EccARD, Corpus historicum medii aevi, t. I, col
3. L'édition de i65i, due au dominicain Jammy, compte 21 in-folio.
4. P. Ma.ivdonnet, au mol Albert le Grand, dans le Dict. d'hist. ecelés., t. I, col. i5i5-i524.
5. Cf. P. Ma.ndO'NNEt, Date de la naissance de saint Thomas^ dans la Revue
thomiste de septembre-décembre 1914, p. 652-662.
6 Ma.ndoî(J(et, au mot Frères prêcheurs, dans le Dict. de théol. de Vacant, t. VI, col. 872.
descendait des princes normands qui avaient chassé les Arabes et les Grecs de l'Italie et acquis la Sicile, a On racontait de lui que ses parents l'avaient enlevé et enfermé dans un château pour le détourner de sa vocation à l'ordre de saint Dominique, mais qu'ils n'avaient pu y réussir ; qu'une femme ayant été introduite dans sa chambre, il l'avait poursuivie avec un tison enflammé à la main ; qu'il avait gagné ses deux sœurs à la vie religieuse dans des conversations où elles voulaient l'en détourner lui-même ; que le pape Innocent IV, sollicité de rompre les liens qui l'entraînaient déjà à l'ordre des Frères prêcheurs, l'avait entendu avec admiration, et lui avait offert l'abbaye du Mont-Cassin. Arrivé avec de tels bruits, le jeune comte d'Aquin, qui n'était plus que frère Thomas, fut •beaucoup regardé de ses condisciples. Mais rien ne répondit en lui à leur attente. Ils virent un jeune homme simple, qui ne parlait presque pas, et dont les yeux .mêmes semblaient obscurs. On finit par croire qu'il n'avait d'élevé que la naissance, et ses camarades l'appelaient en riant « le grand bœuf muet de la Sicile ». Son maître Albert, ne sachant lui-même qu'en penser, prit l'occasion d'une grande assemblée pour l'interroger sur une suite de questions très épineuses. Le disciple y répondit avec une sagacité si surprenante, qu'Albert fut saisi de cette joie rare et divine qu'éprouvent les hommes supérieurs lorsqu'ils rencontrent un autre homme qui doit les égaler ou les surpasser. Il se tourna tout ému vers la jeunesse qui était là, et leur dit : « Nous appelons Thomas un bœuf muet, mais un jour les mugissements de sa doctrine s'entendront par tout le monde. » La prophétie ne tarda pas à s'accomplir : Thomas d'Aquin devint en peu de temps le docteur le plus célèbre de l'Eglise catholique, et sa naissance même, si royale qu'elle était, a disparu dans la magnificence de sa renommée personnelle *. » Son œuvre ^n exposé, même sommaire, de l'œuvre philosophique, théolo-
philosophique . , , • • , - i • -x-i l ' -
ok théologique, gique, apologétique, oratoire et poétique de saint ihomas serait ici hors de place. Ce travail ne peut appartenir qu'à des ouvrages spéciaux 2. Partout où le Docteur Angélique a porté le flambeau de son génie (et le champ qu'il a parcouru, avant de mourir, à l'âge de
I. La.corda.ire, Mémoire pour le rétabl. en France de l'Ordre des Frères prêcheurSf ch. IV, Œuvres, édit. Pous«ielgue, 1873, t. IX. p. i34-i35.
a. Maurice de Wulf, Hist. de la phil. médiévale, p. aSg-ago ; Sertillanges, Saint Thomas d'Aquin, 2 vol. in-8c, Paris, 1910 ; Pierre Rousselot, l'Intellectualisme de saint Thomas, un vol. in-80, Paris, 1908 ; Gh. Jourdain, la Phil. de S. Thomas d'Aquin, a vol. in-80, Paris, i858.
l'orgamsation de la chrétienté 539
cinquante ans, est immense), il a apporté l'ordre. et la clarté sur les résultats acquis de son temps, et poussé plus loin que ses prédécesseurs les investigations de sa pensée. En un temps où le domaine de l'esprit était comme jonché des débris de la science antique, arabe et médiévale, et tandis que plusieurs de ses contemporains, en mettant la main à l'œuvre, ne faisaient qu'augmenter le désordre ^, il sut, de tous ces matériaux, construire un monument dont les siècles n'ont pas ébranlé la solidité. Est-ce à dire que saint Thomas n'ait laissé aucune lacune dans son œuvre, et qu'il ait sur toute chose dit le dernier mot de la science? Le prétendre serait être infidèle à la pensée du maître et à celle de ses plus authentiques disciples. L'un des plus anciens biographes du saint raconte que, peu de temps avant de mourir, il disait de son œuvre : « Tout ce que j'ai éciit me paraît une paille misérable. » « Saint Thomas est un phare et non pas une borne, » a dit Lacordaire.
Mais la lumière de ce phare est si sûre, que l'Eglise, qui doit pourvoir avec sécurité à l'éducation de ses clercs et à l'enseignement public des fidèles, a fait de saint Thomas d'Aquin son docteur officiel 2. Elle a placé sa Somme théologique « entre TEvangile et le catéchisme, comme le chef-d'œuvre de la science entre le code de la révélation et le manuel de la foi ^. »
Dans son Encyclique jEterni patris, ayant pour objet la restau- Saint
ration de la philosophie chrétienne dans les écoles catholiques, le daai.ia^M pape Léon XIII n'a pas séparé « de l'angélique saint Thomas le séraphique saint Bonaventure », qui, comme son émule, « a su, par son talent incomparable, son zèle assidu, ses grands travaux et ses veilles, cultiver la théologie scolaslique, l'enrichir et la léguer à la postérité, disposée dans un ordre parfait, éclaircie par d'abondantes explications* ».
I. Sur le mouvement intellectuel à cette époque, et sur ses divers courants, voir l'important ouvrage du P. Mandonnet, Siger de Brabant et l'averroïsme latin au XUh siècle, a* édition, a vol. in-4°, Louvain, 1908. Cf. Th. Heitz, Essai historique sur les rapports entre la philosophie et la foi, de Dérenger de Tours à saint Thomas d'Aquin, un vol. in-80, Paris, 1909.
3. Voir l'encyclique de Léon XllI j^terni patris, du 4 août 1879, ^^^ 1* Restauration de la philosophie chrétienne, et l'acte du 4 août 1880 proclamant saint Thomas patron des écoles catholiques. Cf. P. Gént, Saint Thomas le maître par excellence^ dans les Etudes, t. C\Lll {igi5), p. S^5o.
3 Mgr Freppel, Œuvres, t. III, p. 35a. Sur l'œuvre de saint Thomas d'Aquin, voir l'étude critique du P. Maudonket, Des écrits authentiques de saint Thomas d'Aquin, 2* édition, un vol. in-8°, Fribourg, 1910.