‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 311 sur 336 · E. Ma,E, op. cit · texte numérisé non relu

E. Ma,E, op. cit

2. G. Lanson, Hist. de la litt. française, 7e édition, Paris, 190a, p. 186.

3. Petit de Jullevillb, Histoire du théâtre en France, les Mystères, 2 voL in-S*^, Paris, 1880 ; G. Cohen, Hist. de la mise en scène dans le théâtre religieux au Moyen Age, un vol. in-8°, Paris, 190G.

4. Cf. Etienne Lamy, les Chansons de gestes^ dans la Revue des Deux-Mondes, du

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Ainsi, sous diverses formes différentes, la doctrine chrétienne, l'esprit chrétien pénétraient dans les âmes. Mais de douloureuses expériences avaient montré à l'Eglise que rien ne dure que ce qui est organisé en institution permanente. De même qu'elle avait cherché à organiser la vie politique par l'institution de la chrétienté, l'Eglise travailla à organiser la vie privée. Pour se maintenir à la hauteur de l'idéal chrétien, la noblesse eut la chevalerie, le monde ouvrier eut la corporation, la masse de la nation eut les confréries et les tiersordres.

La On a défini la chevalerie « la forme chrétienne de la condition

' militaire * », ou encore « la force armée au service de la vérité désarmée » . Par ses origines, la chevalerie remonte à un vieil usage des pays germaniques, la « remise des armes », ou l'investiture donnée au fils du noble lorsqu'il était arrivé à l'âge de combattre. La che- Ses Valérie cependant ne doit pas être confondue avec la noblesse. Tout

rigines. j^q[^\q n'est pas chevalier, et même tout chevalier n'est pas noble ^. L'ordre, qui se recrute par cooptation, a le droit de s'adjoindre un vilain qui a donné des preuves de courage, et il use parfois de ce

i5 décembre 191 4, p. 592-618. Dans cet article, M. E. Lamy s'inspire de l'important travail publié par M. J. Bédier, les Légendes épiques. Recherches sur la formatlnn des chansons de gestes^ 3 vol. in-80, Paris, 1908 et s. La question de l'influence des chansons de gestes a été également traitée par M. Louis Retna-ud, dans son livre les Origines de l' influence française en Allemagne, 2 vol. grand in-80, Paris, I9i3- 1915. Pour M. Reynaud, le Moyen Age, dans son âme profonde, n'aurait été ni germain ni latin, mais celte (t. I, p. 289 et passim). Le génie celte, identifié avec le génie français, expliquerait seul l'influence européenne de la réforme clunisienne, du mouvement intellectuel créé par Sylvestre II, de la chevalerie, des chansons de gestes, etc. L'idée générale de l'ouvrage est si manifestement paradoxale, et la prétérition systématique du rôle de l'Eglise si ouvertement injuste, que nous ne tenterons pas une réfutation directe de l'œuvre prise dans son ensemble ; mais on y trouve, sur le mouvement clunisien, l'action de Sylvestre II, les chansons de gestes, un grand nombre de faits bien exposés. M. Alfred Leroux a donné une longue recension de cette publication dans la Bibliothèque de VEcole des Chartes, t. LXXIV (19 i3), p. 636-653. Sur la littérature française en particulier, voir Gaston Paris, la Lillératare française au Moyen Age, 3^ édition, revue et corrigée, un vol. in- 16, Paris, 1905 ; Alfred Jeanrov, les Origines de la poésie lyrique en France au Moyen Age, 2e édition, un vol. in-8°, Paris, 1904.

1. Léon Ga.utier, la Chevalerie, un vol. in-4°, p. 2. Cf. Jacques Fla.ch, les Origines de Vancienne France, 'i. II, 3' partie, la Chevalerie, in-80, Paris, 1893.

2. La noblesse est héréditaire, la chevalerie ne la jamais été. La réception dans un ordre militaire ne confère pas la chevalerie ; un chevalier de Galatrava n'appartient pas, par ce seul titre, à la chevalerie.

l'organisation de la chrétienté 559

droit. Bref, la chevalerie primitive constitue une élite d'hommes de guerre, dont toute la morale est contenue dans ces deux mots tradi- Sa maxime tionnels : « Sois preux. » Lépreux n'est pas seulement un vaillant « SoiTpreux. >. soldat, c'est un soldat loyal et généreux ; il garde sa foi à son suzerain ainsi qu'à celui qui l'a armé, et il ne frappe jamais un ennemi désarmé.

Mais l'Eglise s'aperçoit que cette morale est insuffisante, que le chevalier est trop souvent brutal, féroce dans la bataille, irrespectueux de la femme et de l'enfant après le combat. Dès le onzième siècle, elle intervient pour donner un caractère religieux à la chevalerie et faire du chevalier le type du soldat chrétien.

Pour former un chevalier, l'Eglise prend pour modèle la forma- Intervention

> 11 I , I ^ • T "< T»' <^e l'Eglise

tion qu elle donne a ses clercs, a ses moines. « La première qualité ^^^^5

qu'on exige d'un candidat à la chevalerie, dit Léon Gautier, c'est d'à- 1 organisation

. . . de

voir la vocation » ^, c'est-à-dire l'aptitude et l'attrait pour cette car- i^^ chevalerie.

rière de soldat d'élite, de soldat chrétien. Si cette vocation se manifeste dès l'enfance, on le prendra dès l'âge de quatorze ans, de sept ans même. Sous le nom de page, de varlet ou de damoisel, il sui- L'éducation vra à la chasse le châtelain chargé de son éducation, lancera et rap- chevalier, pellera le faucon, maniera la lance et l'épée, remplira les fonctions d'écuyer -, s'endurcira aux fatigues, se nourrira des récits des grandes batailles ou des chants des troubadours et des trouvères célébrant les exploits de Gharlemagne et d'Arthur. Si le page s'est montré constamment courageux, loyal et bon chrétien, il pourra, à sa majorité, être fait chevalier. Cette majorité est fixée, au xiii* siècle à l'âge de vingt et un ans.

C'est un rite très solennel, que celui qui fait d'un damoisel un L'initiation chevalier. Au treizième siècle, il a revêtu un caractère tout religieux . chevalier et constitue comme un « huitième sacrement » . Le candidat se prépare à son initiation par des cérémonies symboliques. Il prend un bain, qui signifie la pureté de corps et de cœur qu'il doit garder sous les armes. Il passe une nuit en prière dans l'église ; c'est la « veillée des armes ». Il se confesse, entend la messe et y communie. Puis il est revêtu d'une robe de lin blanc, nouveau symbole de pureté morale. De preux chevaliers, ses parrains, viendront bientôt r « adouber », c'est-à-dire lui remettre les diverses pièces de son

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