danger. L'institution des ordres mendiants, soustraits par une dispense générale à l'intitulation prescrite par le 6® canon du concile de Chalcédoine, détachés par là même de la hiérarchie ordinaire, préservés de ses inconvénients dans l'ordre de la propriété ecclésiastique, et professant la pauvreté jusqu'à ses plus extrêmes conséquences, fut comme une apparition nouvelle de l'antique apostolat ^.
Ce bienfait fut surtout le propre de l'ordre de Saint-François ;
I. Sur l'introduction dans l'Eglise du régime bénéficiaire et sur ses conséquences, voir Dom Gréa, Des biens ecclésiastiques et de la pauvreté cléricale^ aperçu historique, dansla Rev.prut. d'apol., iQiS.
a. Ibid.
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
Tordre de Saint-Dominique senable en avoir visé plus particulièrement un autre : le progrès des sciences ecclésiastiques et de la prédication *.
Au xiii^ siècle, l'enseignement était donné par l'Eglise dans trois sortesd'institulions : les universités, les écoles épiscopalesou monastiques, établies auprès des cathédrales et des grands monastères, et les « petites écoles », fondées dans les villages. Ces trois sortes d'institutions correspondaient à ce que nous appelons aujourd'hui l'enseignement supérieur, l'enseignement secondaire et l'enseignement primaire.
Les universités n'avaient pas été créées par une décision de l'autorité, mais s'étaient organiquement constituées d'elles-mêmes, soit par le groupement de plusieurs écoles, soit par l'affluence donnée à une école par l'enseignement d'un maître renommé. L'école, schola, prenait alors le nom de studium, et, si une corporation, soit de maîtres, soit d'élèves, la prenait à sa charge, elle changeait ce nom de studiiim pour celui d'université, le mot universitas étant alors synonyme de corporalio ^.
Les universités les plus célèbres furent celles de Paris, de Bologne et d'Oxford. La première fut surtout un foyer d'études philosophiques, dont le plus illustre représentant fut le dominicain saint Thomas d'Aquin ; la seconde fut un centre d'études juridiques, toujours inspiré par l'œuvre du bénédictin Gratien ; la troisième donna au monde le plus grand génie scientifique du Moyen Age, un des plus grands de tous les siècles, le franciscain Roger Bacon ^.
L'université de Paris naquit de l'école épiscopale de Notre-Dame. « A l'ombre de la cathédrale, se pressait toute une population, stu-
I. La contribution des Frères mineurs au progrès des sciences et à la prédication a été néanmoins très considérable. La suite de cette histoire en apportera de nombreuses preuves. Voir, sur ce sujet : R. P. Hilarin (Felder) de Lucerne, Histoire des études dans l'ordre de Saini-hyançois, traduction française, un vol. in-S», Paris
a. Sa.vignt, Hist. du droit romain^ t. III, eh. xxi.
3, Parmi les autres universités du Moyen Age, on peut citer : en France, Montpellier, Orléans, Angers, Toulouse; en Angleterre, Cambridge; en Italie, Salerne Padoue, Naples, Pavie ; en Espagne, Salamanque ; en Allemagne, Heidelberg| Cologne, Erfurt, Prague et Vienne.
Organisation de l'enseignement au ziu^ siècle.
Les
universités.
Leurs originel.
L'Université de Paris,
centre des études
théologiques.
HISTOIRE GExVERALE DE L EGLISE
Ses quatre facultés.
Ses quatre « nations ».
La
Sorbonne.
La querelle des ordres mendiants.
dieiîse ou bruyante, de professeurs et d'élèves, attirés de bien loin par la réputation des écoles parisiennes. Un jour, ils voulurent s'unir par un lien corporatif. Leur association forma V « Université des maîtres et des écoliers de Paris ». Cette désignation se rencontre pour la première fois dans un acte de 1221 ; mais la constitution de l'Université est certainement antérieure ^ » La corporation nouvelle se développa et s'organisa rapidement. Les maîtres se groupèrent en quatre facultés : celle de la théologie, celle du droit, celle de la médecine et celle des arts. Les étudiants de la faculté des arts, les plus nombreux de tous, prirent de bonne heure l'habitude de se réunir en groupements régionaux, suivant leurs pays d'origine. Ces groupements, primitivement très nombreux, se réduisaient à quatre au temps de saint Louis ; celui des Français, celui des Picards, celui des Normands et celui des Anglais. C'est ce qu'on appela les quatre « nations ». Chaque « nation » avait ses magistrats. Vers i24o, toutes les « nations » s'entendirent pour élire un chef commun, le recteur. Entre le recteur, chef des nations, et le chancelier, une lutte s'engagea, qui finit par le triomphe du recteur, lequel devint alors le chef de toute l'Université. A l'Université se rattachaient divers collèges, établissements qui se contentèrent d'abord d'offrir à certaines catégories d'étudiants le vivre et le couvert, et qui, dans la suite, s'étant attachés des maîtres, donnèrent l'enseignement à l'intérieur de leurs maisons. Le plus célèbre de ces collèges fut celui que fonda le confesseur de saint Louis, Robert de Sorbon. Ce fut l'origine de la Sorbonne.
Institution internationale par sa composition, ainsi, du reste, que toutes les autres universités, l'Université de Paris arriva peu à peu à former, comme on l'a dit, un véritable a Etat scolaire », ayant ses magistrats, ses coutumes et ses privilèges ; Etat souvent agité par des rivalités turbulentes, par de véritables émeutes. La plus fameuse de ces querelles fut celle qui s'éleva entre les séculiers et les ordres mendiants, et dans laquelle on vit un écrivain âpre et passionné, maître Guillaume de Saint-Amour, attaquer les dominicains et les franciscains avec une violence extrême. Le conflit se termina par une intervention du pape Alexandre IV, qui confirma le droit des religieux mendiants à enseigner dans l'Université, et fit expulser Guillaume de Saint-Amour ainsi que les principaux meneurs.
I. E. JoRDAîs, les Universités, dans la France chrétienne dans l'histoire, p, 271.
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
Ces violentes attaques des séculiers contre les religieux paraissent avoir tenu à la fois à des divergences doctrinales et à des jalousies secrètes. Dans la première moitié du xiii^ siècle, en i23i, le franciscain Alexandre de Halès deviat le premier titulaire de la chaire de théologie dévolue à l'ordre de Saint-François, et le dominicain Albert Bollstâdt, dit Albert le Grand, jeta sur la chaire de philosophie, qu'il occupa de i2/i5 à 1248, un éclat incomparable. Alexandre de Halès nous a laissé, sous forme de commentaire des Sentences de Pierre Lombard, un vaste ouvrage, raisonné et méthodique, qui est considéré comme la première des sommes théologiques K Saint Thomas d'Aquin devait s'en inspirer souvent dans son enseignement. « La doctrine d'Alexandre, dit Gerson, était d'une ampleur qu'on ne peut assez louer. On raconte que saint Thomas, interrogé sur la meilleure manière d'apprendre la théologie, répondit qu'il fallait l'étudier dans un seul docteur choisi pour maître. Et, comme on lui répliquait, en lui demandant quel auteur choisir : « Alexandre de Halès, dit-il 2. » Albert le Grand, dont l'érudition tenait du prodige et dont les ouvrages forment toute une bibliothèque 3, est l'auteur d'une immense encyclopédie, où il se montre à la fois philosophe, théologien, polémiste, exégète, savant versé dans toutes les sciences mathématiques et naturelles de son temps, mystique familier avec les voies spirituelles les plus hautes. Son influence ne fut pas moindre dans les sciences profanes que dans les sciences sacrées ^. A son école, se forma saint Thomas d'Aquin.
C'est à Paris, vers la fin de 1245, que le jeune Thomas, alors âgé de vingt ans seulement ^, rencontra pour la première fois Albert le Grand. Ce dernier venait d'entrer dans sa quarantième année ^. Le jeune religieux, qui devait, pendant sept années consécutives, former son esprit sous la direction de ce grand homme, était, par son père, petit-neveu de l'empereur Frédéric Barberousse, arrièrecousin de l'empereur Frédéric II, alors régnant ; et, par sa mère, il
Alexandre de Halès
(t ia45).
Albert • le Grand (iigS-iaSo).
Saint Thomas
d'Aquin (1226-1274).
1. P. AwToiWE DB Sérbht, au mot Alexandre de Halès, dans \e Dict. d'hist. ecclés., t. II, col. 260.